Rêvons respirons

jeudi 3 septembre 2026

Le livre et la lecture : pour un ou deux naufrages de plus…


« 14 avril 2026 :, le Centre national du livre présentait une étude sur les jeunes et la lecture qui confirmait un « décrochage important » et une « qualité de lecture affaiblie ». En 2024, l’évaluation des compétences en littératie (la pratique de lire et d’écrire dans la vie quotidienne) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) indiquait que 28 % des Français adultes ne dépassent pas le niveau 1, qui correspond au fait de « comprendre des phrases courtes et simples » (Le Monde, 13 juin 2026).


Création écrite, lecture, livres, librairie : les certitudes courent à la décapitation. L’esprit de création est là et bien là, mais l’envie d’écrire manuellement boit une tasse historique, la lecture publique est en déroute, les ventes de livres chutent, des enseignes de librairies éclatent en morceaux, puis de grandes librairies indépendantes… avant de moins grandes, de petites. Avant qu’y passe le très fameux, inégalable maillage territorial en librairies, vous savez, cette fierté nationale que le monde entier nous envie – peut-être plus pour longtemps.


La culture est une cible majeure, pour l’économie néolibérale, qui condamne le temps long, carburant vital pour l’imaginaire et l’esprit critique, pour l’extrême-droite qui n’a de cesse de l’attaquer. Les livres deviennent indésirables dans la marche de la modernité, et la librairie est dans une crise majeure, comme elle n’en a jamais connue depuis la libération (merci aux éditions du Seuil d’avoir largement communiqué là-dessus).


Du côté d’un « milieu » où se mêlent certains autrices et auteurs, éditeurs, journalistes littéraires et commerciaux d’édition et de distribution, coutumiers de dîners et de lancements au Champagne, on dormait sur les deux oreilles : la loi Lang, autorité régulatrice, unanimement reconnue par les professionnel(le)s, assurait stabilité et pérennité au marché du livre – et, à l’intérieur du marché, l’exercice libre de la concurrence, de la compétition, et même des concentrations éditoriales. L'essentiel était sauf. De même, dans une “opinion” d’acheteurs réguliers de livres, lecteurs des suppléments littéraires du « Monde » et du « Nouvel Observateur » et spectateurs des émissions de François Busnel et Augustin Trapenard, Leïla Slimani serait toujours là pour terrasser les droites littéraires de son glaive de gauche, on irait jusqu’à la fin des temps acheter le Nothomb annuel en occasion chez Gibert… Et le monde resterait pacifique et raisonnable, nuancé, comme des maisons dans le Perche ou à l’île de Ré.


Mais les vents nouveaux emportent tout.


Les réveils vont être agités. Côté édition, le sinistre qui affecte structurellement le marché du livre est tel que peu de maisons d’édition échappent aux résultats négatifs, l’effet d’aubaine de la prochaine parution chez Plon (groupe Editis, concurrent de Bolloré) des mémoires de BHL, et du démarrage de la maison d'édition d'Olivier Nora, risque d’être sans lendemain. On sait ce qu’il en est déjà des librairies, et on y revient plus loin. Il y avait une stabilité difficile, critique, tendue à l’extrême, mais une stabilité quand-même du marché du livre, dans un environnement économique global totalement voué à l’instabilité, il y a maintenant une économie qui a embarqué le marché du livre dans sa capilotade. L’économie de marché actuelle carbure à l’immédiat, dérégule, ou ne régule pas, communique sans transmettre, individualise à outrance, ferme les classes, assèche la mémoire, brouille la concentration, encense la compétitivité, diminue les budgets d’achat du lectorat populaire. En roue libre néolibérale, elle inflige en plus la concentration autoritaire. La condamnation d’un marché du livre, en état de marche relative comme on l’a vu, est tout entière dans ce cocktail, sa survie paraît problématique si les ingrédients ne changent pas radicalement.


Il y a un large procès à instruire d'habitudes, de certitudes, acquises au fil du temps, qui pouvaient avoir leur légitimité, et dont le croisement avec le marché non régulé a produit des excès d'ampleur. Il en est ainsi de l'usage des écrans, d'internet, des "réseaux sociaux", mais aussi d'un culte de la vitesse, de la performance, du temps le plus court possible, qui a amené à une vie où l'on n'a plus le temps, précisément. D'écouter, de découvrir, regarder, lire, écrire, analyser ou passer au tamis de la critique : ce sont devenus des “pertes de temps”. Au premier rang desquelles l'achat et l'ouverture d'un livre.


Et donc, en bout de chaîne du livre, la librairie n’a pas fini d’avoir un mal de chien. Les maux les plus connus sont communs à tous les commerces, hors opticiens : loyers, centres-villes en difficulté, distances domicile-travail (il faut habiter loin des centres-villes pour se loger à prix raisonnable), banques méfiantes. Les autres sont spécifiques et pas moins douloureux : les remises, consenties par les distributeurs aux libraires sur les achats de livres, décident de l’économie des librairies, or elles sont jugées quasi-unanimement insuffisantes par les libraires indépendants. Les éditeurs les plus puissants jouent encore la carte productiviste (« rentrées littéraires », lectures d’été, romance, manga), même si la production est en léger retrait d’une année sur l’autre, et rémunèrent à outrance leurs auteurs-stars, une majorité d’autres se contentant des miettes… Les tables des libraires se font terrains de jeu pour cette concurrence toujours vive et hors-sol, les trésoreries nécessaires au règlement des factures, elles, s’assèchent, et, de surcroît, le carburant essentiel, la clientèle, se raréfie et dépense moins, soit que la ressource financière (ou "pouvoir d'achat") se réduise, soit que l'attrait pour internet et les écrans de poche emporte tout. Quand une crise est à ce point systémique, les fondements-même du système craquent. Les autrices et auteurs de la fameuse « Loi Lang » avaient bien compris que la création, la diversité et la qualité littéraires et de sciences humaines reposaient sur un réseau de libraires dense, ce réseau prend l’eau aujourd’hui.


L’écosystème de l’écrit, de la lecture et des livres est à repenser, et avec lui l’équilibre global d’une société. La priorité doit aller à l’esprit plutôt qu’aux affaires, au temps long plutôt qu’à la vitesse, à l’écrit plus qu’au clic, à la création plus qu’à l’artifice. Plus prosaïquement, des mesures d’urgence sont à prendre pour une régulation globale du marché du livre, par la création, par la librairie. Elles existent, les artistes-auteurs, les éditeurs indépendants, le SLF en portent, il est grand temps de s’en emparer pour éviter les désastres qui s’annoncent. Questions d'éducation, d'accès à la littérature, à la poésie, aux sciences humaines, d'incitation à la création, et d'accès aux livres par un lectorat populaire qui les déserte massivement.


Le message ne s’adresse pas uniquement aux compétitrices et compétiteurs de la prochaine campagne électorale, l'engagement de certain(e)s en faveur de la culture est connu – mais la culture, les livres et la lecture sont à ce jour trop absents des écrans-radars de la campagne, ils doivent y faire irruption, le plus vite sera le mieux. Une certaine survie culturelle en dépend.

dimanche 8 décembre 2024

Que dit-on après avoir vu "En fanfare !" ?


 Après avoir vu ce film produit par Robert Guédiguian, populaire et intelligent, émouvant et sensible, on se dit que le tragique social qui y est décrit l'est assez en lui-même, pour qu'une tonalité plus pessimiste encore soit superflue, une évocation encore approfondie des malheurs de l'industrie du Nord, et de ses travailleuses et travailleurs, face aux délocalisations.

La trajectoire romantique du scénario, proche parfois du conte, sa morale de la musique unificatrice des âmes et des esprits, faces optimistes du film, rien ne fait naufrage. Car la peinture sociale est réaliste, elle ne souffre d'aucun gros trait, et les deux acteurs principaux, Benjamin Lavernhe et Pierre Lottin (avec, en appui, le formidable Jacques Bonnafé), sont admirables. Car le film est simplement crédible.

Mais ce qu'on dit, surtout, par-dessus tout, c'est que la CGT est au coeur de "En fanfare !", et on se sent fier d'en être, jamais à la hauteur de ce qu'exigerait la panade sociale et morale dans laquelle nous pataugeons, mais fier, quelles que puissent être les vicissitudes de la CGT, inhérentes à tout mouvement social collectif, quelles que puissent être ses difficultés.

Longue vie au Nord, longue vie à la CGT.




mercredi 11 septembre 2024

MERCI DAVID DJAÏZ (ou comment un social-démocrate parle de la social-démocratie)

 

Extrait (non-tronqué) d'une intervention de David Djaïz dans l'émission "C ce soir", sur France 5, lundi 9 septembre 2024.
Libre à chacun(e) de faire ce qu'il (elle) veut de la chute, mais le corps de l'intervention a le mérite de la franchise et de la clarté.

Moyennant quoi, Bernard Cazeneuve, eh bien... non merci.
Au travail, d'abord.

« Dieu sait si je suis en désaccord à peu près sur tout avec la France Insoumise, mais voilà un mouvement qui travaille en profondeur, et a des idées sur tout : sur la mer, sur la conquête spatiale, sur le conflit israélo-palestinien, sur la guerre en Ukraine... A côté, je suis désolé, Mesdames et Messieurs les sociaux-démocrates, Mesdames et Messieurs les centristes, c’est un filet d’eau tiède. On est dans un désert des idées. Quand vous avez quelqu’un qui est plus organisé et qui a plus d’idées, c’est normal qu’il prenne le contrôle (…). Le sujet, ce n’est pas Monsieur Mélenchon, qui pousse son avantage, qui est un habile politicien, le sujet, c’est la misère intellectuelle de la social-démocratie, à laquelle pourtant j’appartiens, qui depuis vingt ou trente ans, n’a pensé aucun des grands sujets, la mondialisation, la transformation écologique, l’immigration, les fractures territoriales, les laissés pour compte… Elle est d’une grande pauvreté intellectuelle, et s’il faut se réarmer politiquement, car le mot paraît être à la mode, c’est ce travail qu’il faut commencer. »

lundi 28 août 2023

L’union en politique, utopie majeure et réaliste

Ah, l'union. Utopie ultime, promesse de dépassement et de noblesse. Raison, sans doute, pour laquelle elle se fracasse si souvent, contre l'humanité, contre la politique. Et pour laquelle la politique se fracasse trop souvent contre l'union.
Le choc du calcul contre l'espoir et l'Esprit.
Après le Front populaire, l'Union de la gauche de 1972 et le Front de gauche, voilà de nouveau la gauche face à ses tentatives de hauteur et ses tentations de bassesse.
Un acronyme comme on n'en rêve pas : la Nupes.
Des actes, des hauts, des coups de griffe. On ne compte plus.
Au rang de ces derniers, des actes politiques : les intentions de listes écologiste et communiste aux élections européennes. Et un acte innommable, l' "accueil" réservé à Marie Toussaint, possible tête de liste écologiste, aux Amfis de la F.I.
L'union est une antidote au chaos. C'est un domaine â part, la construction délicate, empathique, faite d'écoute et de réciprocité, d'un assemblage social à visée de concorde. Elle ne s'arrête pas au partage du fromage électoral, elle y commence.
Des écologistes et des "Insoumis" ont voulu n'en faire qu'à leur tête. Les premiers avec leur liste (on savait bien, pour autant, qu'ils ne laisseraient pas leur échapper un pareil butin électoral récurrent), les seconds, en invitant Marie Toussaint aux Amfis pour la conspuer.
J'ai des raisons strictement personnelles de comprendre cette liste écolo, et toutes les raisons de penser qu'elle fait redescendre l'esprit unitaire au ras de l'asphalte.
Je comprends l'indignation militante, si prompte à se déchaîner en meeting, mais il appartient toujours aux invitants de soigner leurs invité(e)s, et aux dominants, même les plus légitimes, d'être exemplaires dans la domination des vindictes et passions.
Exemplarité, maître-mot d'ordre des Unions, à laquelle les participant(e)s au festin Nupes manquent avec régularité.
Encore une promesse que les lois insondables de la bétise renvoient au statut d'utopie.
Dommage.

samedi 19 août 2023

Après la déclaration de Anne-Sylvie Bameule (Actes-Sud) sur la concentration dans l'édition

 Madame Anne-Sylvie Bameule, Présidente du Directoire d'Actes-Sud, appelle à "une
régulation de l'Etat" face à la concentration de l'édition, et aux dangers et fléaux qu'elle porte.

On s'est frotté les yeux avant d'y croire, tant un tel discours était inattendu et contrevient au discours entrepreneurial courant - dans lequel le moins d'Etat possible est une constante, sauf, naturellement, demande d'éxonération de cotisations. Passons. Mais on applaudit sans réserve.
Non sans se demander, cependant, pourquoi une réaction aussi tardive (le mal est fait et remonte à loin), pourquoi la voix de Mme Bameule est, pour l'instant, si isolée dans le monde de l'édition-diffusion-distribution, pourquoi ce monde-là reste bouche-bée, tétanisé, face à des menaces qui concernent de plus en plus directement le commerce des livres lui-même mais aussi la création.

Et non sans déplorer que Mme Bameule n'ait pas joint sa signature aux 44 parlementaires nationaux et européens (tous/tous de la Nupes, il est vrai, cela suffit souvent pour détourner le regard) qui ont signé dans "Médiapart" une tribune il y a quelques semaines, allant très précisément dans le même sens.
Mais ne boudons pas notre plaisir.
Tout(e) professionnel(le) de l'édition-diffusion-distribution, tout(e) amateur/trice des livres, doit aujourd'hui ouvrir les yeux et réaliser que si il/elle ne prend pas son destin en mains, d'autres le feront à sa place. Le processus est tellement en cours que, n'ayons pas peur de le dire : il y a urgence.

samedi 25 mars 2023

Réforme des retraites, échec social-démocrate

Il aura tout essayé pour faire passer sa réforme. Mais tout a mal tourné, et il n’a plus qu’un levier pour y arriver : l’usure, la lassitude, devant l’évidence que contester coûte cher et fatigue, quand la fatigue est déjà si forte.
A moins qu’il parie sur un conflit dur, une conjonction favorable des étoiles pour l’emporter, et un écrasement de l’indignation par ce valium social qu’est la résignation.

Toujours est-il qu’au passage, la méthodologie sociale-démocrate a, d’emblée, doublement échoué.

Premier échec, lever l’ancre sans la seule force à même d’éviter à la traversée de tourner à la galère, la CFDT. Pas de chance : pour son avant-dernier congrès, une motion de refus du décalage de l’âge de départ en retraite avait valu au secrétaire général de passer près d’une mise en minorité. Il ignorait le coup de semonce, il soutenait le projet de réforme, et, pour le prochain congrès (son dernier), près de 40 ans de travail pour intégrer la CFDT dans l’économie sociale de marché européenne risquaient l’annulation.
Non seulement il n’a pas pris le risque, mais son investissement dans l’intersyndicale en a surpris plus d’un. Même s’il n’a pas pu s’empêcher, dans le même temps, depuis d’envoyer des banderilles à la CGT et à la Nupes.

Et donc, faute de soutien côté centre-gauche, on s’en alla à la pêche au centre-droit et à droite, et on connaît le résultat.

Deuxième échec, tenter la méthodologie sociale-démocrate du donnant-donnant, gagnant-gagnant : sa réforme tourne au vinaigre ? Il veut la vendre quand-même, à des syndicats ignorés jusque-là, et, promis-juré, on négocie ensuite sur tous les sujets qui fâchent : travail, partage des richesses… 
Faire avaler une pilule économique, façon louche d’huile de foie de morue, et faire miroiter un gain social en récompense : l’enfance de l’art social-démocrate.
Hélas, ça ne marche pas plus.
Le mécanisme aurait pu fonctionner s’il avait été présenté dès le début de l’opération : on aurait peut-être vu la combativité du secrétaire général de la CFDT trembler sur ses fondations, devant la possibilité que s’illumine de nouveau l’autel du compromis.
Mais, en rattrapage d’une opération de bas étage et complètement ratée, l’opération était sans crédibilité possible.

Reste le compromis social, malmené comme jamais avec ce projet de réforme : l’instrument d’une recherche de justice redistributive, avec le capital aux manettes et le travail en suiveur de bonne volonté, clef de voûte de la social-démocratie, a comme du plomb dans l’aile.





samedi 25 février 2023

Sauvons l’économie de marché (séminaire 1)

Il n'est pas excessif de souligner quels dangers immédiats guettent l'économie de marché, et les potentialités immenses de développement, et de liberté, auxquelles elle donne accès.
Les refus de réformes indispensables, la réémergence d'anarchismes contestataires de l'entreprise et de l'ordre économique, la timidité de l'ordre public censé le protéger, font craindre à court terme un retour du désordre généralisé, que des armées privées ne pourraient même contenir.

Réunis en séminaire de réflexion, nous sommes unanimement convenus de dresser un court état des dangers qui se présentent devant nous à court terme.

Ce premier séminaire (qui s'est tenu en un lieu tenu secret au début de l'année 2023) est consacré aux deux premiers thèmes de la mort assistée et d'une première alternative possible (et nécessaire) au fameux "mamouth", l'éducation nationale.

Le suivant sera consacré à l'enfance et aux retraites.
Nous sommes mus par le vibrant espoir que nos alertes sensibiliseront nos dirigeants actuels et futurs. Qu'enfin le bon sens triomphe des barbaries convenues.

Le piège de la "mort assistée"

Derrière la revendication de la mort assistée, ou volontaire, mise en avant par une « Convention citoyenne », s’en cache une autre, mortifère pour la bonne marche de l'économie : celle de soustraire au marché une tranche d’âge qui promet d’être un de ses principaux rouages dans l’avenir proche.

Un corps encore vivant qui disparaît est un manque à gagner, une déstabilisation de l’industrie du mieux-être (pharmacie et parapharmacie) et un attentat contre les établissements d’accueil pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Le corps diminué est, pour nos forces de création économique et de compétitivité, une chance, un terrain de développement et d’éclosion qui leur revient de plein droit. Les en priver serait un mauvais signal envoyé aux investisseurs, pour la seule satisfaction d'esprits faibles et démissionnaires face aux défis du grand âge.

Nous continuerons, par ailleurs, de nous interroger quant au rétablissement de la peine de mort. Des sentences d’exécution en trop grand nombre auraient pour effet délicat de vider nos prisons d’individus plus rentables et disciplinés, dans leur activité productive pénitentiaire, que nombre d’autres en liberté. La prison est un lieu de plénitude de la valeur-travail, il serait dommageable qu’elle fût à la merci d’une application trop rigoureuse de la peine capitale.

Pour autant, si elles recevaient enfin les autorisations nécessaires, des cérémonies d’exécutions ambitieusement médiatisées, régies par des contrats voisins de ceux qui régissent les retransmissions de rencontres sportives (football…), seraient de nature à vaincre nos hésitations. On serait en présence de marchés justes, avec, d'un côté, des contenus extrêmement rentables pour leurs diffuseurs, et, de l'autre, des foules demandeuses de solutions visibles, immédiates et irréversibles, à trop de problèmes qui assaillent leur vie quotidienne, et frustrées de ces solutions depuis 1981.

                   Le salut du destin individuel et libre, contre celui de l'éducation nationale

Une autre marotte de notre société moderne est de "sauver l’éducation nationale". Pendant que l'on fantasme sur la sacro-sainte connaissance, le diplôme, la "formation de l'esprit", pendant que l'éducation nationale, qui prétend les dispenser à nos jeunes, ruine les finances publiques et n'a jamais empêché quiconque de devenir un escroc ou un agresseur de personne âgée, des secteurs aussi centraux que la restauration rapide manquent de main d’oeuvre. Les mêmes, qui pérorent contre les banlieues reléguées et le chômage qui y sévit, prétendent empêcher que s'y développent des restaurants McDonald's ou Burger King. Or ceux-ci apportent alimentation et animation aux quartiers abandonnés par l'Etat, et permettent de développer un emploi sain : un jeune embauché dans la restauration rapide reçoit une formation de qualité, que lui envient les compagnons de jeux qu'il croise dans le hall de son immeuble, et apprend l'émancipation, le bonheur du travail en équipe, et l'épanouissement au contact souriant des clients.
De surcroît, la flexibilité des temps de travail lui permet, une fois sa mission terminée, fier de sa journée de labeur, de regagner son hall d'immeuble, et de poursuivre d'autres activités commerciales de son choix.

Au même moment, sortent des écoles, grandes ou petites, des individus formatés, inaptes à occuper des postes productifs et rentables, de nature à alimenter l'économie et assurer un partenariat loyal avec un Etat réaliste, enfin respectueux de l'initiative privée. 
Coupés de la réalité économique et du peuple qui se lève tôt, ils n'ont d'abord à la bouche que les mots "salaires", "congés payés", et autres anti-valeurs du passé. Il se passe peu de temps avant qu'on les retrouve détroussant d'honnêtes voyageurs dans le métro ou grossissant les rangs des avaleurs d'allocations-chômage, le plus souvent fraudeurs. Si, comme il y a tout lieu de le craindre, nos gouvernants ne dessaisissent pas d’urgence l’Etat de prérogatives usurpées, dont l’éducation (d’incontestables progrès ont été accomplis dans cette voie), c'est une armée de robots improductifs qu'il nous reviendra d'introduire dans les cycles de production pour assurer notre compétitivité. L'immensité de la tâche requerra de sa part un effort financier considérable en faveur de nos entreprises.

                                                   --- Fin du séminaire 1 ---

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Quelqu'un qu'on sait être qui il est sans se douter qu'il est plus proche de celui qu'il n'a jamais été.