samedi 11 juillet 2009

L'ENTREPRISE N'EST PAS PLUS NOCIVE QU'UN FOIE DE GENISSE

"Si grand est le marché
Si bons sont les marchands"

O mon Camarade Pivert


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Ci-dessus : Marceau Pivert "soutient les grévistes du XVème arrondissement" en 1936 (debout sur l'escalier). De quelle entreprise? Quelqu'un saurait reconnaître? Remerciements par avance, j'ai vécu vingt ans en face des usines Citroën...
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L'absence d'illusion est une des grandes libertés qui nous restent.
L'illusion, promène-couillons par lequel un système vous enchaîne. Les victimes consentantes arrivent à se trouver autonomes, fortes et libres néanmoins, incontestable réussite du fameux système, ou bien elles nient l'évidence de leur enchaînement pour ne pas perdre la face devant la famille, les amis, et continuer de se regarder en face.

Quelle illusion, quel système? Marceau et moi pensons sans doute aux mêmes. Pas difficile.

Non, on ne réécrira pas "Le Capital", que je n'ai d'ailleurs pas lu.
Mais, Marceau, un ancien leader de la Gauche révolutionnaire ne vas pas refuser un coup de gueule à un cadre moyen du privé pris d'une envie violente de casser de l'Entreprise?
Trente ans que je repousse les illusions de l'Entreprise, Marceau, je ne vais pas m'arrêter maintenant.

"Pourquoi l'entreprise?"
Pourquoi l'Entreprise ? Parce qu'on n'en parle pas, ou parce que la critique en est juste tolérée.
Comme une dissidence. Un furoncle. Une verrue. La critique n'est tolérée qu'à fin de la réduire et l'anéantir. L'Entreprise est protégée par une sacralisation plus ou moins consciente de toute création humaine; créer une Entreprise, la diriger, y participer, serait la finalité de l'existence, on ne sait quelle mission divine.
(Bien sûr, Marceau, je t'explique. Oui, brièvement. Je sais, tu as un apéro sous une tonnelle du côté de Nogent dans une heure. Mais tu as le RER, qui fonctionne si bien, alors ne stressons pas).

Un bonbon
Que l'Entreprise soit le bonbon de notre époque, rien d'anormal : on promet à qui veut l'entendre, pêle-mêle, le bonheur, l'épanouissement matériel et personnel, l'affirmation de soi, le triomphe de l'individu-roi, avec elle, l'Entreprise, pour terrain unique imposé, cour de récré et jungle à la fois, appât si séduisant pour tant de petites avidités. Illusion. Alors on y va. Dents longues et acérées pour les un(e)s, autoritarisme personnel ou arbitraire bien affûtés, avec, pour prétextes justificatifs, le résultat net, l'espoir de reconnaissance personnelle, le gain. Le bonbon. Pour les autres : obligation de suivre. Parmi eux, peu nombreux ont le goût de la morale et de l'honnêteté, mais ils existent...

Les organisations collectives, les constructions d'intérêt commun, l'enthousiasme qui ne déchaîne pas la concurrence étaient bons pour "avant", Marceau. Le système auquel nous pensons (le premier d'entre nous qui le nommera aura gagné) a fait place nette, l'Entreprise est Reine.
Elle est "la" valeur étalon du capitalisme moderne, vache sacrée débarrassée des règles, des droits sociaux et des syndicats, montrée en exemple à la société. Elle, la société, structurée en France par l'Histoire et la culture républicaines, par des valeurs individuelles et collectives issues de tant d'expérimentations enthousiasmantes et douloureuses, est sommée de faire allégeance à ce qui n'a ni Histoire ni culture, qui n'en a d'ailleurs rien à faire, un machin rivé sur le court terme, sans autre finalité qu'elle-même, sans autre valeurs que la création de richesse et sa plus inégale répartition.

Même le PS?
Tout récemment encore, effet des années quatre-vingt et de l'hyper-libéralisme qui ont installé son pouvoir exorbitant, l'Entreprise, qui l'eût cru, a aussi annexé le Parti Socialiste. Le PS entrait, depuis 1983, dans un rapprochement/retrouvailles avec sa vieille maîtresse social-démocrate européenne, ceci expliquant bien celà. Discours du retour à l'Entreprise, à la création de richesse, au silence dans les rangs; même le CERES, sur la fin, en avait toléré le diktat - tout en pariant vainement sur une mobilisation citoyenne simultanée pour en contrebalancer l'influence.
Mes anciens "Camarades" paraissent être revenus de leur addiction. Après nombre de départs du PS ou de ses périphéries, instances dirigeantes comprises, vers des postes haut-placés dans le privé; confèrent Frédérique Bredin, passée du secrétariat national du PS au groupe Hachette, ou Jean-Bernard Lafonta, du cabinet de Ségolène Royal à Wendel investissements...

Reste que l'idéologie de l'Entreprise-Reine a construit sa propre officine de pression idélogico-médiatique. Lève l'ongle de ton petit doigt pour objecter contre l'Entreprise, du plus simple au plus complexe, et les obligé(e)s économiques et politiques du medef envahissent écrans, journaux, internet, une haie d'honneur prête pour leur Reine absolue.

C'est dire si le sujet est encombrant, et s'il est ardu, voire inconcevable, de mettre l'Entreprise en question.
Or, voilà le hic : il ne s'agit pas de l'abolir, mais bien de la questionner. Pour ses thuriféraires exaltés, c'est blanc-bonnet et bonnet-blanc.
Sacralisation...

Mais c'est vieux comme Hérode, l'Entreprise! Il a toujours fallu un ferronnier, un maréchal ferrant, une laitière, il nous faut de l'industrie et des services aujourd'hui et qui s'opposerait (en dehors des soviets, jadis) à ce que tout ce monde-là s'assure de la marge pour vivre?

Faut-il pour autant que les modèles de l'Entreprise s'imposent à la société?
Faut-il au passage faire table rase des modèles sociaux, solidaires, non-financiers?
Pourquoi l'ambiance, à l'intérieur des murs des entreprises, est-elle à la soumission et à la répression? L'Entreprise est-elle zone de non-droit civil?

Oui, bien sûr, que fais-je de décennies de luttes sociales qui ont abouti à tant de conquêtes, congés payés, réduction du temps de travail, droits syndicaux et sociaux...
C'est un fait, mais ça n'est pas le sujet.

Le sujet tourne plutôt autour de l'organisation de la société. En gros, ce qui fait qu'en dépit de toutes ces glorieuses conquêtes sociales, explose le concept de "souffrance sociale"; innocente, l'Entreprise, alors que toutes les valeurs ou pseudo-valeurs qui mettent l'humanté à genoux sont puisées dans son modèle?

Allez, j'arrête.
Je viens d'apprendre que les salarié(e)s des Galeries Lafayette, après ceux du Printemps, sont obligés de travailler le 14 juillet. Effacée, la fête nationale. Effacée, la Nation. Vive le shopping.
L'illusion est maîtresse : tant et tant s'époumonnent, "pas d'erreur, ils travaillent sur la base du volontariat, personne ne les oblige!" Et puis non. Ils peuvent ne pas travailler, mais s'ils ne travaillent pas, c'est une journée de salaire en moins.
Et, tiens, Marceau, à Ikea, ils, les salariés, peuvent ne pas travailler le dimanche... sauf si une majorité accepte de travailler. Auquel cas, allez, au boulot. Et tant pis pour la famille, tant pis pour le temps, le rêve, l'insouciance.
Le 1er mai n'a qu'à bien se tenir.

J'arrête. Ca vaut mieux. Je finirais pas m'énerver, Cathrine n'aime pas ça.

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