dimanche 13 novembre 2022

Boyard, Garrido, Mélenchon, les épiés dans le plat Hanouna

Pourquoi tout ce bruit autour de la sortie de Louis Boyard de l'émission de Cyril Hanouna, le 10 novembre ? Certain(e)s ne comprennent pas ce qu'un Député de la République allait faire dans un tel marigot de nivellement par le plus bas possible, plongeant la République qu'il représente dans un bac à indignité structurelle, et pensent qu'il n'a reçu que le gros, gras et odoriférant boomerang qu'il méritait. Les mêmes pointent les émargements réguliers de Raquel Garrido à l'émission, et les caresses doucereuses administrées par Jean-Luc Mélenchon à l'animateur un jour que le premier était l'invité du second sur son plateau.

La simple histoire de la société du spectacle, sa contradiction manifeste avec les idéaux officiellement portés par La France Insoumise, leur donnent raison. L'auteur de ces lignes partage une part de leur incompréhension, doublée, pour lui qui reste partisan de LFI, d'un embarras haut comme la Tour Eiffel.

La parole est à la défense
Le spectacle est le cheval de Troie par lequel le capitalisme contrôle une bonne part de la population, achetant à vil prix (publicitaire et racoleur) sa passivité, sa résignation, l'orientation de sa colère vers les cibles que cette même société du spectacle lui désigne : les bons à rien, les incapables, les grévistes, les immigré(e)s, les politicien(ne)s (dont... les parlementaires).

C'est la fameuse conquête culturelle du pouvoir, extension improbable de l'idée gramscienne.

Partant, tout/e partisan(e) de la conquête du pouvoir par le suffrage universel sait que, tant que le pouvoir n'est pas conquis, se pose la question de ce face à face si inégal, injuste, et même monstrueux, entre le spectacle et sa proie, la part de la population qui l'ingurgite par voie de télévision. Peut-on laisser le champ libre à Hanouna, et d'autres (dont son employeur Bolloré), pour qu'ils instillent dans les têtes leur mélange de chaos, d'irrationnel, et de néant de l'intelligence ? Non, ont très vite répondu Garrido et Mélenchon : il faut intervenir dans le champ du spectacle, au besoin aller sur le terrain-même de Bolloré, casser le menottage et l'asphyxie des esprits par les marionnettes de l'écran.
C'est ainsi qu'on vit Mélenchon sur le plateau de Drucker en 2010. Première d'une série aujourd'hui longue d'apparitions à l'écran.
 
A la décharge des deux, on pourrait ajouter que coller au plus près des gilets jaunes comportait le danger de la confusion avec leurs éléments d'extrême droite, ou avec des revendications populistes de droite, comme la diminution du nombre de parlementaires et de leur salaire.
Mais il fallait coller aux gilets jaunes, à la réalité incontournable qu'ils incarnaient et qui s'imposait à nous. Et à nous d'impulser nos messages, dans le fatras idéologique qui était le leur. Tout a été dit, sauf  le soutien d'organisations et personnalités, de gauche ou d'ailleurs, qui a permis d'ancrer la plupart de leurs revendications dans le champ social, et d'éviter leur assimilation à l'extrême-droite.
Comprenons : il faut être avec le peuple, même et surtout quand il est en mauvaise compagnie. Etre avec lui, pour tenter de changer le disque infernal sur lequel le capitalisme communiquant l'a branché.

Toute la question est là : la participation à un "show", "talk show" ou autre marotte de l'industrie du divertissement, permet-elle d'atteindre l'objectif ? Encore faut-il savoir lequel. Comme le rappelle Jean-Pierre Rioux (Les enfants de Jaurès, éd. Odile Jacob), l'édification et l'élévation du peuple sont une finalité du socialisme. Si l'émission du candidat Mélenchon avec Drucker en 2010 permit de délivrer quelques messages (dont celui de Pierre Laurent, présent sur le plateau), participer à une émission d'Hanouna est, en revanche, la promesse du vide se sens, d'accroître le désarroi des spectateurs/trices face à la politique, et de dégrader encore son image.
Dans le capharnaüm et les démélés agressifs entre Louis Boyard et l'animateur-mauvais clown, on peut craindre qu'aux yeux de beaucoup il n'y ait eu d'autre vainqueur que le bruit, et d'autre bilan qu'un renvoi dos à dos des deux brailleurs.

Reste le principe, inattaquable : oui, il faut faire ce qui est possible pour contrarier l'intraveineuse permanente de la dé-civilisation néolibérale dans les veines populaires. Avant une remise à plat totale de l'information, et sa redéfinition comme un bien commun, lorsque le pouvoir aura vraiment changé de mains.

Le possible est mince, on le sait tous. Convenons que lorsqu'il relève du fil de fer, il n'y pas lieu de le tenter. Mieux vaut sans doute porter les efforts ailleurs.






 

dimanche 4 septembre 2022

LA "RENTREE LITTERAIRE" , GROS PUDDING SAUCE MERCANTILE

La lecture, la culture, sont une science-fiction secondaire, observable dès le mois de mai de chaque année. Se met alors en place un rouleau compresseur délirant et autiste, nommé "rentrée littéraire".

En mai, tous les titres éligibles à "la rentrée littéraire" sont prêts pour un circuit, aussi rôdé que démentiel, auquel les éditeurs bien en chair ont accès (c'est plus délicat pour les autres) : présentation aux libraires, enseignes, journalistes. Les représentant(e)s et autres commerciaux centraux partent ensuite en moisson de commandes, les attaché(e)s de presse de batailler pour que Virginie Descente ou Amélie Entrombe ait sa critique en page de droite, les services de publicité de décrocher des budgets-pub à même de faire manger la poussière aux maudites campagnes récurrentes de Galligraseuil, relayées aujourd'hui par Laffayarbin-Michel. 
C'est ainsi que, de mi-août à fin septembre, plus de 500 titres saturent les librairies et le marché dans son ensemble (711 en 2010, 580 en 2017, 521 en 2021). 200 de moins qu'il y a 10 ans : moins un signe de sagesse d'éditeurs ayant réalisé la vanité délirante de cette foire, que d'une baisse constatée de la lecture et des ventes.
(Ciel, ma demande !)

Une mêlée qui vise, évidemment, de la part des producteurs et de leurs groupes tutélaires, à tirer les budgets de rentrée vers les achats de livres, occuper plus de tables et de place que leurs concurrents dans les librairies (et aussi chez un prédateur en ligne), et réaliser du chiffre d'affaires. Bien sûr, les mêmes sont dans les préparatifs de fin d'année, donc dans les budgets prévisionnels : hors de question, aux trois quarts de l'année, de louper la marche d'août-septembre, encore moins d'affronter la mine déconfite d'Emmanuel Norrère et Amélie Carthomb et de leurs agents face à des ventes insuffisantes. Car alors ne resteraient, pour tenter de garder le moral, que la loterie des prix littéraires et le boom de fin d'année.
Bienvenue dans le marché du livre.

Mais l'opération-raid "rentrée littéraire" ne se contente pas de mobiliser la chaîne du livre tout entière, de déchaîner les critiques, de prendre à la gorge un public en diminution d'amateurs de livres, et de l'enjoindre à consommer.

Elle acte d'abord une politique de l'offre version matraquage : voilà des centaines de libraires, tenu(e)s de suivre le mouvement, d'ingurgiter du jeu d'épreuves à la pelle de mai à juillet, s'ils veulent faire leur métier de sélectionneurs face à un tel raz de marée orchestré par leurs fournisseurs - et, au passage, maintenir leur taux de marge.
Elle façonne l'esprit de la lecture : au plaisir de la découverte, à la déambulation curieuse entre tables et rayons, au choix lent, parfois hésitant, elle substitue l'injonction : c'est la rentrée, les enfants, à l'école, et vous, achetez des livres, point. Et le/la consommateur/trice - lecteur/trice de voir s'ouvrir devant lui/elle les bras et sourires Gibbs-Colgate des Yasmina (Khadra), Isabelle (Carré)  Muriel et d'autres, sur France 5 (La Grande librairie) dans un JT ou deux, dans presque toute la presse écrite numérique ou papier.

Ce blitzkrieg de stocks et de marketing ne concerne pas que les livres, ni la seule "rentrée littéraire". Les campagnes publicitaires éditoriales émaillent toute l'année, avec, en particulier, les lancements des Anna de Rosnay, des Tatiana Gavalda, des Philippe Adam ou des Jean-Philippe Blondel.
Le parasitisme de la "rentrée littéraire" tient dans la concentration de tant d'offensives sur si peu de temps. Comme si le fameux temps de cerveau disponible n'était envisageable qu'indisponible, sans attendre, dès la fin  des vacances.

Evidemment, nous dit-on, les stars littéraires ne sont pas les seules publiées, on n'oublie pas les autres, tous les autres !
Vraiment ? Sur toutes les nouveautés de "rentrée", combien sortent du lot, obtiennent des ventes raisonnables, combien d'auteur(e)s se font réellement un nom ou confirment-ils/elles leur place sur le marché du livre ? En réalité, la "rentrée littéraire" est l'occasion d'un bouillon consistant dont beaucoup d'auteur(e)s peu ou pas connu(e)s, ainsi que leurs éditeurs, font les frais.

Ce serait "le jeu".

La belle affaire ! Peut-on parler de "jeu" s'agissant de lecture, de culture, et d'un produit, le livre, dont le destin tient dans une alternative simple : il survit (au smartphone, à l'accélération de la vie, aux angoisses du futur...), ou il crève ?
Le livre est un marché mais n'est pas réductible au seul marché. La "rentrée littéraire" flatte quelques acteurs et actrices du marché du livre mais ne fait aucunement progresser la lecture en France. Elle passe à côté et au-dessus du seul public à conquérir si l'on veut espérer donner au livre un avenir : les jeunes. Elle occulte une donnée économique et sociale si fondamentale qu'on ne voit qu'elle : une pauvreté montante, la crainte de plus en en plus forte du déclassement et du chômage, et une valeur culture embarrassante pour les pouvoirs publics - et dont la popularité a rarement été aussi basse, sont la promesse du naufrage, pour les livres et la lecture, et pour la "rentrée littéraire" qui est leur enfant de hasard.

En attendant une prise de conscience de l'enjeu de survie qui est devant nous, dont l'idéologie néolibérale triomphante paraît totalement incapable, le souci majeur du marché du livre, comme d'autres marchés, est de produire. Un éditeur bien en chair, fournisseur à sa maison-mère de PMT, de résultats avant impôt et de dividendes, sait combien il a vendu du dernier Guillaume Levy, ou du dernier Amélie Angot. Mais il a promis un + 15, + 20 ou + 25% de ventes à leur agent pour leur prochaine merveille, objectif : éviter qu'ils/elles aillent signer ailleurs. Les dernières ventes en date sont un point noir, effaçable par un coup de challenge à même de faire place à une réalité plus virile, combattante, agressive : produisons. Et place à de futurs contrats à l'avenant.

Comme le hurlait jadis John "Rotten" Lydon, "no future !"

mardi 30 août 2022

REVOILA LES SOCIAUX-MEDIOCRATES


La gauche est morte de la social-démocratie, elle ne pourra renaître que sans la social-démocratie. C'est aussi simple que ça.

                                                    Vous avez dit "Social-démocratie" ?

Clarifions. On ne parle pas ici du premier parti social-démocrate russe, mais de cette bifurcation du socialisme qui consiste à travailler avec l'adversaire politique et économique, sous prétexte d' "ouverture", de "décloisonnement" ou (spécifiquement aujourd'hui) de "pragmatisme".
Le phénomène connut des manifestations diverses, très différentes selon les cas.  Ebert, dirigeant du SPD et du gouvernement allemand, anti-marxiste acharné, fut l'artisan de la répression des soulèvements spartakistes de 1919. Jaurès approuva l'entrée d'Alexandre Millerand dans un gouvernement bourgeois, pour soutenir la République menacée par l'anti-dreyfusisme - y voyant la possibilité d'infléchir le gouvernement. Après la 2ème guerre mondiale, la social-démocratie se rallia au bloc de l'ouest contre l'URSS, et, point culminant, s'aligna sur la mondialisation néolibérale.

Il y eut des contre-feux à l'intérieur du camp socialiste. En 1971, à Epinay, était créé le nouveau Parti socialiste, animé par une volonté affichée de rupture avec le capitalisme et d'union avec le PCF. Sous la pression forte du CERES et de son leader J.P. Chevènement, avaient été rédigés le programme socialiste "Changer la vie", prélude au Programme commun de gouvernement avec le PCF et les radicaux de gauche.
Peu avant, trois co-fondateurs du CERES (dont et surtout J.P. Chevènement) avaient publié aux éditions du Seuil, sous le pseudonyme de Jacques Mandrin, un livre, "Socialisme ou social-médiocratie". Le titre du présent libelle y trouve sa justification.

Parenthèse socialiste qui dura 12 ans. En 1983, le PS français entama un lent mais sûr rapprochement avec les social-démocraties européennes et, surtout, allemande. Rapprochement quasi-fusionnel, basculement dans le néolibéralisme, avec pour effets le ralliement de socialistes au gouvernement d'E. Macron en 2017 et le basculement d'ancien(ne)s député(e)s socialistes dans sa majorité.

Historiquement, la condamnation du marxisme pousse des personnalités socialistes vers la tangente sociale-démocrate, quand d'autres y adhèrent directement. A partir de 1917, la social-démocratie s'est voulue un rempart contre le bolchevisme et l'URSS, et, dans sa version contemporaine, post-soviétique, elle s'inscrit dans un courant de démocratie "antitotalitaire". Selon elle, l'acquisition d' "avantages" par la classe ouvrière, les classes défavorisées plus tard, passe par l'adhésion à l'économie et à la culture de marché.

                                                           Rien à tirer de la social-démocratie ?

En France, le bilan de la social-démocratie se confond avec celui de Hollande, Président officiellement socialiste, qui entendait convertir définitivement à la social-démocratie un PS trimballant à la fois son héritage de "parti d'Epinay" de 1971 et un néolibéralisme assumé. Exit donc Epinay, viva un quinquennat voué au capitalisme financier, déguisé en "économie de l'offre". Place à un brouillage total des pistes, et de la perception populaire de la gauche, désormais assimilée à la compromission avec son adversaire capitaliste de toujours. Voie ouverte à toutes les confusions, et à un cocktail désormais bien connu d'extrême-droite et d'abstention électorale massive.

Pourtant, tout n'était pas à jeter. Le malheur, pour la social-démocratie française, fut de s'allier avec sa consoeur allemande au sein d'un parti socialiste européen majoritairement néolibéral. S'inspirant des sociaux-démocrates scandinaves, elle aurait pu porter des idées et des pratiques fortement redistributives et socialement libérales, pour arriver à quelque chose ressemblant au réformisme révolutionnaire et à la révolution réformiste, invoqués par François Ruffin.
Sortir d'alliances véreuses ? Rocard, Delors (anagrammés par "Le Canard" en "Dollar record"), Strauss Kahn, Hollande, puis toute une génération biberonnée au néolibéralisme, avaient l'oeil trop rivé sur les promesses divines du marché pour y renoncer. C'est ainsi qu'apparurent les dérégulations massives et les traités (Maastricht, le TCE, Lisbonne), soutenus par nos "socialistes". Et la social-démocratie de sombrer, jusqu'à l'apothéose sanglante de 2022.

                                                                 Le bal des turlupins





Renoncèrent-ils ?
La claque de 2022 fut historique.
Le cadavre, décomposé.
Il se trouva des lucides et courageux pour comprendre qu'une cure de Nupes éviterait aux socialistes français de finir, sans gloire, dans le même caveau que leurs colocs sociaux-démocrates.
Mais pour d'autres la leçon ne suffirait jamais.
Le calice n'était pas assez bu, ni la cigue assez avalée.
On n'avait rien compris.
Ainsi, un dompteur bouffi, un ancien greffier de hasard, et leur troupe en haillons du cirque social-démocrate tentent un retour sur la place du village. Carrousel pathétique et défi à la rationalité. Quelle pitrerie, construite sur le fameux "la république c'est moi" d'il y a déjà quatre ans, ne tenterait-on pas pour refaire une expédition punitive collective, au détour d'une petit retour au gouvernement... 

On m'objectera le fameux "combien de divisions?", et à coup sûr les bataillons sont clairsemés. Mais le ver dans le fruit ne renonce pas comme ça, les ancien(ne)s et très ancien(ne)s l'ont retenu des Assises du socialisme de 1974.

Reste que la gauche peut sortir de la brume. Déjà le travail entre organisations de la Nupes, l'apprentissage d'une existence commune en même temps que d'expériences séparées, permettent d'espérer un scénario d'intelligence contre la prévision répandue d'éclatement ou de mort lente. Le pire est toujours sûr, sauf quand l'intelligence s'en mêle.
Mais, alors que le procès en "extrême gauche" va croissant, la double injonction d'être soi et constamment soi, en versant positif, et de repousser (versant négatif) la tentation d'inflexion et de "modération" qui est le faux-nez du renoncement (et dont la social-démocratie est la télégraphiste zélée), dicte à la Nupes une feuille de route, ardue, périlleuse, pleine de pièges et d'embûches.

Et il n'y en a pas d'autre. La reconquête du pouvoir par son seul détenteur légitime, le peuple, en dépend.




mardi 25 janvier 2022

Mon journal pendant la drôle de campagne (1)

 Ouvrons sur un conseil de lecture. Le livre ci-dessous est conseillé à celles et ceux :

. Qui, parents de triplés mâles, les ont tous les trois baptisés Jean-Luc,

. Qui acceptent l'élection de Jean-Luc Mélenchon à la présidence de la République, moyennant la garantie qu'il mourra la veille de son investiture,

. Qui ont vu la naissance de la France Insoumise comme une nouvelle sortie de Lazare de son tombeau,

. Qui souffrent de dérangements intestinaux et d'affliction morale à la vue du logo de la FI.

La campagne est froide. Est-ce parce que nous n'avons pas, toutes et tous, réalisé que nous ne sommes pas encore au bout de la décomposition sociale orchestrée par la globalisation néolibérale ?

Il y a comme un accomplissement, dans ce que nous traversons. Nous, qui savons ce qui a commencé il y a cinquante ans, le façonnage d'une inégalité planétaire d'intensité et de cruauté inouïes, et la préparation d'un chaos social et écologique. Cet ordre économique mortel, nous savons qu'il vacillera, et aussi que ce ne sera sans doute pas de notre vivant.

Il y a comme l'accomplissement du rêve de Milton Friedman. Sa double victoire : l'humain d'abord, entendre par là une créature brute, programmée pour imposer sa barbarie existentielle, une planète à l'agonie sous les coups de ce locataire avide de la dominer, pour la saccager à bon droit ensuite.

On aura compris que l'humain de Friedman et des Chicago boys n'est pas le même que celui du slogan électoral du PCF. Celui-là est éduqué, sensible et conscient, quand celui de Friedman est un tyran à l'état natif dont la vocation est de le rester jusqu'à sa mort à lui, et à celle d'autrui. Reste le slogan, et la confusion qu'il porte. D'importance mineure. L'auteur de ces lignes est probablement seul à la détecter, il s'en repent. Tout en n'en pensant pas une miette de moins.


QUE LE COUPABLE LEVE LE DOIGT

On a, toutes et tous, nos recettes explicatives du pré-désastre actuel - encore qu'il n'est pas encore écrit. Ah, si on avait fait ceci, ah, si on avait été écoutés, ah, et ah, et encore ah... Mais contre l'enchevêtrement implacable de néolibéralisme, de mur de Berlin, de social-démocratie embarquant dans son agonie des chargements de rêves sociaux, et de renaissance mille fois différée d'un courant social fort, les conditionnels passés s'annulent d'eux-mêmes. Devraient tomber dans l'oubli, mais ce serait aller contre nos besoins d'avoir raison contre l'histoire. Le premier, la première qui osera encore un "on aurait dû..." portera le bonnet d'âne de gauche.

En attendant de trouver un(e) coupable, qui sera toujours l'autre ou les autres, il n'y a que l'espoir à proscrire et le travail à prescrire. L'auteur de ces lignes a horreur du travail dans sa version économique, il ne voit que lui, le travail, avec nos intelligences et notre goût pour le bonheur, pour ne pas sombrer.

Et nous sommes des gens de travail, d'intelligence et de bonheur : nous n'allons pas sombrer.


lundi 4 janvier 2021

LES PREVISIONS EXCLUSIVES DE RAOUL BENARD POUR 2021

En 2021 sera créé un prix littéraire Cyril Hanouna. Trente-mille candidat(e)s ont déjà fait part de leur intention de concourir, et se sont mis(e)s aussitôt à l’apprentissage des voyelles et des consonnes.

En 2021, Vincent Bolloré, Marine Le Pen, Bernard Arnault, Benjamin Castaldi, Bruno Retailleau et Jean-Marie Bigard rendront un hommage vibrant à Jean-Pierre Chevènement pour ses 82 ans. Trois au moins d’entre eux confieront avoir oublié le titre de son meilleur album.

En 2021, Google ouvrira 3 500 sandwicheries virtuelles à prix cassés dans toute la France.

En 2021, Marine Le Pen refusera de reconnaître sa défaite. A qui lui suggérera qu’elle n’aura pas été élue, elle répondra « iou areu firède ».

En 2021, pour garantir la transmission à nos enfants d’une terre saine et préservée, un / une écologiste nommé(e) par l’entreprise siègera au Conseil d’administration de chaque Gafam, avec voix consultative.

En 2021, les 300 000 exemplaires imprimés de « L’Humanité » s’arracheront chaque matin en quelques minutes.

En 2021, Amazon réparera les fuites de canalisations, débouchera les WC, collectera 10 milliards de tonnes de déchets, les stockera dans ses entrepôts, surtout français pour la qualité de la main d’œuvre locale, et les fera déposer devant la porte du domicile de M. Jeff Bezos.

En 2021, les bébés auront la possibilité d’ouvrir un compte bancaire. Le temps maximal de consultation d’internet ou des smartphones à partir de 2 ans sera limité à 12 heures par jour dans tous les pays membres de l’Union européenne, par souci de préserver la santé de nos enfants.

En 2021, On en finira avec les préjugés anti-chinois dans les entreprises et dans l'économie, trop nuisibles au business bilatéral. On n’entre pas dans une entreprise pour faire de la politique ou pour protéger des ouïgours, mais pour travailler et produire de la richesse.
Justement, en 2021, Jaroslaw Kaczynski et Viktor Orban apprendront le Chinois.

En 2021, Arlette Laguiller déposera sa candidature à l’élection présidentielle pour faire barrage à Jean-Luc Mélenchon. Thème retenu : « Les travailleuses et les travailleurs, c’est des personnes sacrées ».

En 2021, tout individu de moins de douze ans surpris en flagrant délit d’usage d’armes à feu camouflées ou d’armes à feu de poing sera fermement rappelé à l’ordre : il lui sera demandé de présenter sur le champ un justificatif d’identité.

En 2021, les opposant(e)s politiques chinois(e)s mystérieusement disparu(e)s depuis plus de 1 500 jours pourront rédiger leur autocritique post-mortem.

En 2021, Xavier Bertrand rendra opportunément publique son adhésion au Parti des Travailleurs, au Mouvement des Paysans, au Club des socialistes, au Parti des Entrepreneurs, à La France indécise, aux Abstentionnistes associés et à l’Eglise du trentième jour de la semaine.

dimanche 1 mars 2020

"C'ETAIT MIEUX AVANT" ? NON, MAIS C'EST CENT FOIS PIRE AUJOURD'HUI.

La maturité d'une société, se mesure probablement à l'accueil qu'elle réserve à la critique. Non tant la critique qui vise à la prise du pouvoir, qu'un regard sur tel aspect, telle orientation du cours de nos vies - et l'intention de leur chercher des alternatives. Un exercice libre, en somme, de pensée philosophique.

En 2017, Michel Serres faisait paraître son dernier essai, "C'était mieux avant" (Le Pommier), titre qui reprenait une ritournelle au long cours. Derrière sa mise en cause d'une nostalgie inévitablement passéiste et rétrograde, qui ne pouvait être le fait que de vieillards sourds, aveugles et bornés, amateurs de presse-purée et de carioles hippotractées, se terrait en réalité, de la part de l'auteur, une caricature malveillante, grossière, nauséabonde, de toute critique adressée à nos temps modernes.
Serres n'était pas seul à véhiculer pareille ânerie, doxa bien ancrée dans le langage courant et hochet favori de bourgeoisies amateures de simplismes réducteurs, qui leur épargnent tout effort de pensée. Des décennies que toute critique du présent vaut à son émetteur un regard narquois et méprisant, suivi de l'immanquable : "Eh oui ! C'était mieux avant, forcément !".
Moyennant quoi le débat est clos, et l'on est prié(e) de passer à autre chose. De plus sérieux, si possible.

                                      Modernité et interdiction de la pensée critique


Faire entendre une critique des dérégulations économiques, sociales et environnementales, des inégalités, des productivismes, de consumérismes urbains et de livraisons à domicile, mettre en cause les tyrannies managériales et actionnariales dans les entreprises, le transpercement du ciel par les avions et du silence par les smartphones dans les lieux publics, la perte de sens collectif, les retraits de la culture et de la francophonie… douter des comportements et morales individualistes, invoquer valeurs et patrie républicaines (en insistant bien : "républicaines")… Tenter d'expliquer qu'il n'y a rien là-dedans de passéiste, rétrograde ou réactionnaire, mais l'exercice individuel et collectif d'un droit à la pensée critique…
Pareille tentative relève de l'exploit. Pour les néo-modernes, elle revient évidemment à préférer le passé au présent. A conserver plutôt qu'avancer. A moisir plutôt que réformer.
Comme le disait Souchon, "On avance, on avance, on avance, c'est une évidence, on n'a pas assez d'essence pour aller dans l'autre sens, (…) faut pas qu'on réfléchisse ni qu'on pense, on avance".

Pareil processus d'étouffement de la critique sous la caricature du "c'était mieux avant" n'est pas tombé du ciel. Il a commencé dans les années 70 et a culminé dans les années 80 et 90 (voir "La décennie", François Cusset - La Découverte), pour suivre depuis vingt ans une digestion ponctuée de rototos sonores et odoriférants, mais dans la quiétude de la mission accomplie.

Il est allé de pair avec la mondialisation néolibérale, avec laquelle il fait corps aujourd'hui.
Celle-ci court depuis les années soixante-dix. Idéologie dominante et écrasante, elle a commencé son lent travail par une frappe chirurgicale de dérégulation généralisée, laissant derrière son passage les peuples hagards, les pays chamboulés, les systèmes politiques déstabilisés.

La mondialisation néolibérale véhiculait l'impérative modernisation d'un monde supposé vieilli, mot d'ordre derrière lequel se cachait une contre-révolution. Passé le train fou des dérégulations, officiellement respectueuse des règles démocratiques, il fallait à celle-ci conquérir les esprits. Elle pouvait pour cela s'appuyer sur un vent d'optimisme fort, hall de gare où se croisaient la foi à dominante chrétienne dans l'humanité et la résolution providentielle des problèmes, l'héritage de progrès sociaux qu'on croyait invincibles, et une idée d'équilibre global vers lequel l'Histoire tendrait progressivement.

Moyennant quoi les individus se voyaient et s'entendaient enjoindre d' "y croire", de sabrer leurs doutes et interrogations, de fixer obstinément un horizon heureux de compétition à tout crin de tous contre chacun, de chacun contre tous et surtout de chacun pour soi, et de se mobiliser, à tous sens du terme.

Pareil processus ne pouvait supporter ni doute ni contradiction. Certes, on était très démocrates, dans la pratique il ne fallait pas pousser le bouchon trop loin : disqualifier les idées, imaginations et rêves devenait impérieux. On était dans une dynamique mondiale, on n'allait pas se laisser freiner par des zozos, intellectuels et improductifs, fonctionnaires et paresseux.
Ils ne voulaient pas de la nouvelle modernité ? Ils seraient nécessairement nostalgiques, conservateurs, réacs, tutti-quanti.
Et on pourrait toujours compter sur un Michel Serres, et sur tant d'autres, pour répandre une idiotie réductrice telle que ce "C'était mieux avant" et amener le corps social à accepter le présent sans sourciller - et avec le sourire.

On en est là.
Aux prises avec un monde hideux.

Non, ça n'était pas mieux avant.
Oui, les scientifiques ont fait faire des bonds considérables à l'humanité, à la vie, mais…
... Non, ils n'échapperont jamais au regard ni à la critique,
Non, le monde sans droits sociaux d'avant n'est pas préférable à l'actuel, mais...
... Non, rien ne peut justifier l’érosion néolibérale moderne de ces mêmes droits sociaux,
Oui, quitte à passer pour odieusement ringards, il nous faut défendre ces conquis du passé et non-dépassés,
Oui, le développement des intelligences individuelles et collectives est notre meilleure arme pour combattre l'ignorance, l'obscurantisme, la haine,
Non, le monde sans éducation, sans intention d'émancipation, n'était pas supportable, mais non, le monde actuel néolibéral qui a programmé leur disparition ne vaut pas mieux.

C'était mieux avant ?
Non. Mais c'est cent fois pire aujourd'hui.

samedi 28 décembre 2019

LES PRÉVISIONS EXCLUSIVES DE RAOUL BENARD POUR 2020

Raoul Benard a été le premier, dès les premiers jours de 2018, à prévoir la probabilité d'un passage à l'année suivante, en précisant qu'il s'agirait vraisemblablement de 2019.
Pour cette raison, il a été élu meilleur prévisionniste de tous les temps à venir.
Voici donc, sans plus attendre, ses prévisions pour 2020.

ÉCONOMIE
Bonne nouvelle : en 2020, c'en sera fini de la fossilisation tellement ringarde et française de Paris, qui accueillera au minimum 300 millions de touristes.
Mauvaise nouvelle : ceux-ci pourront être infiltrés par des étrangers. La vigilance sera générale et la police sur les dents.

En 2020, les magasins en zones de shopping des gares du nord et Montparnasse accueilleront 200 millions de clients. Les gares se réserveront la possibilité, fortement optionnelle, de proposer aussi des voyages en train.

En 2020, le climat connaîtra une amélioration significative, avec, il était temps, la disparition de l'automne et de l'hiver. En compensation des effets économiques de cette évolution inéluctable de l'humanité, qu'il serait illusoire et rétrograde de combattre, La république en marche (LREM) obtiendra des tarifs préférentiels pour les pistes de ski artificielles situées dans les centres commerciaux, au printemps et en été.

En 2020 aura lieu l'élection de l'objet le plus totalement idiot et assassin. Le SUV recueillera la majorité absolue des suffrages dès le premier tour; le groupe La république en marche (LREM) de l'Assemblée nationale rédigera une proposition de loi en faveur d'une concertation illimitée devant aboutir à la décision éventuelle de supprimer le mot "SUV" de la terminologie automobile avant l'an 2098 au plus tard, après référendum d'initiative partagée devant recueillir 40 millions de signatures.

SOCIAL
En 2020, la CFDT se convertira en start-up.

POLITIQUE
Bonne nouvelle : en 2020 le boom économique favorisera l'éclosion de dizaines de nouveaux instituts de sondages. Raoul Benard a pu se procurer deux questions que l'un d'entre eux posera bientôt aux Français :
"Parmi ces trois dangers imminents qui menacent la France, lequel jugez-vous le plus dangereux :
1 - M. Jean-Luc Mélenchon,
2 - Le fondateur de La France Insoumise,
3 - Le président du groupe Insoumis à l'Assemblée nationale"

"Compte-tenu de ce qui précède, envisagez-vous sérieusement de voter en 2022 pour l'un de ces trois personnages :
1 - Moui,
2 - Ah pas question,
3 - Qu'est-ce que je dois répondre ?".

En 2020, pour témoigner de son admiration pour François Mauriac, Jean-Luc Mélenchon se coupera les cordes vocales,

En 2020, Mme Muriel Pénicaud et M. Laurent Petraszewski se verront confier la Direction des Ressources Humaines du gouvernement. Le même jour les statuts de la section CGT des ministres seront déposés, la section enregistrera les adhésions de la totalité du gouvernement, secrétaires d'Etat compris, et déposera un préavis de grève reconductible avec séquestration fortement probable de Mme Pénicaud et de M. Petraszewski,

CULTURE
En 2020, M. Franck Riester disparaîtra du ministère de la culture et ne pourra être retrouvé, confirmant la vocation déjà ancienne du ministère pour le vide absolu et sa propension à l'auto-désintégration. Propension confirmée par la nomination de M. Cyril Hanouna, en remplacement et prolongement de M. Franck Riester,

En 2020, Geoffroy Roux de Bézieux enregistrera son premier album, disponible exclusivement par le Pass'(in)culture et sur Amazon,

PEOPLE
Laeticia Hallyday prendra en 2020 la décision d'acheter toutes les galettes des rois comprenant des fèves Johnny Hallyday,
On retrouvera en 2020 M. Dupont de Ligonesse, TF1 observera à ce sujet un silence inattendu,
En 2020, le sosie de M. Dupont de Ligonesse, de nouveau arrêté, sera traîné en justice par TF1 sans raison apparente,
Mme Christine Ockrent devrait rester Mme Christine Ockrent, juste pour le fun.












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