mardi 28 janvier 2014

ELECTIONS MUNICIPALES A SEVRAN : "DERNIERES NOUVELLES DE SEVRAN" (D.N.S.), N°1

Amie lectrice, ami lecteur

A quelques semaines des élections municipales, nous avons souhaité vous dévoiler les vrais thèmes qui feront l'actualité sevranaise d'ici mars prochain.

L'actualité politique sevranaise, généralement décrite comme terne et plate, est au contraire pleine de richesses que nous avons choisi de vous faire découvrir et partager.

Attendez-vous à beaucoup de surprises et de découvertes ! Attendez-vous à vous enrichir pour être plus au courant de tout et plus lucides, attendez-vous à voter enfin en connaissance de cause : ces potins que vous lirez ci-dessous et dans nos prochaines livraisons vous montreront que, malgré tout ce que l'on peut penser, les choix ne sont pas si compliqués qu'il y paraît.

Cette première livraison est ouverte aux principales candidatures; la suivante concernera M. Chirani et l'UDI.

Nous attendons vos commentaires et réflexions,

Bonne lecture !

L'équipe du "Pivert de Marceau"


PREMIERS SONDAGES !
Dans la nuit de jeudi 30 janvier, deux sondages sont tombés coup sur coup dans la campagne pour les élections municipales.
Le premier, dû à l'institut IPFOP, donne M.Gatignon en tête du deuxième tour avec 50,01% des voix, contre 49,99% à Mme Autain. Le deuxième, de l'institut IFSOS, attribue 50,01% à Mme Autain, contre 49,99% à M. Gatignon. Dans un communiqué, ce dernier qualifie IFSOS de "vendu aux lobbies national-souverainistes, aux forces obscures de l'effondrement", et salue "le sondage IPFOP, ce raz de marée, ce plébiscite incontestable" qui le place d'emblée "en situation probable de ne sans doute pas perdre". Pour Mme Autain, l'IPFOP, "laquais d'Europe Ecologie", a réalisé son enquête "avant le lancement triomphal de sa campagne "Une Clémentine pour Sevran". "L'immense majorité des autres instituts de sondages me donnent la majorité absolue au premier tour", clame-t-elle, "à quelques dizaines de pourcents près".

L'APPEL DU CANDIDAT UMP, M. GEFFROY
M. Geffroy, candidat des "forces vives" de l'UMP pour les municipales, a convoqué en urgence une réunion à huis-clos de son conseil politique; tirées de leur sieste dans les locaux de l'OPR, les quatre forces vives et leurs déambulateurs se sont rendus au local sevranais de l'UMP. M. Geffroy, interdisant ronflement et lecture de "Notre Temps" pendant son discours, y a exigé l'installation "pressante" d'une cantine dans le local, dimension "vitale" de la politique, et la confection de menus "qui tiennent bien mais pas trop gras, comme le jambon-salade façon Claude Pompidou". Cela, dit l'ancien élu, pour "donner chair" aux idées de la droite et du centre et éviter toute voie de parking à sa candidature.

DES NOUVELLES DU MAIRE-CANDIDAT...
La rumeur court dans toutes les rédactions : Stéphane Gatignon négocie secrètement son retour au Parti Communiste Français.
Un dîner officieux a réuni, courant décembre à Tremblay en France, le maire de Sevran, son conseiller, M. Delombre, et Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. Malgré d'importants efforts pour éviter l'ébruitement du dîner, des oreilles indiscrètes présentes dans la salle de restaurant décorée de portraits de Maurice Thorez ont fait état d'un climat d'une camaraderie chaleureuse et virile : quelques tessons de bouteilles brandis ça et là n'auraient pas fait de blessés.
Au terme d'un dîner généreux et arrosé, devant un Pierre Laurent asphyxié d'émotion, S. Gatignon s'est livré à une auto-critique de trois heures environ (toux comprise), déclarant "j'avais bu", "t'inquiète, j'reviens, mon Pierrot", appelant à la "nouvelle alliance du Peuple, de la menthe fraîche et du chanvre". Perplexe, Pierre Laurent a annoncé qu'un "emplacement majeur" de la prochaine Fête de l'Humanité "porterait le nom glorieux de Stéphane Gatignon" en manière de reconnaissance fraternelle (un recoin entre le stand du Sri-Lanka et les sanitaires serait à l'étude).

A leur sortie, et après une franche et fraternelle accolade générale, S. Gatignon déclarait discrètement à son conseiller qu'il avait "obtenu tout ce qu'il voulait", P. Laurent murmurant à un de ses amis : "on lui réserve la Creuse ou la Lozère, en ballotage défav, ça va lui faire du bien".

D'après nos sources, le député François Asensi était retenu par le mariage soudain d'un neveu en Province, Mme Autain était, au moment du dîner, en recherche d'un baby-sitter pour la garde de ses enfants.

... ET DU FRONT DE GAUCHE
Selon Clémentine Autain, son slogan "Une Clémentine pour Sevran, des vitamines pour les sevranais" rencontre partout un immense succès. Pourtant, le "Pivert de Marceau" a appris la tenue d'une réunion secrète à Tremblay en France, il y a quelques jours, en présence de M. Asensi, au cours de laquelle le Député aurait appelé "à une renaissance sélective de goulags réservés aux tristes c... qui pondent des slogans pareils".

A l'issue de la réunion, une inflexion stratégique a été validée par l'immense majorité des députés présents et les militant(e)s du Front de Gauche; le prénom de Mme Autain, Clémentine, disparaîtrait du slogan au profit de "Orange", jugé "plus proche des préoccupations quotidiennes des sevranaises et des sevranais"; un remplacement "qui change tout", déclare la candidate, et va "relancer la dynamique de sa campagne".

LE DILEMNE DU FRONT NATIONAL
Réunis de nuit dans une cave éclairée à la torche, les militants locaux du Front National, dans l'incapacité de désigner un candidat ralliant tous les suffrages, auraient décidé de procéder à une sélection à la roulette russe.


dimanche 3 mars 2013

DOUCE GUERRE (Indi-gestions de gauches)

DEFENSE DU PESSIMISTE AVANT LE CATACLYSME

Le pessimiste, tel le poète, aurait toujours raison... 
Audacieux, mais sujet à interrogation, pour le moins.

L'auteur de ces lignes se constate pessimiste, sans se revendiquer tel. Tant de fois et de choses a-t-il prédit à qui voulait l'entendre (pas grand monde il est vrai)...; alerte depuis des lustres contre le système économique dominant, capitaliste néo-libéral, son organisation désastreuse de la vie et sa philosophie de bazar, qui portent en germe selon lui rien moins qu'un danger de guerre sociale ou de dictature. Tant de fois a-t-il, tout au plus, suscité compassion attendrie, franche lassitude ou rigolade... Même chez ses Camarades militants, qui opposent historiquement les vertus de la lutte aux sirènes défaitistes du pessimisme.

Qu'on ne s'y trompe pas. Le pessimiste n'a qu'une attente, que ses visions et prévisions soient battues en brèche par le réel. Son angoisse vient de ce que ses semblables vont dans le sens qu'il a senti, le mauvais, et de son impuissance à le leur faire entendre. Plutôt qu'oiseau de mauvais augure, le pessimiste est une vigie intuitive, qui repère les tempêtes par beaux temps ou les icebergs sur une eau rectiligne. L'humanité qui l'entoure choisit de l'écouter ou accuse son intuition de défaillance.
C'est ainsi que nous sommes quelques-uns à nous distinguer de tant de nos contemporains, qui ont sur le cours de la vie un regard simplement critique, ou se plaignent seulement de troubles de la respiration en météo perturbée, quand nous nous plaignons, nous, d'asphyxie et de menace de mort. Il ne s'agit pas ici de ne pointer que le désastre écologique en cours qui tue lentement la planète, et de classer le danger de guerre sociale parmi ses effets induits, mais bien d'incriminer un système économique, et la philosophie qu'il s'est taillée sur mesure, pour la guerre sociale prévisible à part égale avec le désastre écologique en cours.

Balivernes ! Regards attristés. Le revoilà, avec ses alertes au feu alors que l'on sort de semaines de pluies, sa noirceur quand le ciel commence enfin à se dégager.

Et puis... Dans ''Marianne'' du 2 mars, que lit-on sous la plume de Jacques Julliard ("Ne poussez pas le peuple à bout")? "La plupart des ingrédients présents dans l'Italie puis l'Allemagne des années 20 rôdent autour de nous. Il ne leur manque qu'un catalyseur".
Et bing.
Le même Julliard aurait sans doute levé les yeux au ciel si on lui avait tenu pareil propos dix ou quinze ans auparavant. Catastrophiste ! Sous-marin du Front National ! Anti-européen ! On en passe.
Trop d'optimisme tuerait presque l'optimisme ?

L'ouragan serait donc proche, sans que personne puisse encore en tracer le contour. Seule certitude : s'il arrive et sitôt commencé, chacun en Europe va désigner "ses" responsables et coupables. C'est déjà le cas. "Le Monde" du jour déplore que le gouvernement Ayrault soit privé de sa majorité parlementaire sociale-démocrate. En France, dans un arc libéral droite-gauche, la recherche du méchant loup mettra en avant la CGT et le refus de la flexibilité du travail, le "refus" de l'Europe, le repli sur l'Etat et les Etats-nations, l'Etat lui-même, les chimères républicaines, l'héritage révolutionnaire... En bref, le "conservatisme de gauche", belle invention néo-libérale destinée à accuser de la rage le maudit chien républicain et social qu'on veut tant noyer.

Peut-être se trouvera-t-il quelqu'un pour avancer que s'achève un cycle, entamé aux Etats Unis dans les années 30 et en Europe à la fin de la guerre, de mise en place de régulations et protections pour tenter de faire de l'économie occidentale l'outil du bien commun plutôt que du malheur de tous. Le transfert du travail et des capitaux à l'est et en Asie, la pression simultanée sur les prix et les salaires à l'ouest, avec pour but d'aligner la "compétitivité" de l'ouest, encore protégé par des arsenaux légaux, sur celle de l'est et d'Asie où la loi du plus fort promet un quasi-esclavage à qui ne l'est pas, la révolution conservatrice néo-libérale pour installer le changement dans les têtes, ont mis à sac l'édifice régulateur et ses auxiliaires, les Etats, et livré peu à peu les populations aux mains conquérantes, impitoyables, du "marché", et à ses règles induites : chômage de masse, paupérisation, angoisses, pressions, chacun pour soi.

S'il s'en trouve, j'abonderai.

Il se trouvera des voix, venant de tous horizons, pour dénoncer le saccage de la planète et appeler à une nouvelle régulation écologique, économique et sociale. J'y joindrai la mienne. Quand certaines mêleront au discours écologiste la vindicte contre l'Etat, l'invocation de la société comme seule matrice pertinente de gouvernement (remplacez par "gouvernance", tellement plus chic), je la retirerai.
Ces mêmes qui mettront l'Etat en cause tireront sur une ambulance que 40 ans de révolution néo-libérale ont privée de chauffeur, de pneus et d'entretien. Peu leur importera : derrière le bêlement anti-étatique se cache une mort de l'esprit critique qui constitue la plus belle victoire idéologique et culturelle du néo-libéralisme.

Le pessimiste n'a pas de plus vif espoir que de se tromper, d'angoisse plus tenace que de le rester.
Son drame s'appelle "la gauche", enfin, la grande misère intellectuelle qui en tient lieu officiellement.
Et dont il fera son prochain billet.
Bizarre, en décembre 2012 avait lieu une passe d'armes entre Jean-Vincent Placé et Daniel Cohn Bendit, le premier soupçonnant le second de collusion avec le social-libéralisme, le second accusant le premier d'étatisme chevènementiste. Au-delà de la chamaillerie bien normale au sein d'une même organisation perçait un débat capital, et pas si dépassé que ça, entre les gauches. Et qui ne fit pas grand bruit.

On en reparle.












jeudi 25 octobre 2012

NOTRE AVANT-GUERRE, SAISON 2


Les saisons s'enchaînent, sans heurts, discussions ni kalashnikov... Une transition réussit. Déjà ça. Automne, hiver, imagerie naïve du froid et de la neige, le gros vêtement, l'abri chez soi au chaud, les bonshommes de neige, Noël. Et toujours ce pendant : les sans-abris, la morsure du froid, les restaus du coeur débordés, la mort parfois, la solitude des vieux...

 Seuil d'un nouveau millésime qui promet l'aggravation d'un état déjà piteux; la sérénité se laisse chercher sans succès. Quid d'exiger, comme ce groupe héritier de Ferdinand Lop, le prolongement du présent jusqu'à nouvel ordre, le bannissement de l'avenir, tant qu'il portera des couleurs sombres ?

Sensation d' "équipée malaise", si Echenoz me l'accorde, devant chaque jour que Dieu fait sur le modèle des précédents; nuée d'orage violent, odeur de guerre sur la planète, qui ne relèvent pas de la prophétie de malheur.

Guerre. Le mot est posé, les contours du réel en devenir lui ressemblent, elle redevient une hypothèse par la misère grossissante qui lui tient lieu de mise à feu.
Misère. Le mot est réel, dont la source n'est plus à aller chercher comme jadis, dans la fatalité ou dans les casques à pointe, mais dans la répétition des logiques d'un capitalisme maître de la réalité et de la hiérarchie des urgences. L'attente d'une civilisation, nationale, continentale ou planétaire, est remisée au rayon des utopies humanistes, un hochet pour individus de bonne volonté. Stéphane Hessel, superstar. Nous savons d'où viennent les vents mauvais, il en est encore qui en cherchent l'origine chez leurs semblables; ils seront, ou non, acteurs et révélateurs de notre défaite.

Ah, Dieux et maîtres, sortir de l'odeur de guerre supposerait que le présent nous en désodorise; qu'il le fasse donc, et nous ravisse à jamais à l'habitude d'attendre le pire...

Envie de revenir sur des étapes, des glissements, abandons et renoncements qui ont abandonné une humanité  à la dictature du court-terme. L'épreuve d'être de gauche quand une des gauches est saisie de honte, de haine de soi, prenant en otage de ses couardises et de sa duplicité le beau projet de construction européenne; quand l'autre gauche, faible numériquement, toute aux fronts, aux luttes, dépositaire d'un espoir social sous-traité par la social-démocratie, n'a ni force ni volonté de s'interroger sur des pratiques à rénover... Quand aucune ne se souvient qu'il n'est de projet de gauche et républicain que dans la recherche inlassable du dépassement, de l'union et du rassemblement.


Que faire ? Penser, réfléchir aux devoirs qu'impose notre état, à la construction d'alternatives aux systèmes responsables des souffrances individuelles et collectives, ne jamais cesser d'écouter, de s'enrichir, sans distinction d'auteur ni d'origine. Jamais une évidence qui n'appelle réflexion, débat, ou bien décrétons de suite la mort de la contradiction puis de la pensée, avant celle de l'intelligence, et avant nos morts biologiques.

Et osons la critique ! La révolution naîtra ou explosera de son extension, quand le  présent se nourrit de sa compression. Nous vivons encore, et sans doute pour longtemps, dans l'ombre et sous la tutelle des années 80, pur produit de la révolution conservatrice. Presque quarante ans après, nous n'en avons toujours pas fait la critique, parce que cette prison de l'esprit a généré une antidote permanente à sa mise en cause. Les écrits et paroles dubitatives se font entendre : voyons, c'était de l'enfumage, paillettes, fric, image, égoïsme érigé en vertu... fermez le ban. Une alternative ? Vous n'y pensez pas... Indépassable, trop complexe. Un enfer dont on a conscience vaudra toujours mieux qu'un rêve d'y échapper. Gare, le danger guette !
Lequel ? Celui de rêver, surtout de sortir des années 80, précisément.




Il y a pire : pas une révolution dans l'Histoire qui n'ait été l'objet d'études et d'analyses profondes; la révolution conservatrice et les années 80 y échappent. Délégitimant le temps long et tous les systèmes antérieurs, cassant les mécaniques sociales construites depuis la crise de 1929, elles ont imposé à l'Histoire le primat et l'horizon indépassable du présent, et un avenir sui-generis, sans racines ni origines. La mémoire en fut et reste la victime principale, l'invocation des bienfaits supposés de systèmes antérieurs et la critique du présent étant sorties du champ des possibles.

"Eh quoi, charmante Elise ? Quel est donc ce navire au lointain qui chavire? Notre monde, l'Europe? N'écoutez, belle enfant, que les enchantements d'une vie de merveille, fermez vos écoutilles aux vilaines abeilles et leurs noirs desseins : avançons donc, vous dis-je, courrons cueillir le jour et la fleur renaissante..." (PCC Molière)


Voilà donc nos vies rappelées à leur fragilité, l'économie est en embuscade, gare à nos existences.

A quelques naïfs qui hier encore cherchaient à changer la vie, planchant sur des équilibres généraux et l'allègement des peines des plus faibles, et à entraver la marche de la planète vers le chaos, l'économie vient à chaque instant ramener du rêve au réel. Naïfs, nous l'étions. L'incessante tempête néo-libérale balaye le château de cartes économique. Elle reformate l'Histoire : la "crise" remonterait à quatre ans, rien avant les terrorisantes subprimes ! Et la tempête de frapper : on en goûte les charmes façon baston, austère, dure, sévère.

Mais nous serons nombreux, le 31 décembre prochain, à souhaiter quelques dizaines de "bonne et heureuse année".

Quelques économistes, philosophes et politiques avaient tout prévu depuis des lustres, mais tout a continué; mazette, l'économie lancée à plusieurs fois la vitesse du son ne se laisse pas arrêter comme ça. Qui ose seulement y songer s'entend taxer de conservatisme et de pessimisme comme jadis d'hérésie. La critique rejetée à la marge est dépossédée de tout pouvoir.

Reste le pessimisme. L'esprit pessimiste a de l' avance sur des événements qu'il a pressentis. Contre l'incrédulité générale il a vu les faits arriver; il perçoit l'aveuglement et l'incompréhension de la société avant l'événement, et l'angoisse quand l'événement survient. La société, elle, se refuse à l'anticipation et à tirer quelque leçon que ce soit... Ses péroraisons vérifiées, de l'incident modeste au pire désastre, le pessimiste peut s'époumonner qu'il les avait prédits, peu chaut à ses semblables : la page tournée, seuls compte pour eux un nouveau départ, une motivation assez puissante pour les faire aller, surtout si c'est nulle part. L'éventualité que cette marche promette la déroute est une lubie tolérée, mais indigne d'attention. Tel est son statut, jamais écouté car il va contre le besoin convulsif de mouvement; où, pourquoi, comment, peu importe au monde, qui va avec l' inconsciente certitude d'un paiement en retour : amélioration, grain à moudre, bonheur, en somme. Dada fantasmatique autrement appelé "espoir", ou optimisme béat.

                                               Ces deux toiles sont de Tobeen (musée de Bordeaux)

Voyons... Charmante Elise, l'Histoire immédiate nous jette à la mer. Le flonflon enchanteur souffre d'un couac de forte magnitude, la crème tourne, le tournedos est faisandé. Aujourd'hui ou demain grondera un tonnerre, qui abolira l'illusoire sentiment de tranquillité générale acheté sur une vieille croyance de bonheur. Bonheur économique, puisque tout procède de l'économie : produire, créer de la richesse vaudrait distribution et promesse de félicité, un jour ou l'autre.
Couac. Il y a eu production de richesses, illusion de distribution par l'impôt, puis par le transfert de production de l'ouest vers l'est et l'orient via la mondialisation - rachat de la honte du licenciement et de la délocalisation par la bonne conscience de l'emploi créé en Roumanie, en Inde et en Chine - mais partout au final triomphent l'inégalité et la récession, avec les humbles en premières victimes (les autres attendant leur tour). Les Etats redistributeurs sont à genoux. Et, en guise de bonheur collectif, la planète est saccagée. L'humanité demande la lune mais ne peut plus se l'offrir, on traverse un scénario dont l'issue aurait jadis été la guerre, et pour certains, dont Jacques Sapir, nous l'aurons peut-être.

Oui, charmante Elise. Après s'être bâfrée depuis trente ans de la potion  de deux chefs d'Etats anglo-saxons timbrés, encensé l'individu bienfaisant, piétiné le collectif, renoncé à l'esprit critique, notre humanité contemple les dégâts, hébétée. De la mondialisation néo-libérale "heureuse", ne reste qu'une fracture béante qui laisse hagards des politiques, intellectuels et penseurs, et des "gens", communs des mortels, qui ne lui voyaient pas d'alternative; tous ont foncé dans l'économie de marché désinhibée qui explose en vol, sans faire la part d'une vie qui va et du système qui la régente, sans deviner le néo-libéral derrière la normalité apparente, sans s'avouer avoir été manipulés, bêtement.

Très charmante Elise, la fierté et l'amitié sont le propre des Hommes libres. La liberté individuelle s'épanouit dans l'alliance des bonheurs collectif et individuel, par quoi Tony Judt définissait la social-démocratie, et rétrécit à mesure que les cultures de l'argent, de l'accumulation et du pouvoir innervent la société et la vie; les individus assujettis à l'économie se laissent gagner par la frustration, compensent leur humiliation latente par le ressentiment envers tous les pouvoirs institués et surtout envers leurs semblables (le RER aux heures de pointe résonne de "les gens sont fous", proféré par des vulgus pecums contre d'autres) et par l'envie de tout envoyer balader, tout et tous coupables d'une manipulation dont on se sent confusément l'objet. Le "chacun pour soi" est à l'oeuvre. La dissolution et l'atomisation sociales sont proches, boulevard pour les thématiques que goûtent tant le capitalisme entrepreneurial et l'extrême-droite : l'individu fort s'arrache de la multitude et lui décoche son mépris, tel est le socle des hiérarchies et de l'ordre inégal. Ainsi s'installent insidieusement le populisme et le décor d'une possible guerre sociale. Le nationalisme qui pousse à la guerre est le paravent des mécaniques économiques qui en sont le déclencheur, et c'est sur le prurit populiste que pousse le nationalisme. Ce que Jaurès traduisait par "le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l'orage".



Le néo-libéralisme aura universalisé ses désastres en moins de quarante ans. En se voulant la seule voie possible pour la planète, en s'imposant partout, jusqu'au PC chinois, l'idée mortifère néo-libérale a désarmé ses contre-poids et voulu tuer ses antidotes. Il n'en reste qu'une : la raison, alliée à la volonté; belle et sûre alliance républicaine seule à même de nous tirer de là, avec en face une humanité qui tant de fois aurait pu s'en saisir pour repousser les vents mauvais et a préféré la courte vue, l'intérêt immédiat, et épousé la faucheuse qui aujourd'hui lui présente l'addition. Il n'y aura pas de miracle, ou si peu.

Au milieu du tableau de fin d'année constellé de lumières et d'espoir, reviendront à l'esprit les testaments de Zweig et de Judt, deux juifs magnifiques, sentinelles des âmes et de la civilisation, et leurs signaux d'alarme angoissés. Le premier voyait, dans son monde des années 30, disparaître les signes, réputés intangibles jusque-là, de concorde et d'envie de vivre, il sentait monter les ferments de la guerre. Le second alertait cinquante ans plus tard sur l'étendue du "paradis perdu", alliance, brisée par la mondialisation néo-libérale, de conquêtes sociales et d'état d'esprit individuel et collectif tourné vers la vie à long terme. Judt ne voyait pas l'enfer succéder au paradis perdu; mourant, il enjoignait pourtant aux vivants de conserver tout ce qui peut l'être de ces conquêtes si violemment décriées par les libéraux - les appelant à en conquérir d'autres, seule inscription possible du contrat social dans l'avenir.



J'ai la gorge nouée, charmante Elise, à me demander si mes contemporains et nos successeurs essaieront, oseront ouvrir les yeux. Elle le serait moins si mes doutes n'étaient aussi forts.

Une autre juive, magnifique à sa manière, faillit nous arracher de l'espoir au carrefour de l'Histoire contemporaine. Essayiste abonnée aux Flore, Deux Magots, Lipp, Nouvel Obs et "Art Press" (on dirait aujourd'hui "une bobo"), elle publie en 1996 "L'horreur économique", aux éditions Fayard, en vend 350 000 exemplaires, le livre est traduit dans 32 langues et obtient le prix Médicis de l'essai. Viviane Forrester, y dénonce la pente néo-libérale, ses dégâts sociaux et ses inégalités. La dame ne mâche pas ses mots, le constat est pertinent, elle fait mouche.
Malgré l'avancée du marché mondialisé, on est encore sur une ligne de crête. Il a imposé l'idée d'économie "sociale de marché", converti le PS au modèle mondialisé en construction et disqualifié par avance - semblait-il - toute critique et toute recherche d'alternative.

Mais le rapport de force est encore en balance. Novembre-décembre 1995 vient juste de passer, la dissolution de l'assemblée par Chirac n'est pas loin; entretemps, Forrester, grande bourgeoise des beaux quartiers, cautionne et légitime l'angoisse que, déjà, le système montant génère dans le corps social, alors qu'il n'a pourtant dévoilé qu'une part infime de ses batteries. Un certain Marceau Pivert aurait volontiers dégaîné son "Tout est (encore) possible".

On le sait bien alors, cette "horreur économique" précède un train de dérèglementation, de libéralisation et de privatisation fou; sous les regards narquois des naïfs de gauche, nous savons ("nous"... républicains de gauche, pessimistes et pointilleux) qu'il vise à transférer la production à l'est et en Asie, à appauvrir des peuples mis en concurrence et à faire échapper la richesse à la redistribution encore en vigueur à l'Ouest. Nous savons que l'argument mondialisateur et européen est le cache-sexe d'une accélération de l'accumulation capitaliste et que la libre circulation des capitaux en est le moyen, et nous pressentons que la classe salariée française et européenne en fera les frais; nous alertons, nous en appelons, contre le raz de marée mondial qui se prépare, à la reprise en main de leurs affaires par les Peuples, à leur réarmement républicain, à la restauration de l'Etat régulateur et animateur démocratique de la société. Au milieu de la révolution conservatrice, nous désespérons d'un salut de l'héritage social et républicain. La parution de "L'horreur économique'' est le signe qu'une braise a survécu à l'étouffement du feu, et que rien d'autre à faire de mieux que souffler dessus.

Il y a face à nous tout ce qu'un système en voie d'hégémonie mobilise pour conforter sa marche. BHL, TF1, Joffrin, Cohn Bendit, Rocard, Delors (renommés "Dollar record" par "Le Canard"), Rosenvallon et la gauche "anti-jacobine", ce beau monde fait valider la route vers l'abjection au forceps, sous couvert de la nécessaire ouverture au monde. L'idée de résistance, l'émancipation vis-à-vis du lexique néo-libéral dominant déchaînent les procès en nationalisme, en réaction, en néo-fascisme parfois. L'invocation de la République devient anathème, la nation est rattachée à l'extrême-droite. En pareil contexte, le succès de "L'horreur économique" est une bonne nouvelle, toute question sur la personnalité de Viviane Forrester passe loin derrière la jouissance de voir pareil titre s'imposer, même si le débat généré par le livre est mince et bref.

Au journal "Le Monde"

Patatras. L'effet Forrester ne dure qu'une lune; "Apostrophes", émission de télévision de Bernard Pivot, éteint le lampion. Pivot y a invité Forrester et lui oppose Guy Sorman.
Forrester, bourgeoise dressée contre son camp, porteuse d'un message qu'aujourd'hui on dirait "indigné", pouvait se contenter de reprendre à l'écran les thèmes de son livre et emporter l'adhésion. Mais en robe de luxe sur le plateau, sur-maquillée et couverte de bijoux autour du cou et aux oreilles, elle débite en direct, péniblement, un discours dénonciateur qu'elle paraît découvrir, transie de trac, dans un Français déstructuré. La gauche qui n'éclate pas de rire ou rit jaune éteint son poste, l'éditeur dégrade ses prévisions de ventes.
Quand Pivot donne la parole à Guy Sorman, commence un carnage. A ses questions qui se voudraient flegmatiques et innocentes, auxquelles elle ne sait répondre et qui achèvent de la déstabiliser, Forrester répond par des "je ne vous ai pas interrompu" qui déclenchent le quasi-fou rire de Pivot. Sorman jubile.  Le ridicule de la situation est total, le piège médiatique s'est refermé sur l'auteure dont le livre suivant, "Une étrange dictature", ne se vendra évidemment pas, l'indignation attendra le train suivant, treize ans plus tard.

Et donc Forrester ne nous apporta pas le coup de main attendu, et Hessel nous laissa sur le bord du chemin des Indignés. XXIème siècle, et les qualités évidentes de l'auteur d'Indignez-vous, et sa résonnance mondiale, n'empêchent pas l'indignation de rester à quai, une fois de plus. Elle est le seul remède reconnu par notre temps à ses pesanteurs; rien au-delà, disait Colette Audry. En face, une planète théâtre de drames dont elle aura du mal à se remettre, si elle s'en remet, et dans lesquels nul n'ose plus intervenir. Viviane, reviens, et si, en plus, tu pouvais faire une répète avant de revenir...



 Charmante Elise, on sait donc aujourd'hui de quoi la critique doit faire l'économie pour trouver une écoute : dénonciations du présent, invocations de modèles anciens de vie meilleure pour attester les chaos en cours, démonstration que le pire n'est pas fatal... Pierre Mauroy, dans ses Mémoires, raconte avoir vu, devant un lac africain plein d'eau, des espèces animales connues pour s'entre-dévorer cohabiter pacifiquement, pour boire, ensemble, tout simplement... Tout celà est à remiser pour la quasi-éternité, j'entends par là jusqu'au dernier jour de l'emprise néo-libérale sur les esprits. La critique du temps présent doit respecter un code impératif - ou risquer l'invalidation pour absence d'"idées neuves" : l'approuver d'abord, le critiquer ensuite seulement, puis se garder de lui imaginer toute alternative.
Que nous restera-t-il bientôt, avec notre "Monde d'hier" entre les mains, enveloppé du froid métallique de la liseuse ?

C'est bientôt 2013. Nous reste la recherche du bonheur, mordicus, territoire que l'on dit infini. Passons outre le fait un peu frigorifiant que c'est là le seul militantisme acceptable par notre temps, buvons la potion le nez pincé, à la façon d'une cuillère d'huile de foie de morue. Cédons à la fascination du plus simple, comme j'ai cédé hier soir à la vision de nos deux enfants, leur Mère à leurs côtés, je n'en croyais ni mes yeux ni mes oreilles et la submersion émotive affleurait.
Ma responsabilité d'Homme s'arrêterait où commence l'irresponsabilité de mes semblables. Je n'aurais de prise sur l'Humanité qu'en l'acceptant, j'éviterais le mythe d'Icare en évitant de chercher en elle des contenus iréniques introuvables, et m'autoriserais une vision de la vie réaliste et heureuse. Fascinant comme une quête de bonheur débouche sur l'invariable évidence du pessimisme.



C'est bientôt 2013, Tony Judt est mort dans d'indescriptibles souffrances, les idées qui ont servi à l'édification des principes de bonheur individuel et collectif à la sortie de deux guerres mondiales, et qu'il tenait pour le socle irremplaçable de toute nouvelle civilisation, sont le décor d'un théâtre qui menace ruine. Mes contemporains le savent ou feignent de l'ignorer; il me faudrait prendre de haut leur incapacité, dont seul je serais juge, de rebâtir le théâtre et remonter les pièces, saynettes ou opéras qui faisaient tant pour générer les bonheurs simples et vifs de tous et chacun. Prendre ma propre truelle et bâtir mon guignol à moi. Mon Père n'aurait pas désavoué pareille idée. On y revient : peu d'humains avaient des idées plus noires que les siennes.

Continuer à militer, à attendre le déclic par lequel les foules retrouveraient un sens à la vie terrestre, jetant aux orties le court-terme néo-libéral qui les ronge et obère leur avenir. Continuer à illustrer un peu plus la théorie de Comte-Sponville qui a tant frappé ma conscience lorsque j'avais trente ans. Accréditer ce mot de Chevènement : "c'est l'issue la plus dure? Sans doute, mais c'est la seule".



Pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volonté, encore, toujours, marcher le long de la mer, tant qu'elle continuera de bercer ceux qui ont mal.


mardi 27 décembre 2011

PLAIDOYER POUR LA NOMINATION DE FRANCOIS HOLLANDE AUX CHEMINS VICINAUX !

Le chemin vicinal est une conquête de l'Histoire, des territoires, de la République. Pas de village sans son Eglise, sa place, son monument aux morts et son, voire ses chemins vicinaux.

Ce pilier vivant de la République et de la ruralité doit bénéficier d'une représentation dans l'Etat, à la mesure des enjeux dont il est le coeur. Qui oserait désormais traiter de la désindustrialisation, du chômage, du nucléaire, de l'éducation, sans aborder sérieusement l'odeur fraîche de la rose mignonette qui vient caresser l'odorat au détour d'un chemin vicinal ? Quel hiérarque de la Nation aura le toupet de parler avenir et grandeur en occultant la vache de Salers paissant sur les bas-côtés des chemins vicinaux de Corrèze ?

Oui, place au chemin vicinal dans les stratégies d'avenir.
Et qui, mieux que François Hollande, pour assumer, que dis-je, habiter le poste de secrétaire d'Etat (adjoint, au besoin) aux chemins vicinaux ?

Le voilà, le pionnier du détachement, voilà bien le notaire-sénateur radical socialiste de nos campagnes, à la joue franche, au verbe fleuri, le voilà, le champion qui fera avaler toutes les potions, y compris bruxelloises, surtout bruxelloises, aux vaches veaux et cochons !
Voilà l'intersection ventrue de Jaurès et Babar, l'homme des prairies sociales, des déserts communistes et étables financières, voilà le moteur essentiel du recul, de la distance, de l'abstention de gauche au deuxième tour des élections présidentielles.
Aidons cet homme à briser les chaînes à pédalos dans lesquelles des caricaturistes ont voulu le sangler! C'est l'homme qu'il nous faut !

Pétitionnons à donf. Vite ! L'Homme qu'il nous faut n'est pas aux pédalos, l'homme qu'il nous faut est aux chemins vicinaux !

Pour soutenir cet appel, envoyez vos dons à Raoul Benard, qui ne transmettra pas.

dimanche 19 juin 2011

ELOGE DE LA PASTEQUE

Une Histoire ne peut être heureuse sur toute sa longueur ; elle est constellée de ruptures, elle répertorie les séquences de bonheur et de malheur qu’elle nous emmène traverser et affronter, toutes, jusqu’au bout, la fin, où notre Histoire nous laisse hébétés, entre l’orgueil devant l’accomplissement et le dépit exténué. Seuls, face à elle.

A la fin de 1978 j’ai poussé la grille du 31, rue du général Beuret, à Paris XVème, près de la place de Vaugirard. Le siège du Parti Socialiste du XVème arrondissement était aussi celui du PSOE en exil, il avait vu passer Marceau Pivert, Albert Gazier, Lionel Jospin. Pour trouver un sens à la vie, à ma vie, pour que le PS m’alimente en raisons d’espérer tout changer. Faute, sans doute, d’avoir assez aimé changer, moi-même.
Trente-trois ans plus tard, après quelques ruptures dans le parcours du militant resté de base tout ce temps, après que, de socialiste, il soit passé républicain dans le Mouvement des Citoyens, puis républicain socialiste et écologiste dans le Parti de Gauche, est arrivée la fin de l’Histoire militante, le temps de la rupture, aux termes de laquelle le militant ne milite plus.

C’est dit et c’est fait.

La plus modeste décision appelle des éclaircissements, des explications, surtout quand elle engage au-delà de soi-même.
L’aventure PG se développe, mais pour l’heure, à l’échelon local, elle est en veilleuse : tentons la clarté au risque de faire long, charge indispensable pour revenir sur un long processus, et un prix à payer pour un dernier message du genre. Retour écrit sur trois ans d’expérience d’adhérent lambda du PG; le bon et le mauvais, l’enthousiasmant et le maussade, sans intention de bilan, plutôt un arrêt contre la course folle des événements, pour regagner le privilège du regard simple et ouvert qu’interdisent les pratiques politiques les plus courantes, les rythmes électoraux insensés, les rapports de force et les prises de pouvoir.

Sur le PG (Parti de Gauche)
L’objet qu’attendaient de longue date les partisans de feu l’union de la gauche, le Ceres au premier rang (qu’on se souvienne de la « dialectique de l’union »), et ceux, parfois les mêmes, qui estimaient indissociables la République et l’écologie politique…
La marmite PG bouillonne avec quelques trop petits milliers d’adhérents et un chef-cuistot aux recettes républicaines et démocratiques.
Les handicaps sur la route du PG sont consistants. Sa naissance ex-nihilo, à un moment où la citoyenneté est au plus bas et où l’adhésion, non seulement à un Parti mais à des idées politiques, fait figure d’exception.
Mais de 3 000, les effectifs sont passés à… 7 000 ? 8 000 ? Difficile de savoir précisément, mais le recrutement de 4 000 à 5 000 personnes en deux ans dans ce contexte-là n’a rien de déshonorant. Pourtant, ça reste une goutte d’eau.

Il y a l’effet-repoussoir pour société sur-médiatisée, que constitue Mélenchon. Le système « soft-idéologique » néo-libéral, à base de consensus sur la primauté de l’économie et du marché, s’adjoint une société du spectacle, de séduction, de passivité et docilité lisses, et génère son ennemi (cf le « besoin d’ennemi » cher à Finkielkraut), qui ne pense, ne s’exprime ni n’agit dans le sens général, et, dans une époque de déculturation accélérée, alimente son action de culture et de références culturelles ; dès lors il dérange de haut (les tenants du consensus) en bas (un corps social passif, consommateur et exécutant). Mélenchon incarne cet ennemi-repoussoir, tellement à contre-courant que son travail de conviction promet d’être encore rude.

Il y a l’inconnue Front de Gauche : quid de la mayonnaise PG-PCF face à la candidature Mélenchon (appareil et base militante) ? Le regard sur le Front de Gauche est-il le même au PG, qui y voit à terme une structure politique unique de l’ « autre gauche », et au PCF ? Quand Mélenchon propose le sabordage du PG demain si nécessaire (dans une dynamique accélérée du Front de Gauche), les communistes réalisent-ils que la question pourrait se poser pour eux aussi ?

Enfin il y a Mélenchon lui-même, et la personnalisation du PG aujourd’hui et, éventuellement, du Front de gauche demain. Qui, en dehors de lui, pour les incarner ? Il est seul à « passer » partout et pouvoir incarner l’autre gauche, donnée qui cadre avec la Vème république mais risquée pour un parti tributaire de son dirigeant. La co-présidence du PG, censée combler ce besoin et assurer au passage le relais pendant l’éventuelle campagne présidentielle, n’a pas bénéficié à l’image publique et à la stature de Martine Billard - pas plus qu’elle ne lui a, hélas, permis de se faire entendre dans les débats écologiques (nucléaire, gaz de schiste), accaparés par Europe-Ecologie.

Sevran
Puisque la loi micro-cosmique dicte sa dimension propre à tout acte politique, il faut aussi expliquer ma position quant aux adversaires locaux.
Des fois que se serait glissée quelqu’inavouable sympathie pour eux.

En commençant par convenir avoir été du bataillon des assommés-déconfits de novembre 2009, quand notre Maire ralliait Europe Ecologie.
Dans l’ex-majorité municipale, quelques-uns aventuraient – prudemment - qu’une goutte d’ex-communisme dans l’éprouvette écolo pouvait générer un précipité nouveau, baroque et intéressant. J’en étais. On avait eu affaire, avec ce Maire-là, à un scénario imposant d’inattendu et de stimulation, on pouvait en espérer du bel et bon… Et puis l’enjeu écologique, crucial, pouvait justifier qu’un dynamique élu local, déjà plus si local, agitât le cocotier écolo et le rénovât.

Europe Ecologie et Stéphane Gatignon
Politiquement, notre prévention était forte. Nous décelions l’ombre de son très libéral-libertaire fondateur partout derrière Europe Ecologie ; on nous serinait, et encore aujourd’hui, qu’il n’en était rien. Pourquoi EELV validait le traité de Lisbonne, que nombre de Verts et futurs EELV avaient repoussé sous sa forme « TCE » mais que le fondateur avait soutenu et continuait de revendiquer, mystère… Pourquoi les appels à la dérèglementation des transports et de l’énergie du même fondateur n’ont jamais généré de débat interne, pas plus que ses sorties contre Montebourg et pour la mondialisation… Mystère.

S. Gatignon, avant de rénover quoi que ce fût, avait du linge sale à laver. Au menu, pilonnage de son ancienne organisation, puis du front de gauche, coupable de « penser en-dessous du niveau de la mer », puis du PS qui avait failli, et puis le populisme menaçait, et autres antiennes. Seul échappait au tir groupé son nouveau mouvement, lancé à Sevran façon savonnette futuriste, antiseptique, universelle et auto-nettoyante, incarnation du neuf face à une gauche résiduelle, croulante et à peine digne d’un coup de balai.

Deux ans après, constat : la rénovation est en attente. Le vieil oripeau libéral-libertaire colle toujours à l’épiderme d’Europe Ecologie. L’Etat, bête noire du néo-libéralisme qui s’est acharné à le mettre en pièce, l’est aussi chez EELV, qui lui substitue deux outils politiques phares : la région (antique dada girondin) et les associations – que David Cameron a mises au centre de sa « big society », avec quel succès…
Autre tendance : EELV se réclame de la gauche tout en placardisant ses repères traditionnels. Le discours social (chômage, inégalités) est purgé de tout thème identitaire de gauche (capital-travail, exploitation, lutte des classes…), pour lui substituer un nouveau lexique « écologiste », avec codes et thèmes propres. On ne traite plus les inégalités dans l’habitat par le versant social (précarité, chômage, revenus, insolvabilité…), on met en avant le bénéfice social de la diminution des factures énergétiques dûe à une construction écologique et économique. On substitue au discours du rapport de force social dans la production celui d’un anti-productivisme censé pulvériser toute problématique sociale à la source. L’ancien discours « de gauche » est ainsi supplanté par une approche technico-pratique à tonalité positive. Un travail d’assemblage des deux, pour construire un cursus social-écologiste ? Peine perdue, il y a, en arrière-fond chez EELV, un souci obsessionnel, moderniste, de fossé vis-à-vis de l’autre gauche et toute la « classe politique », plus l’assurance en soi, et toute l’arrogance nécessaire, pour prendre tout le monde de haut.
Façon d’incarner le meilleur et d’envoyer balader les autres, indignes d’attention car solidairement obsolètes. Constat amer : jamais cette idée de « gouvernement des meilleurs » pour remplacer de supposés « vieux schémas » n’a connu pareille fortune que depuis la mondialisation néo-libérale.

Reste enfin cette affiliation aberrante avec un nuage toxique qui plane au-dessus de toutes les têtes européennes, le seul à ne pas empêcher Europe Ecologie de dormir : le traité de Lisbonne, non tant son versant institutionnel (et encore) que son contenu économique et social. Reste, plus encore, le passage en force du traité, viol assumé du suffrage universel sur lequel on risque d’attendre longtemps le plus petit commentaire critique d’EELV.

En continuité avec le vieux libéral-libertarisme de ses origines, EELV est donc pleinement là où on l’attend, et donc, non, non, rien n’a changé.
C’est dit.
Mais tout n’est pas dit.

Sevran, le « pour ou contre » et la politique
Effet de ses mutations, la problématique de la gauche sevranaise s’est ramenée à un « pour ou contre S. Gatignon et Europe Ecologie», avec un bloc PS-EELV d’un côté et le PCF de l’autre ; alternative obligatoire et absurde, qui prétend réduire à rien ou pas grand chose tout point de vue autre.
L’adhésion de S. Gatignon à EE, sur le mode « adieu les irrécupérables, place au monde nouveau », a été suivie par la volonté farouche du Député de barrer la route à son ex-dauphin, réduisant le choix politique de gauche à soutenir le Maire ou le combattre radicalement.
Le pour, le contre. Néant de la pensée et désert politique.

Sortons de là !
Dans le champ politique général, on peut revendiquer haut et fort (voir plus haut) la critique d’Europe Ecologie, mais, c’est ainsi, nombre des idées d’EE débordent ses frontières : critique du productivisme, gestion publique de l’eau, lutte contre le gaspillage des ressources terrestres et le saccage de la planète, critique des mécanismes institutionnels de la Vème république. Et l’auteur de ces lignes les partage.
Eh oui, cher(e)s collègues du paléolithique, on s’est mis tard, très tard, à la critique écologique du capitalisme, soucieux que nous étions de ne pas emboîter le pas aux Verts, qui l’associaient au corpus libéral-libertaire comme le fait aujourd’hui Europe Ecologie.
Résultat : d’autres que nous professent des idées qui nous sont chères, et d’une façon qui n’est pas la nôtre.
… Pas une mince affaire, tout ça.

Le Parti de Gauche doit porter l’écologie au centre de son discours et de ses actes, et aller à la rencontre et la confrontation avec les « estampillés », revendiquer comme eux l’écologie politique, la sortir de l’influence européo-libérale, l’arrimer au combat pour l’émancipation sociale. Ce qui a été fait à Notre Dame des Landes ou dans le dossier du gaz de schiste aurait dû, doit être refait et amplifié.

Sevran, dans tout ça ? Nous sommes, au diapason de toute la France, en panne de débat politique ; le thème de l’écologie nous fournirait un extraordinaire terrain pour débattre à la fois du temporel (la situation écologique globale) et du fond (comment y remédier).

Emmanuel Todd l’a très bien dit : le débat politique pédagogique n’est pas gauche-droite mais gauche-gauche. C’est entre aspirants au changement, dans la confrontation des appareils critiques, que se situe l’efficacité politique. Raison qui milite pour la recherche de passerelles idéologiques et pratiques, et pour laquelle le creusement de fossés entre organisations et courants de pensée se réclamant de la gauche, l’opacité de leurs relations, le débat entre eux ramené à des négociations de postes pour des scrutins électoraux incessants est une course inconsciente au plus grand vide possible, aux pratiques solitaires et égocentriques, et un camouflet permanent pour les premiers concernés : les Citoyens.

Une campagne pour rien
L’auteur de ces lignes entend revenir sur l’élection cantonale de 2011, qui contenait tout ce qu’il refuse désormais : deux camps en présence, véritables challengeurs du scrutin (soit le PCF d’un côté avec le soutien du PG, et Europe Ecologie), déploient un jeu stérile de failles et contradictions d’un côté auxquelles sont apportées de mauvaises réponses de l’autre, avec un apport démocratique quasi-nul aux allures d’aporie et un taux de participation ridicule.

Après un début de campagne assez calme débuta la bataille pichrocolienne sur le « million ». Qui ramenait la problématique électorale non aux enjeux respectifs d’Europe Ecologie et du Front de Gauche (le premier tract d’Arnaud Keraudren s’y essayait assez bien), même ramenés à l’échelon local, non plus à la prochaine disparition des conseils généraux, et encore moins à l’élargissement de l’enjeu à la France et l’Europe. Non, il fallait se déterminer par rapport au Maire ou au Député, tout devenant bon pour cet enjeu, un néo-oedipe guignolesque Gatignon-Asensi primant tous les autres enjeux - et il y en avait On attendait du débat, on eut du brouet insipide, sanctionné par un taux d’abstention égal au reste du pays.

« Le million » (1)
On eut donc d’abord « le million » ; une simple présentation de l’historique et des chiffres aurait suffi pour démonter l’argumentation de S. Gatignon sur la « basse vengeance » du Député. Mais ce dernier choisit de contre-attaquer sur le thème « Vous voulez un million ? Tremblay le verse déjà depuis 25 ans » ; contre-attaque qui fit pschitt, personne n’osant croire que pareil détail avait échappé aux yeux de tous pendant si longtemps.


Westinghouse (2)
Puis il y eut l’affaire des terrains Westinghouse. On discuta peu urbanisme ou poids de la contrainte économique, son incidence sur la densité des constructions – ce qui aurait relativisé le fameux « million » par rapport aux besoins financiers de la Ville et les inégalités dont elle est structurellement frappée : on rameuta plutôt contre l’apprenti-sorcier Gatignon et ses rêves de cité-dortoir.
Pourtant l’apprenti-sorcier commit une grosse erreur en chargeant l’ADESS et les critiques du projet, leur prêtant un refus de toute mixité sociale (« pas de ça près de chez moi »). Au passage il esquivait le fond de la question, à savoir non pas l’utilité de logements en entrée de ville mais l’impératif d’un projet d’ensemble (économique et urbanistique) propre à prévenir les dangers, à terme, de paupérisation du nouveau quartier sous l’effet de la crise. Telle était la prévention des riverains.
Il y avait là matière à un débat de fond, riche politiquement. Mais le temps manquait, il y avait l’impératif électoral, raison pour laquelle il n’y eut jamais de débat à la hauteur de l’enjeu.

La dépénalisation etc…
Et enfin la dépénalisation du cannabis.
C’était le plus frappant et médiatisé, mais il en cachait d’autres : la coupure de Sevran en deux, la sécurité civile, les gangs mafieux et la dépénalisation elle-même.

Les quartiers Nord de Sevran basculaient dans l’incontrôlable, ils étaient le théâtre d’affrontements armés entre bandes pour le contrôle du marché de la drogue. Côté Front de Gauche, on préférait dénoncer les effets des alertes médiatiques de S. Gatignon, ses « caricatures de notre Ville », sa « manie de tout peindre en noir », voire une constitution de fond de commerce médiatico-électoral. On en appelait à « réhabiliter » l’image de Sevran ternie par le boutefeu.
On aurait fini par douter de l’existence-même des problèmes, ou soupçonné le Maire de les créer de toutes pièces pour ses intérêts à court terme. Les protestations contre ses sorties médiatiques reléguaient le fossé géographique, économique et social de Sevran entre nord et sud. On s’interdisait d’imaginer que le Maire en avait seulement conscience.
Tout débat de fond sur ce thème était balayé par l’impératif du binaire, le bon gros manichéen qui fait les bonnes vieilles campagnes électorales. A ceci près que, cette fois, la recette n’a pas fonctionné.

Après l’élection cantonale et la sortie de son livre, le Maire en a appelé aux casques bleus puis à l’armée pour rétablir une vie normale à Sevran. Sortie fatiguée et nerveuse, sans rappel du terreau sur lequel se développent les trafics, sans exigence d’un retour de l’Etat à ses prérogatives économiques, sociales et éducatives et ne renvoyant qu’à la solution militaire : pain bénit pour qui, en embuscade, attendaient de confondre le militant d’Europe Ecologie allergique au service public derrière le Maire de banlieue en recherche de solutions concrètes à la violence urbaine.
Les mêmes oubliaient très innocemment les dénonciations de S.Gatignon, pendant plusieurs années, des interventions inefficaces des CRS dans les cités, ses demandes de récupérer les 40 policiers perdus par Sevran au cours de son premier mandat et son parti-pris (teinté de méfiance il est vrai) pour la police de proximité. Les mêmes feignent d’ignorer qu’en tirant les sonnettes d’alarme de façon ostensible, Gatignon prend des risques, y compris personnels, et oublient de saluer une bonne dose de courage.
Mais, faute d’un discours complet en appelant, une fois de plus, à la responsabilité de l’Etat et de pointer les responsabilités du système économique dans la situation des cités, le soupçon de mise en scène médiatique s’est fait jour – sachant qu’il y avait au passage un livre à vendre, une campagne pour les législatives en préparation…

Point d’orgue, la dépénalisation du cannabis. La proposition de dépénaliser découlait sans doute d’une réflexion longue de son auteur sur comment endiguer les trafics, contenir les mafias et leurs violences ; mais, « sortie » médiatiquement comme le lapin du chapeau, l’instantané primant le fond, de nouveau s’est enclenché un débat factuel sans rappel de son historique économique, social et politique autre que la montée de la violence dans les banlieues. De sorte que, bonne ou mauvaise, l’idée se voit opposer le rappel du fond de l’affaire, à savoir que le trafic de drogue se développe sur la relégation sociale et la misère, et qu’aucune décision factuelle comme la dépénalisation n’égalera une action politique visant à les éradiquer. Rappel épaulé par l’argumentation morale d’un Manuel Valls en faveur de la lutte contre les trafiquants.


* * * * * * *

C’est ainsi qu’une banale campagne électorale est venue épuiser l’adhérent lambda d’une organisation en laquelle il continue de croire ; le bonheur d’adhérer à un vrai projet de vie individuelle et collective, l’enthousiasme de chercher des communautés d’idées, voire de pensée, pour favoriser leur éclosion et leur développement par-dessus les cloisonnements militants, se heurte trop à ces mêmes cloisonnements et au raisonnement arithmético-électoral et organisationnel qui les sous-tend.
Ceci ne concerne pas le PG où j’ai toujours pu m’exprimer sans contrainte, où mes interventions pour un socle-PG / Front de Gauche allié à des passerelles vers Europe Ecologie ne m’ont jamais valu de critique. Je n’en dirai pas autant d’autres structures.

J’ai soupé des évidences, des sous-entendus, des promesses de nouvelles pratiques politiques qui disparaissaient derrière l’exigence de prendre ou garder le pouvoir, à quelque échelon que ce fût, et d’y mettre les moyens, dont la plus anguleuse des géométries politiques et de pensée. J’ai eu trop envie de dire à des écologistes estampillés, des communistes, des socialistes et même des gens de droite mon accord sur tout ou parties de leurs idées, à condition de les mêler, de les associer, de les ouvrir de ci-de là, je me suis trop entendu répondre que je rêvais, peut-être ai-je finalement décidé de rêver.

Je resterai sur cette certitude que la recherche de solutions politiques, individuelles et collectives, à une crise de l’économie capitaliste néo-libérale, passe par la prise en charge par chacun du destin de tous, et inversement. Le PG a pris cette donne en charge le plus sérieusement et rigoureusement, raison pour laquelle au-delà la personnalité de son fondateur, et d’un fonctionnement vertical induit, il incarne un modèle à continuer et développer.

Les néo-conservateurs américains désignent les écologistes sous le terme de « pastèque » : verte à l’extérieur, rouge à l’intérieur.
Saluons leur immanente sagesse d’analyse, faisons, tous ensemble, l’éloge de la pastèque, et créons le fruit transgénique qui sera son successeur, le fruit rouge-vert ou vert-rouge qui nous permettra de franchir les caps des années et des changements avec ouverture et sérénité.


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(1) Le Président de la communauté d’agglomération Plaine de France, François Asensi, ne reconduit pas, dans le budget de 2011, une subvention de 1 million d’Euros versée à Sevran au titre de 2010, déclenchant une riposte cinglante de S. Gatignon diffusée par tract municipal.

(2) Projet de construction d’un ensemble d’immeubles sur des terrains anciennement occupés par les ateliers de la société Westinghouse.

dimanche 8 août 2010

LE SOCIALISME, L'ECOLOGIE, ET LES VERTUS DES TRAVAUX D'APPROCHE

Deux formations se réclament ouvertement de l’écologie politique en France : Europe Ecologie et le Parti de Gauche; aucune percée à ce jour pourtant, électorale ou dans la réalité politique, ne permet de la créditer d’une quelconque avancée : le score d’Europe Ecologie aux élections régionales de 2009, inférieur à celui des Verts et de Génération Ecologie il y a douze ans, n’a pas vérifié le triomphe annoncé, celui du Front de Gauche n’a pas créé de dynamique ; le Parti de Gauche campe sur un effectif militant et un poids réel qui ne lui garantissent pas de survie à moyen terme, malgré l’impact médiatique fort de son Président.

Malgré leur affinité de fond, les deux structures ont évité tout rapprochement depuis leur émergence, hormis des discussions occasionnelles et des actions militantes ponctuelles; une coïncidence malheureuse, sans doute, avec le taux d’abstention record reconduit aux élections régionales puis à Rambouillet, l’abandon de l’essentiel du « Grenelle de l’environnement » et une défaite cinglante et collective dans le dossier de l’aéroport de Notre Dame des Landes.

Par ailleurs la crédibilité des deux piliers écologistes est minée politiquement : Europe Ecologie, lancée un peu hâtivement comme antidote à tous les maux politiques, à gauche en particulier, a joué l’air du grand soir écolo, avant extinction des lampions dès la fin des régionales pour cause de dissensions lourdes entre Verts et « néo-écolos » ; et tous de traîner un boulet à retardement, le Traité de Lisbonne, que nombre d'entre eux ont combattu sous sa forme "TCE" en 2005, et qu'Europe-Ecologie a, ipso-facto, avalisé. Un corset économique redoutable et une hypothèque lourde sur la crédibilité sociale d’EE - quelques mauvaises langues y décelant la patte personnelle du « Lider Minimo » d’Europe Ecologie, et son rêve d’une gauche libérale-écologiste-hall de gare ouverte aux non-extrêmes de tous bords.


Bientôt deux ans d’existence, et le Parti de Gauche n’a pas décollé : une imposante production théorique, intellectuelle et politique, sans diffusion dans la société, un Président-fondateur de très haute volée mais seul représentant visible dans les médias, un effectif qui plafonnerait à 7 000 adhérents, trop peu d’élus et de moyens financiers, une participation cohérente et de raison au Front de Gauche mais sans circulation d'idées, en particulier sur l'écologie, sans évolution d'aucune ligne chez aucun des partenaires du PG ni aucun bénéfice politique significatif, aucun ralliement d’envergure en provenance des autres composantes de gauche : la pérennité de cette entreprise politique ambitieuse et méritante n’est pas acquise.


Il y a un impératif de centrer le débat politique sur un socle prioritaire, l’écologie. Sur fond de démonstration quotidienne du saccage de la planète et des dangers de la gestion à court terme sur l’équilibre de la vie, le PG, toujours solidement ancré dans le Front de Gauche, et Europe Ecologie, qui balance entre écologie sociale et sociale-libérale, doivent prendre langue. Non pour des discussions d’états-majors ni des accords au sommet imposés à la base, non pour éloigner les uns du Front de Gauche quand les autres renonceraient à être
eux-mêmes ; une dialectique d'intelligences est à instaurer, indissociable d'un dialogue dans le temps long, volontaire, résolu, amenant Europe Ecologie à s’affranchir de son carcan libéral et le Parti de Gauche à imaginer un fonctionnement faisant moins de place à la verticalité, plus à l'ouverture et à la transparence.

Un projet commun des deux formations leur confèrerait ensuite une puissance de feu sans commune mesure avec celle d’aujourd’hui. Il attirerait toute l’autre gauche vers un projet écologiste, encore trop soupçonné d’être un cheval de Troie libéral, une partie des sympathisants écologistes surmontant des réticences parfois adolescentes face à cette autre gauche soupçonnée de quelques gros maux – centralisme, rigidité idéologique, sans trop savoir ce qu’il en est vraiment.

L’autre vertu d’une dynamique écologiste commune débarrassée des oripeaux d’antan, serait de faire la lumière sur une réalité que la tournure politique actuelle, électorale et « court-termiste », occulte dramatiquement : le Front de Gauche et Europe Ecologie partagent plus d’idées-force qu’ils le savent eux-mêmes, dont l’alternative au productivisme. On ne pourra plus penser production sans lui accoler sa finalité économique, sociale et écologique ; aucune délocalisation n’est justifiable en l’état par un prétendu développement économique et social des pays de relocalisation ; des travailleurs menacés par des fermetures d’entreprises ont droit au soutien sans réserve de toute la gauche, qui doit autant faire la lumière sur les combinaisons actionnariales ou manageriales ayant conduit aux menaces de fermeture qu’imaginer avec les salarié(e)s les solutions de redémarrage, de reclassements ou d’alternatives industrielles s’il y a lieu.

Une dynamique socialiste (au sens non-partidaire) et écologiste est déjà inscrite dans les idées et les têtes de toute la « gauche de la gauche ». La reprise, pendant les assises d’Europe Ecologie, puis avec la rentrée chaude qui s’annonce, d’un cloisonnement opaque entre Europe Ecologie et le PG tournerait le dos à la raison politique et remettrait aux calendes grecques tout projet écologiste et social. Chacun ferait ensuite tourner son cerceau, autre mot pour « la roue tourne », mais avec cette particularité qu’elle tournerait dans le vide.
Qu’il en aille autrement serait pour beaucoup le signal d’une certaine ré-incarnation de la gauche, attendue depuis vingt-cinq ans dans la désillusion et la démission politique générale. Une nouvelle qui, enfin, surprendrait agréablement.

dimanche 20 juin 2010

POTIN D'UN 11 JUIN SEVRANAIS

"Le marché n'est craint
Que par qui le veut bien"

Il était un été où tout clochait, ou à peu près tout.
Le monde jouait encore, toujours, à la veillée d'armes, l'économie sifflait la fin des réjouissances, il fallait ramper de nouveau devant la Grande Phynance, mordre l'asphalte et se rappeler une bonne fois qui commande le monde.

Non, non, Marceau, foin d'envolée indignée, le capitalisme, le chômage, machin-truc, non. Mais un détour ronchon. Un aveu de fascination devant notre genre humain, depuis des lustres sous la botte des religions, des guerres, des Etats, et, moyennant la promesse égoïste, illusoire, d'une part résiduelle d'eldorado à conquérir sur le dos du voisin, incapable aujourd'hui de s'affranchir de l'ultime fléau. Parce que l'économie, le Capital - c'est bien lui - offrent de détruire, tout, planète, genre humain, et que le genre humain n'a sans doute, lui, de fascination que pour sa propre fin.

Toute la planète est donc sous le joug. Toute? Non! Près de Paris, dans une petite Ville glorieuse de 50 000 héros, une rue a résisté en s'offrant une session de bonheur. La République a trouvé refuge un soir, rue Maurice Berteaux, à Sevran.

Les vingt-cinq à trente citoyens de la République Maurice Berteaux ont dressé la table, puis le banquet s'est tenu.





On prépara dès le début de l'après-midi.
Le matin, la rue fut vidée de presque toutes ses voitures. De mémoire de Madame Latimier, doyenne des résidents, on n'avait jamais vu ça.
Une rue sans voiture... un événement à la petite échelle de Maurice Berteaux. On imagine - rapprochement hardi - les riverains de Roissy, quand le volcan islandais paralysa le trafic aérien.




Les préparatifs ont démarré vers 18 heures, les premières tables ont été plantées au milieu de la rue, avec, dessus, les premiers plats et boissons.




Peu à peu, le petit Peuple des disciples de Maurice Berteaux a pris place au beau milieu de "sa" rue.

Ca t'avait l'air d'un putsch, Marceau ! Imagine, si on avait décidé, là, tout à trac, de la fondation de la République autonome autarcique souverainiste (gros mot, je sais) de Maurice Berteaux ? Au moins deux résidents ont des plants de tomates, survie alimentaire assurée, on pouvait creuser des tunnels vers chez Maurice, chez M. Tardif et Alexandre et Madame, les primeurs de l'avenue de Livry.
La tête du Maire !


Arrive une première personnalité...





... André Prieur !
Dédé 1er, Roi des Prieurs, ancien Maire adjoint.
Comme la Reine d'Angleterre s'était excusée et que Benoît XVI tardait à arriver, voir débouler super-Dédé nous a rassurés et nous a fait plaisir.





L'installation se poursuit.




Il y a sur les tables à boire, et encore à boire, et à manger pour la terre entière, la peur de manquer plutôt que celle de manger, c'est bon, très bon, saveurs portugaises, françaises, thaïlandaises, la world-food est à l'assaut de Maurice Berteaux.








Puis on assiste à la prise de la rue...





... Par les enfants.






... Et c'est prêt :

L'apéro n'en finit pas.
Le papotage s'éternise (personne n'est en cause, même pas la jeune convive sur la photo de gauche, de face au second plan).



Il est temps de passer aux actes.



C'est le moment pour une deuxième personnalité de franchir la frontière et se mêler à la foule.

L'invité de marque est arrivé en compagnie de Nathalie, d'Emma et de Lucas.

On est en pleine coupe du monde. La Syldavie orientale, malgré l'entrée sur le terrain d'un joueur mal-voyant, inflige une sévère correction à l'équipe poméranienne, qui a fait entrer un joueur ambidextre et irritable. A la 180 ème minute, l'arbitre siffle les prolongations et le remplacement du match par une partie de belote, sous les Vuvuzela exubérantes. L'invité de marque ne veut rien en rater, de peur d'être sous le niveau de la mer.


Lui et sa Famille ont été suivis par Pirouette.
Mal en a pris à Pirouette.
Car Emma et Lucas le prennent en filature. Sus à Pirouette (qui finit par demander l'asile politique au 1 rue Maurice Berteaux) :



Après négociation acharnée, Pirouette obtient l'annulation des poursuites le concernant et l'asile politique, moyennant non-ingérance dans les affaires intérieures du 1 rue Maurice Berteaux, qui héberge déjà par intermittence Titou et un gros chat blanc. Pas question d'affronter des troubles de l'ordre félin et public.


Le jour commence à tomber.



Entrée en scène du 1er adjoint au Maire.
Une video atteste sa présence et son impressionnant - et désormais légendaire - appétit; video trop lourde pour apparaître sur le présent document mais à la disposition de qui voudra.







Il est plus de 21 heures quand interviennent deux derniers invités de marque, qu'on nommera Django et Gégé. Le premier se dresse en bout de table et à-même la table avec sa guitare manouche, et que croyez-vous qu'il exécute? "Aux Champs Elysées". Si. Celà-même.



La nuit est tombée quand survient le second :


Ainsi le plus grand groupe du monde, Père et Fils Geoffroy coalisés, fait vibrer les Berteauxistes; le swing irradie, défilé des tubes immémoriaux, la Fête gronde, les maisons s'en envoleraient presque; couronnement du tout, notre voisin d'en face rapporte à Madame Vieira les clefs de sa voiture, qu'on lui a volées quelques jours plus tôt et qu'il a retrouvées devant chez lui.

Du coup, elle l'embrasse.

Et la Fête bat en retraite sous les assauts de l'heure et de la nuit, Django et Gégé n'ayant pas poussé leurs derniers accents...



Et cette soirée dit assez bien la précarité de la République.
Elle avait commencé par l'union des Citoyens Berteaux, s'était poursuivie par un banquet et terminée en musique, marque incontestable et profonde de la République.
La précarité et le rêve ont parfois partie liée.
Et qu'importe si notre soirée fut utopique, puisqu'elle, l'utopie, se mua en réalité quelques heures durant et fit la démonstration - bienvenue - de sa propre précarité.

Dis, Marceau, on rêve assez?
J'ai des doutes.
Ou des rêves.

Vive la République.

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Quelqu'un qu'on sait être qui il est sans se douter qu'il est plus proche de celui qu'il n'a jamais été.