mercredi 14 décembre 2022

Dérèglement climatique à la France Insoumise : ça suffit.


Un mouvement politique de type nouveau comme La France Insoumise ne peut faire l’économie de crises de croissance, après seulement six ans d’existence.


Les deux crises qui secouent le mouvement sont sérieuses, sans revêtir la même dimension. Deux autres sont latentes : la société du spectacle en premier lieu, et la critique, son exercice et son expression, sont et restent des impensés de la FI, non des moindres et potentiellement destructeurs, à leur tour.



La première crise, aussi ancienne que la fondation du mouvement, a trait à son fonctionnement interne. Ni l’appel à la mobilisation, lancé par J.L. Mélenchon pour dépasser les débats et querelles nés de la dernière réorganisation, ni les contestations de la verticalité et appels à la démocratie interne, ne peuvent suffire à ramener de la sérénité au sein de la FI. Les militant(e)s et sympathisant(e)s, oublié(e)s de marque dans cette histoire, attendent, pour le retour à un climat de confiance, un débat, qui, au minimum, doit reposer 1 - sur le desserrement et la transparence, dans la communication des dirigeant(e)s de la FI, et la dissipation de l'épais brouillard actuel autour de la responsabilité politique dans le mouvement, 2 - sur l’absence de tout soupçon de positionnement personnel, en lui-même consubstantiel à l’activité politique, mais qui passe mal dans des situations particulières de crises comme celles que traverse la FI.

Deux conditions sine qua non pour que les bouches s’ouvrent dans un esprit coopératif, et dans un climat intellectuel et politique détendu. Le champ du débat est large.


L’autre concerne Adrien Quatennens. L’affaire a trop duré. Dès sa publicité, elle devenait politique : les actes reprochés à Quatennens étaient graves, coïncidaient avec la conscientisation féministe d’une partie de la société, et avec une lutte féministe permanente pour la maintenir et la renforcer, contre les féminicides et pesanteurs persistantes. Les débats au sein de la FI, où la prise en compte du féminisme a été et reste heureusement forte, étaient inévitables. 

Aujourd’hui, la justice s’est prononcée (et le commentaire de la Procureure est éloquent). Quatennens a reconnu sa responsabilité, même maladroitement. Les propos tenus quand l’affaire a éclaté (et il y en a eu, entre le dispensable et le malheureux), les faits intervenus depuis, jusqu’aux plus récents ici-rappelés, peuvent-ils justifier le maintien d’un quelconque statut de paria pour Quatennens, y compris au sein de la FI ? Qu’il mobilise toute sa lucidité, sa conscience, et sa responsabilité, pour donner à son action politique une suite en cohérence avec tous ses engagements antérieurs : très lourde de conséquences, pour lui et pour la FI, mais c’est la voie la plus rationnelle. 

En termes pessimistes : c’est la pire des solutions, mais il n’y en a pas de meilleure.


Sur le spectacle : l’association d’un mouvement politique à une kyrielle d’images (la plus récente, et hautement toxique, étant une confession para-psychanalytique de Quatennens, en direct sur une chaîne d’information en continu), et, simultanément, à un désert d’élu(e)s locaux/locales et à des militant(e)s introuvables, est au plus haut point nuisible et, à terme, susceptible d'entraîner sa disparition. Le gazeux soluble dans l’image de masse est, paradoxalement, une preuve d’inexistence, que ne peuvent compenser ni la surface médiatique du leader, ni les unes de journaux ou déballages médiatiques.

Il faut donner de la chair politique et intellectuelle à la FI, ou se résoudre à son évaporation silencieuse. Or elle reste, pour beaucoup, le seul choix politique possible.


Et l'on ne pourra longtemps négliger cet autre paradoxe, dialectique, que la mobilisation et le combat n'anéantissent pas l'esprit critique, mais au contraire l'affûtent et le développent. La critique est consubstantielle à la FI et se cherche, malgré cela, parfois douloureusement, des voies d'expression.

Aucune critique ne freinera la mobilisation si elle est intégrée aux mécanismes de fonctionnement du mouvement. Ce qui implique la double exigence d'ouverture côté premier cercle de direction, et de co-construction en climat de confiance dans les autres strates. Ce climat n'excluant aucune expression, n'appelant aucune censure ni auto-censure : tout réside dans une volonté commune d'écoute, de dialogue, de conviction et d'autocritique. En un mot : dans la confiance mutuelle. Celle, précisément, qui détermine la possibilité ou non de gagner un combat ensemble.


En tout état de cause, il est temps que la raison recouvre ses droits. La FI fait figure d’outil nécessaire, mais conçu hâtivement et maladroitement. Il est temps de revoir la copie pour lui donner ses chances de grandir encore.

A chacun(e), à toutes et tous, de prendre sa part de travail.



 

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