dimanche 8 décembre 2024

Que dit-on après avoir vu "En fanfare !" ?


 Après avoir vu ce film produit par Robert Guédiguian, populaire et intelligent, émouvant et sensible, on se dit que le tragique social qui y est décrit l'est assez en lui-même, pour qu'une tonalité plus pessimiste encore soit superflue, une évocation encore approfondie des malheurs de l'industrie du Nord, et de ses travailleuses et travailleurs, face aux délocalisations.

La trajectoire romantique du scénario, proche parfois du conte, sa morale de la musique unificatrice des âmes et des esprits, faces optimistes du film, rien ne fait naufrage. Car la peinture sociale est réaliste, elle ne souffre d'aucun gros trait, et les deux acteurs principaux, Benjamin Lavernhe et Pierre Lottin (avec, en appui, le formidable Jacques Bonnafé), sont admirables. Car le film est simplement crédible.

Mais ce qu'on dit, surtout, par-dessus tout, c'est que la CGT est au coeur de "En fanfare !", et on se sent fier d'en être, jamais à la hauteur de ce qu'exigerait la panade sociale et morale dans laquelle nous pataugeons, mais fier, quelles que puissent être les vicissitudes de la CGT, inhérentes à tout mouvement social collectif, quelles que puissent être ses difficultés.

Longue vie au Nord, longue vie à la CGT.




mercredi 11 septembre 2024

MERCI DAVID DJAÏZ (ou comment un social-démocrate parle de la social-démocratie)

 

Extrait (non-tronqué) d'une intervention de David Djaïz dans l'émission "C ce soir", sur France 5, lundi 9 septembre 2024.
Libre à chacun(e) de faire ce qu'il (elle) veut de la chute, mais le corps de l'intervention a le mérite de la franchise et de la clarté.

Moyennant quoi, Bernard Cazeneuve, eh bien... non merci.
Au travail, d'abord.

« Dieu sait si je suis en désaccord à peu près sur tout avec la France Insoumise, mais voilà un mouvement qui travaille en profondeur, et a des idées sur tout : sur la mer, sur la conquête spatiale, sur le conflit israélo-palestinien, sur la guerre en Ukraine... A côté, je suis désolé, Mesdames et Messieurs les sociaux-démocrates, Mesdames et Messieurs les centristes, c’est un filet d’eau tiède. On est dans un désert des idées. Quand vous avez quelqu’un qui est plus organisé et qui a plus d’idées, c’est normal qu’il prenne le contrôle (…). Le sujet, ce n’est pas Monsieur Mélenchon, qui pousse son avantage, qui est un habile politicien, le sujet, c’est la misère intellectuelle de la social-démocratie, à laquelle pourtant j’appartiens, qui depuis vingt ou trente ans, n’a pensé aucun des grands sujets, la mondialisation, la transformation écologique, l’immigration, les fractures territoriales, les laissés pour compte… Elle est d’une grande pauvreté intellectuelle, et s’il faut se réarmer politiquement, car le mot paraît être à la mode, c’est ce travail qu’il faut commencer. »

lundi 28 août 2023

L’union en politique, utopie majeure et réaliste

Ah, l'union. Utopie ultime, promesse de dépassement et de noblesse. Raison, sans doute, pour laquelle elle se fracasse si souvent, contre l'humanité, contre la politique. Et pour laquelle la politique se fracasse trop souvent contre l'union.
Le choc du calcul contre l'espoir et l'Esprit.
Après le Front populaire, l'Union de la gauche de 1972 et le Front de gauche, voilà de nouveau la gauche face à ses tentatives de hauteur et ses tentations de bassesse.
Un acronyme comme on n'en rêve pas : la Nupes.
Des actes, des hauts, des coups de griffe. On ne compte plus.
Au rang de ces derniers, des actes politiques : les intentions de listes écologiste et communiste aux élections européennes. Et un acte innommable, l' "accueil" réservé à Marie Toussaint, possible tête de liste écologiste, aux Amfis de la F.I.
L'union est une antidote au chaos. C'est un domaine â part, la construction délicate, empathique, faite d'écoute et de réciprocité, d'un assemblage social à visée de concorde. Elle ne s'arrête pas au partage du fromage électoral, elle y commence.
Des écologistes et des "Insoumis" ont voulu n'en faire qu'à leur tête. Les premiers avec leur liste (on savait bien, pour autant, qu'ils ne laisseraient pas leur échapper un pareil butin électoral récurrent), les seconds, en invitant Marie Toussaint aux Amfis pour la conspuer.
J'ai des raisons strictement personnelles de comprendre cette liste écolo, et toutes les raisons de penser qu'elle fait redescendre l'esprit unitaire au ras de l'asphalte.
Je comprends l'indignation militante, si prompte à se déchaîner en meeting, mais il appartient toujours aux invitants de soigner leurs invité(e)s, et aux dominants, même les plus légitimes, d'être exemplaires dans la domination des vindictes et passions.
Exemplarité, maître-mot d'ordre des Unions, à laquelle les participant(e)s au festin Nupes manquent avec régularité.
Encore une promesse que les lois insondables de la bétise renvoient au statut d'utopie.
Dommage.

samedi 19 août 2023

Après la déclaration de Anne-Sylvie Bameule (Actes-Sud) sur la concentration dans l'édition

 Madame Anne-Sylvie Bameule, Présidente du Directoire d'Actes-Sud, appelle à "une
régulation de l'Etat" face à la concentration de l'édition, et aux dangers et fléaux qu'elle porte.

On s'est frotté les yeux avant d'y croire, tant un tel discours était inattendu et contrevient au discours entrepreneurial courant - dans lequel le moins d'Etat possible est une constante, sauf, naturellement, demande d'éxonération de cotisations. Passons. Mais on applaudit sans réserve.
Non sans se demander, cependant, pourquoi une réaction aussi tardive (le mal est fait et remonte à loin), pourquoi la voix de Mme Bameule est, pour l'instant, si isolée dans le monde de l'édition-diffusion-distribution, pourquoi ce monde-là reste bouche-bée, tétanisé, face à des menaces qui concernent de plus en plus directement le commerce des livres lui-même mais aussi la création.

Et non sans déplorer que Mme Bameule n'ait pas joint sa signature aux 44 parlementaires nationaux et européens (tous/tous de la Nupes, il est vrai, cela suffit souvent pour détourner le regard) qui ont signé dans "Médiapart" une tribune il y a quelques semaines, allant très précisément dans le même sens.
Mais ne boudons pas notre plaisir.
Tout(e) professionnel(le) de l'édition-diffusion-distribution, tout(e) amateur/trice des livres, doit aujourd'hui ouvrir les yeux et réaliser que si il/elle ne prend pas son destin en mains, d'autres le feront à sa place. Le processus est tellement en cours que, n'ayons pas peur de le dire : il y a urgence.

samedi 25 mars 2023

Réforme des retraites, échec social-démocrate

Il aura tout essayé pour faire passer sa réforme. Mais tout a mal tourné, et il n’a plus qu’un levier pour y arriver : l’usure, la lassitude, devant l’évidence que contester coûte cher et fatigue, quand la fatigue est déjà si forte.
A moins qu’il parie sur un conflit dur, une conjonction favorable des étoiles pour l’emporter, et un écrasement de l’indignation par ce valium social qu’est la résignation.

Toujours est-il qu’au passage, la méthodologie sociale-démocrate a, d’emblée, doublement échoué.

Premier échec, lever l’ancre sans la seule force à même d’éviter à la traversée de tourner à la galère, la CFDT. Pas de chance : pour son avant-dernier congrès, une motion de refus du décalage de l’âge de départ en retraite avait valu au secrétaire général de passer près d’une mise en minorité. Il ignorait le coup de semonce, il soutenait le projet de réforme, et, pour le prochain congrès (son dernier), près de 40 ans de travail pour intégrer la CFDT dans l’économie sociale de marché européenne risquaient l’annulation.
Non seulement il n’a pas pris le risque, mais son investissement dans l’intersyndicale en a surpris plus d’un. Même s’il n’a pas pu s’empêcher, dans le même temps, depuis d’envoyer des banderilles à la CGT et à la Nupes.

Et donc, faute de soutien côté centre-gauche, on s’en alla à la pêche au centre-droit et à droite, et on connaît le résultat.

Deuxième échec, tenter la méthodologie sociale-démocrate du donnant-donnant, gagnant-gagnant : sa réforme tourne au vinaigre ? Il veut la vendre quand-même, à des syndicats ignorés jusque-là, et, promis-juré, on négocie ensuite sur tous les sujets qui fâchent : travail, partage des richesses… 
Faire avaler une pilule économique, façon louche d’huile de foie de morue, et faire miroiter un gain social en récompense : l’enfance de l’art social-démocrate.
Hélas, ça ne marche pas plus.
Le mécanisme aurait pu fonctionner s’il avait été présenté dès le début de l’opération : on aurait peut-être vu la combativité du secrétaire général de la CFDT trembler sur ses fondations, devant la possibilité que s’illumine de nouveau l’autel du compromis.
Mais, en rattrapage d’une opération de bas étage et complètement ratée, l’opération était sans crédibilité possible.

Reste le compromis social, malmené comme jamais avec ce projet de réforme : l’instrument d’une recherche de justice redistributive, avec le capital aux manettes et le travail en suiveur de bonne volonté, clef de voûte de la social-démocratie, a comme du plomb dans l’aile.





samedi 25 février 2023

Sauvons l’économie de marché (séminaire 1)

Il n'est pas excessif de souligner quels dangers immédiats guettent l'économie de marché, et les potentialités immenses de développement, et de liberté, auxquelles elle donne accès.
Les refus de réformes indispensables, la réémergence d'anarchismes contestataires de l'entreprise et de l'ordre économique, la timidité de l'ordre public censé le protéger, font craindre à court terme un retour du désordre généralisé, que des armées privées ne pourraient même contenir.

Réunis en séminaire de réflexion, nous sommes unanimement convenus de dresser un court état des dangers qui se présentent devant nous à court terme.

Ce premier séminaire (qui s'est tenu en un lieu tenu secret au début de l'année 2023) est consacré aux deux premiers thèmes de la mort assistée et d'une première alternative possible (et nécessaire) au fameux "mamouth", l'éducation nationale.

Le suivant sera consacré à l'enfance et aux retraites.
Nous sommes mus par le vibrant espoir que nos alertes sensibiliseront nos dirigeants actuels et futurs. Qu'enfin le bon sens triomphe des barbaries convenues.

Le piège de la "mort assistée"

Derrière la revendication de la mort assistée, ou volontaire, mise en avant par une « Convention citoyenne », s’en cache une autre, mortifère pour la bonne marche de l'économie : celle de soustraire au marché une tranche d’âge qui promet d’être un de ses principaux rouages dans l’avenir proche.

Un corps encore vivant qui disparaît est un manque à gagner, une déstabilisation de l’industrie du mieux-être (pharmacie et parapharmacie) et un attentat contre les établissements d’accueil pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Le corps diminué est, pour nos forces de création économique et de compétitivité, une chance, un terrain de développement et d’éclosion qui leur revient de plein droit. Les en priver serait un mauvais signal envoyé aux investisseurs, pour la seule satisfaction d'esprits faibles et démissionnaires face aux défis du grand âge.

Nous continuerons, par ailleurs, de nous interroger quant au rétablissement de la peine de mort. Des sentences d’exécution en trop grand nombre auraient pour effet délicat de vider nos prisons d’individus plus rentables et disciplinés, dans leur activité productive pénitentiaire, que nombre d’autres en liberté. La prison est un lieu de plénitude de la valeur-travail, il serait dommageable qu’elle fût à la merci d’une application trop rigoureuse de la peine capitale.

Pour autant, si elles recevaient enfin les autorisations nécessaires, des cérémonies d’exécutions ambitieusement médiatisées, régies par des contrats voisins de ceux qui régissent les retransmissions de rencontres sportives (football…), seraient de nature à vaincre nos hésitations. On serait en présence de marchés justes, avec, d'un côté, des contenus extrêmement rentables pour leurs diffuseurs, et, de l'autre, des foules demandeuses de solutions visibles, immédiates et irréversibles, à trop de problèmes qui assaillent leur vie quotidienne, et frustrées de ces solutions depuis 1981.

                   Le salut du destin individuel et libre, contre celui de l'éducation nationale

Une autre marotte de notre société moderne est de "sauver l’éducation nationale". Pendant que l'on fantasme sur la sacro-sainte connaissance, le diplôme, la "formation de l'esprit", pendant que l'éducation nationale, qui prétend les dispenser à nos jeunes, ruine les finances publiques et n'a jamais empêché quiconque de devenir un escroc ou un agresseur de personne âgée, des secteurs aussi centraux que la restauration rapide manquent de main d’oeuvre. Les mêmes, qui pérorent contre les banlieues reléguées et le chômage qui y sévit, prétendent empêcher que s'y développent des restaurants McDonald's ou Burger King. Or ceux-ci apportent alimentation et animation aux quartiers abandonnés par l'Etat, et permettent de développer un emploi sain : un jeune embauché dans la restauration rapide reçoit une formation de qualité, que lui envient les compagnons de jeux qu'il croise dans le hall de son immeuble, et apprend l'émancipation, le bonheur du travail en équipe, et l'épanouissement au contact souriant des clients.
De surcroît, la flexibilité des temps de travail lui permet, une fois sa mission terminée, fier de sa journée de labeur, de regagner son hall d'immeuble, et de poursuivre d'autres activités commerciales de son choix.

Au même moment, sortent des écoles, grandes ou petites, des individus formatés, inaptes à occuper des postes productifs et rentables, de nature à alimenter l'économie et assurer un partenariat loyal avec un Etat réaliste, enfin respectueux de l'initiative privée. 
Coupés de la réalité économique et du peuple qui se lève tôt, ils n'ont d'abord à la bouche que les mots "salaires", "congés payés", et autres anti-valeurs du passé. Il se passe peu de temps avant qu'on les retrouve détroussant d'honnêtes voyageurs dans le métro ou grossissant les rangs des avaleurs d'allocations-chômage, le plus souvent fraudeurs. Si, comme il y a tout lieu de le craindre, nos gouvernants ne dessaisissent pas d’urgence l’Etat de prérogatives usurpées, dont l’éducation (d’incontestables progrès ont été accomplis dans cette voie), c'est une armée de robots improductifs qu'il nous reviendra d'introduire dans les cycles de production pour assurer notre compétitivité. L'immensité de la tâche requerra de sa part un effort financier considérable en faveur de nos entreprises.

                                                   --- Fin du séminaire 1 ---

vendredi 3 février 2023

Adresse à M. Jérôme Sainte-Marie

Monsieur,

Deux courts préalables .
Le premier : vous êtes très talentueux. Le deuxième : on prête à Voltaire le fameux "je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire". La citation serait apocryphe. Peu importe. Je ne sais pas pour quelle idée je mourrai volontiers (la République, sans doute), alors autant ne pas trop s'avancer, mais, pour moi, votre liberté de vous exprimer comme bon vous semble est comme les autres, inviolable.

Passés les préalables, allons au sujet.
Vous étiez un sondeur intéressant, brillant, vous êtes toujours cela, et aussi, depuis quelques temps, un militant nationaliste, au service de Mme Le Pen. Les animateurs de télévision vous apprécient : vous défendez avec brio, calme, culture et humour, une idée qui a commis des ravages dans le paysage politique, et qui, si elle n'était pas contenue, porterait la possible agonie de la République. Vous la défendez avec tant de ce talent dont il est question plus haut, qu'à vous seul vous la faites efficacement progresser.

L'idée s'articule en trois parties : 1 - la gauche est décrédibilisée, et inopérante pour accomplir sa mission historique de défense des classes populaires, 2 - lesdites classes populaires, toujours demandeuses de défense et protection de leurs valeurs et intérêts matériels et moraux, se dérobent à la gauche et se sont tournées, et se tournent toujours, vers le R.N., dépositaire aujourd'hui de la mission de les défendre, 3 - la gauche ne peut, elle, se dérober aux classes populaires, sauf à les trahir une seconde fois (voir plus loin).
Vous ne le dites pas mais le susurrez : le R.N. ayant succédé à la gauche, elle n'a d'autre choix que de le rallier, ou, carrément, lui laisser la place.

La première des trois parties repose sur un constat réel. Vous seriez crédible en la rappelant, si, malheureusement pour vous, vous ne preniez pas au passage vos désirs pour une réalité.
C'est aujourd'hui reconnu partout, sauf par les sociaux-médiocrates endurcis : oui, la gauche française a brutalement rompu avec les classes populaires il y a 40 ans, le fossé atteignant des proportions gigantesques depuis. L'alignement socialiste sur l'Europe et la mondialisation néo-libérales d'un côté, la chute de l'URSS de l'autre, ont plus fait pour creuser un abîme entre la gauche et le Peuple que des décennies de propagande de droite. Pire : à mesure qu'elle les décimait, la gauche tentait de convaincre ses militants et électeurs que c'était pour leur bien. Le bourreau était bienveillant : constante des discours mitterrandien, rocardien, puis hollandais.
Ainsi la gauche officielle est devenue gauche libérale de marché, la gauche communiste la vouant aux gémonies, tout en négociant avec elle des places éligibles dans les communes, les départements et les régions.
Et la gauche tout entière de s'étonner de ce pied de nez qui a consisté, chez beaucoup de ses militant(e)s et électeurs (trices), à la quitter, s'enfermer dans le mutisme civique ou dans le vote nationaliste.

Vous partagez probablement ce constat.
Et en déduisez que le fruit est mûr. Devenu culturellement et politiquement hégémonique dans le Peuple, le R.N. va voir venir à lui l'ancienne gauche en lambeaux. Ainsi la gauche, disiez-vous sur le plateau de "C ce soir" jeudi soir 2 février, se ralliera, ou porterait la responsabilité d'une division de la contestation de la réforme des retraites - et de son vote au Parlement.

Vous me faites penser, Monsieur Sainte-Marie, à cette scène de "Rebecca", le film de Alfred Hitchcock (d'après Daphné du Maurier), dans laquelle la terrifiante domestique de Manderley, trop nostalgique de son ancienne patronne pour laisser la nouvelle prendre place au manoir, l'hypnotise, et tente de la faire sauter par une haute fenêtre. "Sautez, mais sautez donc, vous en avez envie, vous le voulez...".
Pas de chance : elle ne saute pas.
Par contre, la domestique, Mrs Danvers, met le feu au manoir.

Nous sommes devant un potentiel point de bascule. Le fil est tendu. L'effort déployé par vous-mêmes et les 89 robots nationalistes en costumes bleus de l'Assemblée Nationale pour annoncer l'ordre nouveau est puissant. Parallèlement et mille fois plus efficacement, la mécanique macronienne (qu'on continuera d'appeler néo-libérale, faute de mieux) continue ses ravages dans une population de plus en plus convaincue que, laissée à elle-même par un système économique et un gouvernement qui ne veulent pas d'elle, elle n'a d'autre choix que la dépression, ou la violence.

Nul ne peut savoir ce que sera la réaction populaire, quel que soit le destin de la réforme des retraites. Si nous arrivons à l'arrêter dans la rue, notre devoir continuera d'être aux côtés des victimes de ce système inégalitaire.

Notre autre devoir, Monsieur Sainte-Marie, nous qui avons la Raison chevillée au corps et à l'esprit, sera de tout faire, tout, pour soutenir ces victimes, qui seraient demain les vôtres, tout en continuant de vous combattre, tout en essayant, par tous les moyens de l'intelligence, de convaincre nos concitoyens, de toutes origines ethniques ou géographiques, régularisé(e)s ou en attente de régularisation, que vous portez au mieux une supercherie. Au mieux.

En bref, nous ne nous rallierons pas.
Mais, et là encore vous avez raison, le travail pour que la gauche ait une allure présentable auprès de ses futur(e)s mandant(e)s, à conquérir ou reconquérir, est pharaonique. Aucune illusion n'est possible. Nous avons trop peu de temps pour être nos mauvaises copies, le travail, le courage, le dépassement, l'intelligence seront les carburants vitaux, faute desquels il vaudrait mieux ne rien tenter.

Heureusement, Monsieur Sainte-Marie, vous êtes là. Au cas où il manquerait à tel(le) ou tel(le) d'entre nous la plus petite motivation, vos annonces tranquilles de l'inévitable basculement de la République vers son délitement forgent une volonté, jusques-et y compris chez le rédacteur de ces lignes, pourtant le terrain d'un doute quasi-méthodique. Je me reconnais dans la formation la plus honnie de la Nupes, qui n'est pas chaque jour une bénédiction divine pour ses militant(e)s, mais j'y suis et j'y reste. Non par attachement affectif ou aveugle, mais parce que l'extrême dureté de ces temps, et les tentations irrationnelles qui émergent chaque instant (dont le R.N. est une puissante illustration), appellent à la responsabilité de chacun(e).

Je prends la mienne, et vous adresse, Monsieur Sainte-Marie, l'expression de ma considération distinguée.




mercredi 28 décembre 2022

"C'EST ECRIT D'AVANCE" : LA VICTOIRE POSTHUME DE GAVRILO PRINCIP.

                                                                      Sur les Gauches

Les Gauches sont une panne systémique. L'une a signé sa propre mort avec les traités de Maastricht et de Lisbonne, l'autre est dans la tentative désespérée de ne pas disparaître - et signe, avec la première, des accords électoraux de survie, qui ne remédient pas à son état. La première et la seconde revendiquent la légitimité du pouvoir quand plus personne ne vote, embauchent des écologistes dans leur fantasme, et stérilisent puissamment les possibilités d'alternatives.

La gauche est pour elle-même un handicap structurel, un complément alimentaire pour les droites et le néolibéralisme. La gauche ne produit rien. Elle attend du cycle démocratique une alternance électorale magique, qui permettra à son aile sociale-démocrate de poursuivre le travail néolibéral - en moins pire, jure-t-elle, et sous la véhémente protestation communiste. Or la droite, le système dominant, ne rendant pas leur tablier, la certitude des hiérarques de gauche que leur victoire est acquise, un jour, ou l'autre, tient du château de cartes.
La gauche ne se tirera du bourbier que moyennant un gros travail de fond : sur les conditions d'un bonheur commun conjuguant la culture et la planète d'un côté, la République, la Nation,  l'Europe et le monde de l'autre. Sur elle-même, aussi et surtout, et son incapacité pathétique à endiguer deux déclins : celui du cycle républicain et social issu des trois derniers siècles, et le sien propre.

Mais l'attraction du vide n'y suffit pas. Les gauches ne travaillent qu'à leurs arrangements électoraux, aveugles à la démission civique et culturelle : la voie est ouverte à la conservation du marché comme boussole totémique, ou à quelques aménagements, comme un "pire des systèmes, à l'exception de tous les autres" (Pierre Mauroy). Comme si suffisaient aux gauches leurs milliers de petites mains locales, élu(e)s, associatif(ve)s, acharné(e)s au chevet de la vie quotidienne, nues face aux contraintes économiques et sociales pour juguler les pauvretés et les misères. A son tableau d'honneur - en dehors des années 1981 à 1983 - la "gauche unie" n'accroche que le RMI et la CMU, les Restaus du coeur, et on en passe, elle ne génère que rejet et indifférence méfiante dans ce Peuple dont elle cherche tant les suffrages perdus.

                                                   Refondations, créations, LFI

L'ordre du jour militant et électoral de gauche, depuis les déclins du PCF et du PS, est de "refonder". Toutes les tentatives ont échoué, des Refondateurs communistes aux dissidences socialistes de J.P. Chevènement et du MDC (dans lequel militait l'auteur de ces lignes). Dans un grand marais de gauche surnagent depuis, tant bien que mal, des militant(e)s en attente d'une "nouvelle donne" (le mouvement éponyme ne décollant pas, lui non plus). C'est sur un désespoir de gauche que s'est créé le Parti de Gauche, en même temps que s'affirmait le courant écologiste.

Mais qu'importent, au fond, les refondations échouées, les créations de partis et mouvements, le dernier en date étant La France Insoumise : le plus important est ce qu'ils traduisent, à savoir l'acharnement d'une fraction militante importante se reconnaissant dans la République sociale, pour échapper au PCF et au PS. Autant le dire clairement : à la gauche.

Nous avons rejoint la France Insoumise en soutien à la République, en connaissance et conscience de l'aléa et de la précarité de l'entreprise, de nous-mêmes en tant que militants dans les "groupes d'appui" puis d'"action". Travaillé à "L'avenir en commun". Nous faisons avancer, localement et nationalement, des idées républicaines, avons fait nôtre l'exigence écologique dans la lignée du Parti de gauche, il y a plus de dix ans. Nous essayons de percer les ressorts, dont sociétaux, sur lesquels le capitalisme construit sa survie et contrarie les prévisions régulières de son effondrement. Nous apprenons. L’épreuve du réel est parfois d’une dureté extrême, le vertige nous assaille au détour d’une « République c’est moi » et des répercussions politiques et médiatiques d’un divorce raté. Nous avons éprouvé 6 ans de LFI, ses tensions, distorsions, les aléas du "gazeux" et les périls, plus présents que jamais, de la verticalité. Nous avons des cautions, des points d'appui, ces Livrets thématiques, ce groupe parlementaire travailleur sans relâche, qui secoue l'Assemblée et honore son mandat.

... Et cet ancien Président de groupe parlementaire, trois fois déjà candidat à l’élection présidentielle et à l’impossible tournée d’adieu.

                                                               Mélenchon, Jean-Luc

Tout le monde connait ce brillant alliage de culture et de technique politique, et son effet dynamiteur sur la vie politique. Nous avons un leader aussi populaire qu'insoluble dans une modernité (ou un modernisme) façonnée par le néolibéralisme. Il n'y aurait pas de nouveau François Mitterrand, aussi distant et de sang froid qu'une situation génère d'indignation et de colère. Non, ce leader-là répercute la colère telle une mèche destinée à l'explosion, aussi sûrement que la nuée porte l'orage, ou qu'une tension doit déstabiliser l'ordre établi.

Voire. Déstabiliser ? L'ordre établi fait tourner le monde, politique, médiatique, à l'immédiateté, à l'émotion, au plan serré, retourne la colère contre le coléreux qui, via l' "info en continu", est dépeint en instable, dangereux, décrédibilisé. C'est l'épisode de la perquisition au siège de la FI, illustration de la digestion du monde par la société du spectacle . Le même ordre établi déverse sur ses opposants une émotion populaire ou politique qui les ensevelit corps et biens, dès qu’une erreur, de la plus banale à la plus médiocre ou impardonnable, les pousse hors de leur piédestal et révèle leurs failles plus ou moins profondes. Avec deux affaires concomitantes, Adrien Quatennens et sa réorganisation, la FI a opéré une répétition de ce que pourrait être un parfait hara-kiri politique, et fourni à l’ordre établi un kit impeccable pour l’assassiner. En toile de fond, un chef ultra-charismatique auquel rien, à commencer par l’ordre établi, n’était censé résister, et dont les deux affaires montrent que c’est de sa propre organisation, de son propre édifice, que vient la résistance la plus farouche.
L'ordre établi a souvent prouvé qu’il sait retourner à l'envoyeur la bombe destinée à le faire exploser : la FI organise en septembre 2017 à Paris une imposante marche contre le "coup d'Etat social". Dans son discours place de la République, le président du groupe LFI à l'Assemblée, en recherche, plutôt réussie jusque-là, de stature de chef, lâche une phrase sur "la rue qui, en 1944 à Paris, a abattu les nazis". Kyrielle immédiate de condamnations, contre-réactions, interviews. Autour de la manifestation ? Non, autour de "la" phrase. La manifestation doit se contenter d'un traitement médiatique secondaire, elle n'a quasiment pas eu lieu.

L'ordre établi a dans son sac un autre tour décisif : une rationalité strictement économique, qui range dans le "hors-raison", l'irrationnel par nature, ce qui n'est pas néolibéral. La critique du marché, de la finance, de la mondialisation, la critique elle-même, est irrationnelle et disqualifiée. La rationalité économique étant seule raisonnable, ipso-facto la raison ne l'est pas. C’est ainsi qu’elle est non-seulement contenue, par le combat féroce de l’économie néolibérale contre les alternatives économiques et politiques qui pourraient lui faire de l’ombre par voie électorale, mais aussi et surtout chassée. L’ordre établi a vaincu l’esprit critique. La course réussie à l’abime social et environnemental a convaincu les peuples de la puissance invincible de son initiateur et promoteur, le néolibéralisme. Ils ont déposé les armes, et s’en remettent à lui, résignés, vaincus, pour tenter de sauver ce que ses opposants ont laissé détruire. Dans le même temps, les évangélistes affichent une belle santé en Occident, et le peuple chinois est devenu une immense chair à pâté pour les plus terrifiantes recettes néolibérales orchestrées par un pouvoir officiellement communiste.
 
Qui, pour dénoncer le pouvoir sans partage de ce délire, aux dépens destructeurs de la Raison, philosophique ou historique? Qui pour en dénoncer le résultat, à savoir que le maître des horloges se fait aussi maître de nos esprits, de nos temps de cerveaux disponibles ?
La tâche de déconstruire ce stratagème devrait être la nôtre, au plus haut niveau. L'immersion de la raison, de l'idée philosophique même, dans la sphère publique, est aussi farfelue, inconcevable, pour l'économisme néolibéral, qu'elle est vitale pour la reconquête conscientiste des esprits. Affaire d'éducation nationale en temps de pouvoir, et de pédagogie en temps d'opposition. Ce devrait être à la hauteur d'un mouvement aussi proche de l'éducation populaire que la France Insoumise.
Mais, ce stratagème, l’ancien Président de Groupe veut le défier en annonçant sa défaite téléologique.  La Raison, la vraie, vaincra, un jour ou l’autre, c’est écrit, il se fait fort de le démontrer, fermez le ban.  Jaurès, plus fort que Bill Gates, l’évidence déclenche le basculement de l’Histoire. Du coup, il n'en finit pas d'appeler à la seule, vraie et grande Raison, au plus fort de l'intelligence humaine, à l'esprit, au coeur. Toute sa grandeur est là. Ce faisant, il s'installe, avec son panache habituel, dans un Palais, celui de la Raison, que le capitalisme a cambriolé, vidé, dont il ne reste que des murs lézardés. Car la rationalité économique n'a que faire des Palais et de leur temps long : le "tout, tout de suite" économique se satisfait d'un bureau en open-space et climatisé.
La Raison a déménagé sans laisser d'adresse, mais c'est à elle qu'on continue, mordicus, de s'adresser.
Et la parole mélenchonienne de se perdre dans des bâtisses perdues, de s'évaporer à la vitesse du son et de l' "info". Le fond est un territoire à l'abandon, le public ne l'imprime plus. L'empire économique libéral moderne et médiatisé est formel. A la rationalité économique, hégémonique sur le temps présent et l'imagination du futur, la raison, déplacée du présent vers le néant, n'oppose plus qu'une légitimité historique, dont notre modernité mémophage n'a que faire.

                              "C'est écrit d'avance" : la preuve par Gavrilo Princip et Yigal Amir

Le 28 juin 1914, quelques secondes ont suffi pour faire basculer un monde en tension extrême dans la guerre. Il y avait de l' "écrit d'avance" là-dedans, avec cet entrelacs d'alliances et de traités internationaux à même de faire exploser la bonbonne militaire, diplomatique et industrielle, dès la plus petite flammèche. Le 28 juin 1914, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche par Gavrilo Princip, irruption d'un acte solitaire, fou, imprévisible, et l'explosion de la première guerre mondiale qui s'en est suivie, ont imposé le bouleversement d'un jeu prétendument maîtrisé par les institutions.
Dépossession du cours de l'histoire par des actes individuels plus ou moins isolés, condamnant des chefs d'Etats et de guerre à suivre et aggraver un mouvement qu’ils n’ont pas initié, déstabilisation de la prévision historique, basculement instantané et brutal dans la tension extrême, aux portes de la guerre : la recette, en veilleuse jusqu'à l'éclatement du bloc soviétique et la mondialisation néolibérale, a aujourd'hui rang de doctrine.

Entre l'attentat de Sarajevo et aujourd'hui, il y a la création de l'Etat d'Israël, la coexistence introuvable entre peuples israélien et palestinien, et la montée en puissance de l'extrême-droite israélienne. Impossible d'attribuer à celle-ci, avec certitude, une bombe explosant à Tel-Aviv peu avant un scrutin législatif devant, normalement, porter les travaillistes au pouvoir, et amenant finalement une large majorité du Likoud. L'assassinat de Yitzak Rabin, premier ministre travailliste, par Yigal Amir, colon israëlien fanatique, porte en revanche sa signature. Avec un effet déflagrateur, inespéré et multiple : mort annoncée du processus d'Oslo, triomphe des colons israéliens fanatisés, poursuite pour longtemps du conflit entre Etat d'Israël d'un côté, "autorité palestinienne" et Hamas de l'autre.

Il y a la guerre russe en Afghanistan et les guerres occidentales d'Irak. Après l'attentat contre les tours du World Trade center de New-York en 2001, Ben Laden, souriant, déclare que l'Occident, désormais, ne pourra plus dormir tranquille. Avec la deuxième guerre d'Irak débute une ère où l'instabilité est reine, aggravée, en économie, en diplomatie et sur le plan militaire, par l'entrée de la Chine dans l'OMC en 2001. La mondialisation néolibérale et sa fascination pour les dérégulations fabriquent les futurs illisibles et imprévisibles. La ruée vers l'immédiat condamne l'anticipation, la planification - qu'elle fait passer pour soviétique. Enterrement assuré.
Qui n'a jamais ressenti une profonde inquiétude, ces trente dernières années au moins, face à une marche du monde faite d'exploitation maniaque, sans vergogne, des ressources naturelles et humaines ? Michel Serres, peut-être, et autres idiots du village planétaire. Pour lesquels le souci de conserver les équilibres sociaux et environnementaux traduit forcément une fascination pour le passé. "C'était mieux avant, uh-uh".

Ce qui est écrit d'avance, ce que nous lègue l'histoire récente, c'est une planète épuisée, privée d'horizon par une idéologie mortelle (qu'on dénommera "capitalisme" privé ou d'Etat, pour faire court) et ses déjections nationalistes, incapable de mobiliser l'intelligence humaine pour anticiper les catastrophes climatiques (l'anticipation collective étant contraire à la règle économique individuelle), terrain de jeu pour des illuminé(e)s qui en ont mesuré et perçu les déséquilibres et les fragilités. Heure de gloire. A moi, les réseaux "sociaux", à moi les Kalash, les camions écraseurs, le poignard vengeur. A moi l'imposition et la maîtrise d'un nouveau tempo politique, les titres des médias, l'émotion des puissants, la crainte des pauvres à leur dévotion.

En cela, oui, la concomitance du libéralisme économique et des folies individuelles est écrite d'avance. 

samedi 24 décembre 2022

PREVISIONS EXCLUSIVES POUR 2023

Ces prévisions annuelles sont le fruit d'un travail de plusieurs dizaines d'années. Les précédentes, qui portaient sur l'année 2022, ont été couronnées de succès : plusieurs faits susceptibles de se dérouler en France au soir de 2021 ont bien eu lieu en 2022. Citons notamment 730 000 naissances et 660 000 décès (*),  la diminution nette du temps passé à l'hôpital en bonne santé, l'allongement continu du temps de loisir des Français sans qu'ils s'en aperçoivent, l'aide enfin apportée à des premiers de cordées dépressifs pour reconstituer des marges bénéficiaires en déshérence, ou le saut spectaculaire de Mme Marine Le Pen de la deuxième marche de l'élection présidentielle en 2017 à la deuxième marche de l'élection présidentielle en 2022.

Nous continuons donc notre oeuvre d'intérêt public.

Plusieurs prévisions pourront vous sembler déroutantes tant elles vous surprendront : leur objet est justement de vous fournir une arme temporelle à même de vous permettre de maîtriser votre destin.

Bonne année 2023 !

2023, année de l'emploi et du savoir-vivre

. Dès le premier trimestre, des milliers de sans-emploi se verront proposer des postes d'avenir à Doha. Sur place, délivrés de passeports encombrants, libérés des emprises étatiques, ils connaîtront les joies de la vie en collectivité, du coucher au lever, dans des locaux spacieux dotés de lits jumeaux sur trois niveaux, et branchés jour et nuit sur TF1. Pour ces jobs très cool, l’accord passé entre autorités françaises et qataries prévoit un distingo possible entre période d’essai et période décès.

. Au deuxième trimestre, la société "Parnasse" enverra des milliers de jeunes en formation dans un riad de Marrakech, où Dominique, coach hyper cool, souriant et tout ("Dom" pour les jeunes) les initiera aux vertus transcendantales du billet de 100 dollars. Entrés à Marrakech avec le statut de riens-que dalle, ils en sortiront munis du diplôme de DScaïd, et exemptés de stage de formation au Sofitel de New York.

. Contre les nuisances occasionnées par les éoliennes, et soucieux de décarboner l'économie, M. Emmanuel Macron fera voter une loi obligeant tout propriétaire d'un lopin de terre au-delà de 10 m2 à y faire installer un EPR nouvelle génération. La création de 3 millions d'emplois et d’autant de millions d'euthanasies volontaires sur 3 ans est prévue.

2023, année de la culture

. Tout juste nommée Ministre de la jeunesse et de la culture, Mme Line Renaud instaurera un "Passe-passe culture" qui permettra à des jeunes qui n’ont pas su répondre à l’appel de la nouvelle économie, ou ont jugé indispensable de refuser une offre d’emploi de serveur en salle chez McDonald’s, de trouver du réconfort en s’offrant un CD de Michel Sardou à moins 30%,

. Mme Line Renaud ouvrira enfin aux jeunes les portes des Musées, en leur facilitant l'obtention d'un CDD de gardienne ou de gardien,

. Toute nouvelle implantation de centre commercial en zone naturelle artificialisée sera interdite, sauf si le centre commercial accueille une troupe de spectacle vivant devant l’entrée du Leclerc ou du Auchan, à raison d’une heure par semaine (en moyenne),

2023, année du patrimoine

. Pour libérer la mémoire nationale de souvenirs accessoires, les noms des morts des regrettables échauffourées ayant opposé la France et l’Allemagne de 1914 à 1918 seront remplacés, sur les monuments aux morts, par ceux des victimes innocentes d’étrangers en situation irrégulière sur notre sol,

. L’inscription sur la liste des monuments historiques sera désormais ouverte limitativement aux châteaux familiaux excédant 3 000 m2 habitables, 55 hectares de jardins, et dotés de 25 tours minimum certifiées,

2023, année politique

. Gravement mis en cause pour une régurgitation inexpliquée de sa fille â l'âge de deux mois, M. Adrien Quatennens créera le MLAQ (Mouvement de Libération de Adrien Quatennens),

. Dénoncée au sein-même de son groupe pour non-respect du code vestimentaire imposé à tous les parlementaires du Rassemblement National, Mme Marine Le Pen portera désormais un costume bleu et une cravate,

.  M. Jacques Attali et M. Jean-Pierre Raffarin travailleront à la création d’un parti politique nouveau et fortement innovant, avec pour objectifs la jeunesse et la liberté,

. La Boisserie, ancienne résidence du Général de Gaulle, sera déplacée dans les jardins du Conseil Régional de Auvergne-Rhône Alpes, ou dans le jardin personnel du Président de la Région. Celui-ci n'écarte pas officiellement d'aller en personne casser la gueule à Xi-Jing Ping,

. M. Jean-Christophe Lagarde créera en 2023 des partis politiques nouveaux et fortement innovants, jeunes libres et pleins d'amis. Il n’en a pas encore fixé la quantité,

. Un Comité et un site « Mélenchon 2032 » seront fondés dès le premier trimestre,

. En phase définitive avec la société, Europe-Ecologie Les Verts créera une commission spéciale contre l'écologie punitive,

. M. Fabien Roussel l'assure, il lira moins mais mangera plus,

. Le Parti Socialiste engagera des démarches en vue de faire annuler le congrès de Tours.

 





(*) Chiffres des années précédentes, qui pourraient rester valables les années suivantes.

mercredi 14 décembre 2022

Dérèglement climatique à la France Insoumise : ça suffit.


Un mouvement politique de type nouveau comme La France Insoumise ne peut faire l’économie de crises de croissance, après seulement six ans d’existence.


Les deux crises qui secouent le mouvement sont sérieuses, sans revêtir la même dimension. Deux autres sont latentes : la société du spectacle en premier lieu, et la critique, son exercice et son expression, sont et restent des impensés de la FI, non des moindres et potentiellement destructeurs, à leur tour.



La première crise, aussi ancienne que la fondation du mouvement, a trait à son fonctionnement interne. Ni l’appel à la mobilisation, lancé par J.L. Mélenchon pour dépasser les débats et querelles nés de la dernière réorganisation, ni les contestations de la verticalité et appels à la démocratie interne, ne peuvent suffire à ramener de la sérénité au sein de la FI. Les militant(e)s et sympathisant(e)s, oublié(e)s de marque dans cette histoire, attendent, pour le retour à un climat de confiance, un débat, qui, au minimum, doit reposer 1 - sur le desserrement et la transparence, dans la communication des dirigeant(e)s de la FI, et la dissipation de l'épais brouillard actuel autour de la responsabilité politique dans le mouvement, 2 - sur l’absence de tout soupçon de positionnement personnel, en lui-même consubstantiel à l’activité politique, mais qui passe mal dans des situations particulières de crises comme celles que traverse la FI.

Deux conditions sine qua non pour que les bouches s’ouvrent dans un esprit coopératif, et dans un climat intellectuel et politique détendu. Le champ du débat est large.


L’autre concerne Adrien Quatennens. L’affaire a trop duré. Dès sa publicité, elle devenait politique : les actes reprochés à Quatennens étaient graves, coïncidaient avec la conscientisation féministe d’une partie de la société, et avec une lutte féministe permanente pour la maintenir et la renforcer, contre les féminicides et pesanteurs persistantes. Les débats au sein de la FI, où la prise en compte du féminisme a été et reste heureusement forte, étaient inévitables. 

Aujourd’hui, la justice s’est prononcée (et le commentaire de la Procureure est éloquent). Quatennens a reconnu sa responsabilité, même maladroitement. Les propos tenus quand l’affaire a éclaté (et il y en a eu, entre le dispensable et le malheureux), les faits intervenus depuis, jusqu’aux plus récents ici-rappelés, peuvent-ils justifier le maintien d’un quelconque statut de paria pour Quatennens, y compris au sein de la FI ? Qu’il mobilise toute sa lucidité, sa conscience, et sa responsabilité, pour donner à son action politique une suite en cohérence avec tous ses engagements antérieurs : très lourde de conséquences, pour lui et pour la FI, mais c’est la voie la plus rationnelle. 

En termes pessimistes : c’est la pire des solutions, mais il n’y en a pas de meilleure.


Sur le spectacle : l’association d’un mouvement politique à une kyrielle d’images (la plus récente, et hautement toxique, étant une confession para-psychanalytique de Quatennens, en direct sur une chaîne d’information en continu), et, simultanément, à un désert d’élu(e)s locaux/locales et à des militant(e)s introuvables, est au plus haut point nuisible et, à terme, susceptible d'entraîner sa disparition. Le gazeux soluble dans l’image de masse est, paradoxalement, une preuve d’inexistence, que ne peuvent compenser ni la surface médiatique du leader, ni les unes de journaux ou déballages médiatiques.

Il faut donner de la chair politique et intellectuelle à la FI, ou se résoudre à son évaporation silencieuse. Or elle reste, pour beaucoup, le seul choix politique possible.


Et l'on ne pourra longtemps négliger cet autre paradoxe, dialectique, que la mobilisation et le combat n'anéantissent pas l'esprit critique, mais au contraire l'affûtent et le développent. La critique est consubstantielle à la FI et se cherche, malgré cela, parfois douloureusement, des voies d'expression.

Aucune critique ne freinera la mobilisation si elle est intégrée aux mécanismes de fonctionnement du mouvement. Ce qui implique la double exigence d'ouverture côté premier cercle de direction, et de co-construction en climat de confiance dans les autres strates. Ce climat n'excluant aucune expression, n'appelant aucune censure ni auto-censure : tout réside dans une volonté commune d'écoute, de dialogue, de conviction et d'autocritique. En un mot : dans la confiance mutuelle. Celle, précisément, qui détermine la possibilité ou non de gagner un combat ensemble.


En tout état de cause, il est temps que la raison recouvre ses droits. La FI fait figure d’outil nécessaire, mais conçu hâtivement et maladroitement. Il est temps de revoir la copie pour lui donner ses chances de grandir encore.

A chacun(e), à toutes et tous, de prendre sa part de travail.



 

mercredi 7 décembre 2022

La Société Générale à l’assaut de la Philharmonie de Paris

 

Mercredi 7 décembre, à la Philharmonie de Paris. Une salle magnifique, à l'acoustique inestimable, plantée au bord du périphérique, porte de Pantin.

Mercredi 7 décembre, donc, un concert à l’affiche : « Playing for Philharmonie ». Dirigées par le chef d’orchestre le plus en vue du moment, François-Xavier Roth, des œuvres de Brahms, Charpentier, Tchaikovsky, Verdi, interprétées par 350 musiciens, orchestre et chœur. Du grand. On s’en pourléchait les babines.

Bon, il y avait ce titre, « Playing for Philharmonie ». Pourquoi un américanisme, quand « Jouer pour la Philharmonie » eût été bienvenu et suffisant ? Mais on choisit de fermer les yeux.

On les rouvrit, pour découvrir sur le programme que le concert était co-financé par La Société Générale. On tiqua. Le mécénat, cette huile de foie de morue de la culture, qui, à la différence de l’huile, ne guérit de rien. Pire, elle aggrave le mal, sous couvert d’élargir les possibles, d’ouvrir vers du plus et du mieux. Du plus, soit. Du mieux...

On prit place. Un film introductif au concert : les coulisses de cette 12ème édition de « Playing for Philharmonie", qui se termine par un plein écran « Société Générale  : l’avenir, c’est vous ». Il aurait été plus honnête de remplacer ça par « Société Générale, notre avenir, c’est vous, vos placements, vos emprunts, vos arriérés bancaires ».

Le concert démarre.

Roth se saisit d’un micro après la première œuvre. Présente le projet "Playing for...". Le mot « challenge » est prononcé une première fois. Pas le mot francophone « challenge » ni son intonation, mais sa version américanisée, « tchallainje ». Le mot se faisait déjà entendre dans le film introductif, ça commençait à faire beaucoup.

Et Roth de continuer, et nouveau « tchallainje ». Il fera quatre interventions durant le concert, avec, dans chacune, l'irruption de ce maître-mot de la nov’ langue moderne.
Bon, allez, quoi, on se détend, du plaisir, du bonheur, du Brahms (Un requiem allemand, quelle merveille), du Tchaïkovsky, on oublie un peu le négatif !

Pas si simple.

Car le Maestro termine sa prestation en reprenant le micro, remercie légitimement toutes et tous ses collaboratrices et collaborateurs (dont beaucoup de musiciennes et musiciens amateurs)... et se lance dans un hommage appuyé à la Société Générale. Il faut qu'on sache, dit-il, que jamais le concert n'aurait eu lieu sans la SG, et tout ce que la SG fait pour la culture. Et Roth de la remercier et la faire applaudir.

Nausée.

Restons calme. Avant le début du concert, déjà, une musicienne était venue préciser que la recette du concert serait doublement abondée par la SG, et le tout reversé, pour permettre à 1 200 personnes de venir à la Philharmonie, qui, normalement, n'y auraient pas eu accès.

Et alors ? C'est le vif du sujet. On comprend donc que sans le concours et l'offensive publicitaire et marketing d'une banque, l'accès à la Philharmonie est impossible pour (au moins ? Au minimum?) 1 200 personnes. Enormément plus, en réalité. Les 1 200 personnes sont une goutte d'eau.
Ca devrait ne pas poser plus de problème que ça ?

Eh bien si. Passons sur le principe : une banque arrive à se rendre indispensable à un établissement public, la Philharmonie. On appelle ça le grignotage du public par le privé, ou privatisation rampante. Ca commence par un logo sur un programme, on ne sait jamais où ça finit.
Ou plutôt on le devine.
Il y a ensuite un mécénat de la SG sur lequel ladite SG récupère. Combien ? Toujours 66% de son investissement, ou la loi Aillagon a (enfin) été modifiée ? Sinon, c'est le/la contribuable qui paye pour l'immense générosité de la SG.
Il y a enfin l'étalage de bons sentiments. La SG permet à des exlu(e)s de la Philharmonie d'y entrer. On fond d'émotion. Mais on ne se retient pas de penser que trop de gens sont exclus de la culture, par insuffisance de ressources, par précarité, par chômage, par un mélange d'Hanouna et de "réseaux" si peu sociaux, qui les plaquent au sol, les asphyxient, leur interdit l'accès à l'imagination, à la création, à la liberté.
Et que cette verrue-là, avec toutes ses collègues, la Société Générale en est largement responsable.

Par ailleurs, ce fut un beau concert.


dimanche 13 novembre 2022

Boyard, Garrido, Mélenchon, les épiés dans le plat Hanouna

Pourquoi tout ce bruit autour de la sortie de Louis Boyard de l'émission de Cyril Hanouna, le 10 novembre ? Certain(e)s ne comprennent pas ce qu'un Député de la République allait faire dans un tel marigot de nivellement par le plus bas possible, plongeant la République qu'il représente dans un bac à indignité structurelle, et pensent qu'il n'a reçu que le gros, gras et odoriférant boomerang qu'il méritait. Les mêmes pointent les émargements réguliers de Raquel Garrido à l'émission, et les caresses doucereuses administrées par Jean-Luc Mélenchon à l'animateur un jour que le premier était l'invité du second sur son plateau.

La simple histoire de la société du spectacle, sa contradiction manifeste avec les idéaux officiellement portés par La France Insoumise, leur donnent raison. L'auteur de ces lignes partage une part de leur incompréhension, doublée, pour lui qui reste partisan de LFI, d'un embarras haut comme la Tour Eiffel.

La parole est à la défense
Le spectacle est le cheval de Troie par lequel le capitalisme contrôle une bonne part de la population, achetant à vil prix (publicitaire et racoleur) sa passivité, sa résignation, l'orientation de sa colère vers les cibles que cette même société du spectacle lui désigne : les bons à rien, les incapables, les grévistes, les immigré(e)s, les politicien(ne)s (dont... les parlementaires).

C'est la fameuse conquête culturelle du pouvoir, extension improbable de l'idée gramscienne.

Partant, tout/e partisan(e) de la conquête du pouvoir par le suffrage universel sait que, tant que le pouvoir n'est pas conquis, se pose la question de ce face à face si inégal, injuste, et même monstrueux, entre le spectacle et sa proie, la part de la population qui l'ingurgite par voie de télévision. Peut-on laisser le champ libre à Hanouna, et d'autres (dont son employeur Bolloré), pour qu'ils instillent dans les têtes leur mélange de chaos, d'irrationnel, et de néant de l'intelligence ? Non, ont très vite répondu Garrido et Mélenchon : il faut intervenir dans le champ du spectacle, au besoin aller sur le terrain-même de Bolloré, casser le menottage et l'asphyxie des esprits par les marionnettes de l'écran.
C'est ainsi qu'on vit Mélenchon sur le plateau de Drucker en 2010. Première d'une série aujourd'hui longue d'apparitions à l'écran.
 
A la décharge des deux, on pourrait ajouter que coller au plus près des gilets jaunes comportait le danger de la confusion avec leurs éléments d'extrême droite, ou avec des revendications populistes de droite, comme la diminution du nombre de parlementaires et de leur salaire.
Mais il fallait coller aux gilets jaunes, à la réalité incontournable qu'ils incarnaient et qui s'imposait à nous. Et à nous d'impulser nos messages, dans le fatras idéologique qui était le leur. Tout a été dit, sauf  le soutien d'organisations et personnalités, de gauche ou d'ailleurs, qui a permis d'ancrer la plupart de leurs revendications dans le champ social, et d'éviter leur assimilation à l'extrême-droite.
Comprenons : il faut être avec le peuple, même et surtout quand il est en mauvaise compagnie. Etre avec lui, pour tenter de changer le disque infernal sur lequel le capitalisme communiquant l'a branché.

Toute la question est là : la participation à un "show", "talk show" ou autre marotte de l'industrie du divertissement, permet-elle d'atteindre l'objectif ? Encore faut-il savoir lequel. Comme le rappelle Jean-Pierre Rioux (Les enfants de Jaurès, éd. Odile Jacob), l'édification et l'élévation du peuple sont une finalité du socialisme. Si l'émission du candidat Mélenchon avec Drucker en 2010 permit de délivrer quelques messages (dont celui de Pierre Laurent, présent sur le plateau), participer à une émission d'Hanouna est, en revanche, la promesse du vide se sens, d'accroître le désarroi des spectateurs/trices face à la politique, et de dégrader encore son image.
Dans le capharnaüm et les démélés agressifs entre Louis Boyard et l'animateur-mauvais clown, on peut craindre qu'aux yeux de beaucoup il n'y ait eu d'autre vainqueur que le bruit, et d'autre bilan qu'un renvoi dos à dos des deux brailleurs.

Reste le principe, inattaquable : oui, il faut faire ce qui est possible pour contrarier l'intraveineuse permanente de la dé-civilisation néolibérale dans les veines populaires. Avant une remise à plat totale de l'information, et sa redéfinition comme un bien commun, lorsque le pouvoir aura vraiment changé de mains.

Le possible est mince, on le sait tous. Convenons que lorsqu'il relève du fil de fer, il n'y pas lieu de le tenter. Mieux vaut sans doute porter les efforts ailleurs.






 

dimanche 4 septembre 2022

LA "RENTREE LITTERAIRE" , GROS PUDDING SAUCE MERCANTILE

La lecture, la culture, sont une science-fiction secondaire, observable dès le mois de mai de chaque année. Se met alors en place un rouleau compresseur délirant et autiste, nommé "rentrée littéraire".

En mai, tous les titres éligibles à "la rentrée littéraire" sont prêts pour un circuit, aussi rôdé que démentiel, auquel les éditeurs bien en chair ont accès (c'est plus délicat pour les autres) : présentation aux libraires, enseignes, journalistes. Les représentant(e)s et autres commerciaux centraux partent ensuite en moisson de commandes, les attaché(e)s de presse de batailler pour que Virginie Descente ou Amélie Entrombe ait sa critique en page de droite, les services de publicité de décrocher des budgets-pub à même de faire manger la poussière aux maudites campagnes récurrentes de Galligraseuil, relayées aujourd'hui par Laffayarbin-Michel. 
C'est ainsi que, de mi-août à fin septembre, plus de 500 titres saturent les librairies et le marché dans son ensemble (711 en 2010, 580 en 2017, 521 en 2021). 200 de moins qu'il y a 10 ans : moins un signe de sagesse d'éditeurs ayant réalisé la vanité délirante de cette foire, que d'une baisse constatée de la lecture et des ventes.
(Ciel, ma demande !)

Une mêlée qui vise, évidemment, de la part des producteurs et de leurs groupes tutélaires, à tirer les budgets de rentrée vers les achats de livres, occuper plus de tables et de place que leurs concurrents dans les librairies (et aussi chez un prédateur en ligne), et réaliser du chiffre d'affaires. Bien sûr, les mêmes sont dans les préparatifs de fin d'année, donc dans les budgets prévisionnels : hors de question, aux trois quarts de l'année, de louper la marche d'août-septembre, encore moins d'affronter la mine déconfite d'Emmanuel Norrère et Amélie Carthomb et de leurs agents face à des ventes insuffisantes. Car alors ne resteraient, pour tenter de garder le moral, que la loterie des prix littéraires et le boom de fin d'année.
Bienvenue dans le marché du livre.

Mais l'opération-raid "rentrée littéraire" ne se contente pas de mobiliser la chaîne du livre tout entière, de déchaîner les critiques, de prendre à la gorge un public en diminution d'amateurs de livres, et de l'enjoindre à consommer.

Elle acte d'abord une politique de l'offre version matraquage : voilà des centaines de libraires, tenu(e)s de suivre le mouvement, d'ingurgiter du jeu d'épreuves à la pelle de mai à juillet, s'ils veulent faire leur métier de sélectionneurs face à un tel raz de marée orchestré par leurs fournisseurs - et, au passage, maintenir leur taux de marge.
Elle façonne l'esprit de la lecture : au plaisir de la découverte, à la déambulation curieuse entre tables et rayons, au choix lent, parfois hésitant, elle substitue l'injonction : c'est la rentrée, les enfants, à l'école, et vous, achetez des livres, point. Et le/la consommateur/trice - lecteur/trice de voir s'ouvrir devant lui/elle les bras et sourires Gibbs-Colgate des Yasmina (Khadra), Isabelle (Carré)  Muriel et d'autres, sur France 5 (La Grande librairie) dans un JT ou deux, dans presque toute la presse écrite numérique ou papier.

Ce blitzkrieg de stocks et de marketing ne concerne pas que les livres, ni la seule "rentrée littéraire". Les campagnes publicitaires éditoriales émaillent toute l'année, avec, en particulier, les lancements des Anna de Rosnay, des Tatiana Gavalda, des Philippe Adam ou des Jean-Philippe Blondel.
Le parasitisme de la "rentrée littéraire" tient dans la concentration de tant d'offensives sur si peu de temps. Comme si le fameux temps de cerveau disponible n'était envisageable qu'indisponible, sans attendre, dès la fin  des vacances.

Evidemment, nous dit-on, les stars littéraires ne sont pas les seules publiées, on n'oublie pas les autres, tous les autres !
Vraiment ? Sur toutes les nouveautés de "rentrée", combien sortent du lot, obtiennent des ventes raisonnables, combien d'auteur(e)s se font réellement un nom ou confirment-ils/elles leur place sur le marché du livre ? En réalité, la "rentrée littéraire" est l'occasion d'un bouillon consistant dont beaucoup d'auteur(e)s peu ou pas connu(e)s, ainsi que leurs éditeurs, font les frais.

Ce serait "le jeu".

La belle affaire ! Peut-on parler de "jeu" s'agissant de lecture, de culture, et d'un produit, le livre, dont le destin tient dans une alternative simple : il survit (au smartphone, à l'accélération de la vie, aux angoisses du futur...), ou il crève ?
Le livre est un marché mais n'est pas réductible au seul marché. La "rentrée littéraire" flatte quelques acteurs et actrices du marché du livre mais ne fait aucunement progresser la lecture en France. Elle passe à côté et au-dessus du seul public à conquérir si l'on veut espérer donner au livre un avenir : les jeunes. Elle occulte une donnée économique et sociale si fondamentale qu'on ne voit qu'elle : une pauvreté montante, la crainte de plus en en plus forte du déclassement et du chômage, et une valeur culture embarrassante pour les pouvoirs publics - et dont la popularité a rarement été aussi basse, sont la promesse du naufrage, pour les livres et la lecture, et pour la "rentrée littéraire" qui est leur enfant de hasard.

En attendant une prise de conscience de l'enjeu de survie qui est devant nous, dont l'idéologie néolibérale triomphante paraît totalement incapable, le souci majeur du marché du livre, comme d'autres marchés, est de produire. Un éditeur bien en chair, fournisseur à sa maison-mère de PMT, de résultats avant impôt et de dividendes, sait combien il a vendu du dernier Guillaume Levy, ou du dernier Amélie Angot. Mais il a promis un + 15, + 20 ou + 25% de ventes à leur agent pour leur prochaine merveille, objectif : éviter qu'ils/elles aillent signer ailleurs. Les dernières ventes en date sont un point noir, effaçable par un coup de challenge à même de faire place à une réalité plus virile, combattante, agressive : produisons. Et place à de futurs contrats à l'avenant.

Comme le hurlait jadis John "Rotten" Lydon, "no future !"

mardi 30 août 2022

REVOILA LES SOCIAUX-MEDIOCRATES


La gauche est morte de la social-démocratie, elle ne pourra renaître que sans la social-démocratie. C'est aussi simple que ça.

                                                    Vous avez dit "Social-démocratie" ?

Clarifions. On ne parle pas ici du premier parti social-démocrate russe, mais de cette bifurcation du socialisme qui consiste à travailler avec l'adversaire politique et économique, sous prétexte d' "ouverture", de "décloisonnement" ou (spécifiquement aujourd'hui) de "pragmatisme".
Le phénomène connut des manifestations diverses, très différentes selon les cas.  Ebert, dirigeant du SPD et du gouvernement allemand, anti-marxiste acharné, fut l'artisan de la répression des soulèvements spartakistes de 1919. Jaurès approuva l'entrée d'Alexandre Millerand dans un gouvernement bourgeois, pour soutenir la République menacée par l'anti-dreyfusisme - y voyant la possibilité d'infléchir le gouvernement. Après la 2ème guerre mondiale, la social-démocratie se rallia au bloc de l'ouest contre l'URSS, et, point culminant, s'aligna sur la mondialisation néolibérale.

Il y eut des contre-feux à l'intérieur du camp socialiste. En 1971, à Epinay, était créé le nouveau Parti socialiste, animé par une volonté affichée de rupture avec le capitalisme et d'union avec le PCF. Sous la pression forte du CERES et de son leader J.P. Chevènement, avaient été rédigés le programme socialiste "Changer la vie", prélude au Programme commun de gouvernement avec le PCF et les radicaux de gauche.
Peu avant, trois co-fondateurs du CERES (dont et surtout J.P. Chevènement) avaient publié aux éditions du Seuil, sous le pseudonyme de Jacques Mandrin, un livre, "Socialisme ou social-médiocratie". Le titre du présent libelle y trouve sa justification.

Parenthèse socialiste qui dura 12 ans. En 1983, le PS français entama un lent mais sûr rapprochement avec les social-démocraties européennes et, surtout, allemande. Rapprochement quasi-fusionnel, basculement dans le néolibéralisme, avec pour effets le ralliement de socialistes au gouvernement d'E. Macron en 2017 et le basculement d'ancien(ne)s député(e)s socialistes dans sa majorité.

Historiquement, la condamnation du marxisme pousse des personnalités socialistes vers la tangente sociale-démocrate, quand d'autres y adhèrent directement. A partir de 1917, la social-démocratie s'est voulue un rempart contre le bolchevisme et l'URSS, et, dans sa version contemporaine, post-soviétique, elle s'inscrit dans un courant de démocratie "antitotalitaire". Selon elle, l'acquisition d' "avantages" par la classe ouvrière, les classes défavorisées plus tard, passe par l'adhésion à l'économie et à la culture de marché.

                                                           Rien à tirer de la social-démocratie ?

En France, le bilan de la social-démocratie se confond avec celui de Hollande, Président officiellement socialiste, qui entendait convertir définitivement à la social-démocratie un PS trimballant à la fois son héritage de "parti d'Epinay" de 1971 et un néolibéralisme assumé. Exit donc Epinay, viva un quinquennat voué au capitalisme financier, déguisé en "économie de l'offre". Place à un brouillage total des pistes, et de la perception populaire de la gauche, désormais assimilée à la compromission avec son adversaire capitaliste de toujours. Voie ouverte à toutes les confusions, et à un cocktail désormais bien connu d'extrême-droite et d'abstention électorale massive.

Pourtant, tout n'était pas à jeter. Le malheur, pour la social-démocratie française, fut de s'allier avec sa consoeur allemande au sein d'un parti socialiste européen majoritairement néolibéral. S'inspirant des sociaux-démocrates scandinaves, elle aurait pu porter des idées et des pratiques fortement redistributives et socialement libérales, pour arriver à quelque chose ressemblant au réformisme révolutionnaire et à la révolution réformiste, invoqués par François Ruffin.
Sortir d'alliances véreuses ? Rocard, Delors (anagrammés par "Le Canard" en "Dollar record"), Strauss Kahn, Hollande, puis toute une génération biberonnée au néolibéralisme, avaient l'oeil trop rivé sur les promesses divines du marché pour y renoncer. C'est ainsi qu'apparurent les dérégulations massives et les traités (Maastricht, le TCE, Lisbonne), soutenus par nos "socialistes". Et la social-démocratie de sombrer, jusqu'à l'apothéose sanglante de 2022.

                                                                 Le bal des turlupins





Renoncèrent-ils ?
La claque de 2022 fut historique.
Le cadavre, décomposé.
Il se trouva des lucides et courageux pour comprendre qu'une cure de Nupes éviterait aux socialistes français de finir, sans gloire, dans le même caveau que leurs colocs sociaux-démocrates.
Mais pour d'autres la leçon ne suffirait jamais.
Le calice n'était pas assez bu, ni la cigue assez avalée.
On n'avait rien compris.
Ainsi, un dompteur bouffi, un ancien greffier de hasard, et leur troupe en haillons du cirque social-démocrate tentent un retour sur la place du village. Carrousel pathétique et défi à la rationalité. Quelle pitrerie, construite sur le fameux "la république c'est moi" d'il y a déjà quatre ans, ne tenterait-on pas pour refaire une expédition punitive collective, au détour d'une petit retour au gouvernement... 

On m'objectera le fameux "combien de divisions?", et à coup sûr les bataillons sont clairsemés. Mais le ver dans le fruit ne renonce pas comme ça, les ancien(ne)s et très ancien(ne)s l'ont retenu des Assises du socialisme de 1974.

Reste que la gauche peut sortir de la brume. Déjà le travail entre organisations de la Nupes, l'apprentissage d'une existence commune en même temps que d'expériences séparées, permettent d'espérer un scénario d'intelligence contre la prévision répandue d'éclatement ou de mort lente. Le pire est toujours sûr, sauf quand l'intelligence s'en mêle.
Mais, alors que le procès en "extrême gauche" va croissant, la double injonction d'être soi et constamment soi, en versant positif, et de repousser (versant négatif) la tentation d'inflexion et de "modération" qui est le faux-nez du renoncement (et dont la social-démocratie est la télégraphiste zélée), dicte à la Nupes une feuille de route, ardue, périlleuse, pleine de pièges et d'embûches.

Et il n'y en a pas d'autre. La reconquête du pouvoir par son seul détenteur légitime, le peuple, en dépend.




mardi 25 janvier 2022

Mon journal pendant la drôle de campagne (1)

 Ouvrons sur un conseil de lecture. Le livre ci-dessous est conseillé à celles et ceux :

. Qui, parents de triplés mâles, les ont tous les trois baptisés Jean-Luc,

. Qui acceptent l'élection de Jean-Luc Mélenchon à la présidence de la République, moyennant la garantie qu'il mourra la veille de son investiture,

. Qui ont vu la naissance de la France Insoumise comme une nouvelle sortie de Lazare de son tombeau,

. Qui souffrent de dérangements intestinaux et d'affliction morale à la vue du logo de la FI.

La campagne est froide. Est-ce parce que nous n'avons pas, toutes et tous, réalisé que nous ne sommes pas encore au bout de la décomposition sociale orchestrée par la globalisation néolibérale ?

Il y a comme un accomplissement, dans ce que nous traversons. Nous, qui savons ce qui a commencé il y a cinquante ans, le façonnage d'une inégalité planétaire d'intensité et de cruauté inouïes, et la préparation d'un chaos social et écologique. Cet ordre économique mortel, nous savons qu'il vacillera, et aussi que ce ne sera sans doute pas de notre vivant.

Il y a comme l'accomplissement du rêve de Milton Friedman. Sa double victoire : l'humain d'abord, entendre par là une créature brute, programmée pour imposer sa barbarie existentielle, une planète à l'agonie sous les coups de ce locataire avide de la dominer, pour la saccager à bon droit ensuite.

On aura compris que l'humain de Friedman et des Chicago boys n'est pas le même que celui du slogan électoral du PCF. Celui-là est éduqué, sensible et conscient, quand celui de Friedman est un tyran à l'état natif dont la vocation est de le rester jusqu'à sa mort à lui, et à celle d'autrui. Reste le slogan, et la confusion qu'il porte. D'importance mineure. L'auteur de ces lignes est probablement seul à la détecter, il s'en repent. Tout en n'en pensant pas une miette de moins.


QUE LE COUPABLE LEVE LE DOIGT

On a, toutes et tous, nos recettes explicatives du pré-désastre actuel - encore qu'il n'est pas encore écrit. Ah, si on avait fait ceci, ah, si on avait été écoutés, ah, et ah, et encore ah... Mais contre l'enchevêtrement implacable de néolibéralisme, de mur de Berlin, de social-démocratie embarquant dans son agonie des chargements de rêves sociaux, et de renaissance mille fois différée d'un courant social fort, les conditionnels passés s'annulent d'eux-mêmes. Devraient tomber dans l'oubli, mais ce serait aller contre nos besoins d'avoir raison contre l'histoire. Le premier, la première qui osera encore un "on aurait dû..." portera le bonnet d'âne de gauche.

En attendant de trouver un(e) coupable, qui sera toujours l'autre ou les autres, il n'y a que l'espoir à proscrire et le travail à prescrire. L'auteur de ces lignes a horreur du travail dans sa version économique, il ne voit que lui, le travail, avec nos intelligences et notre goût pour le bonheur, pour ne pas sombrer.

Et nous sommes des gens de travail, d'intelligence et de bonheur : nous n'allons pas sombrer.


lundi 4 janvier 2021

LES PREVISIONS EXCLUSIVES DE RAOUL BENARD POUR 2021

En 2021 sera créé un prix littéraire Cyril Hanouna. Trente-mille candidat(e)s ont déjà fait part de leur intention de concourir, et se sont mis(e)s aussitôt à l’apprentissage des voyelles et des consonnes.

En 2021, Vincent Bolloré, Marine Le Pen, Bernard Arnault, Benjamin Castaldi, Bruno Retailleau et Jean-Marie Bigard rendront un hommage vibrant à Jean-Pierre Chevènement pour ses 82 ans. Trois au moins d’entre eux confieront avoir oublié le titre de son meilleur album.

En 2021, Google ouvrira 3 500 sandwicheries virtuelles à prix cassés dans toute la France.

En 2021, Marine Le Pen refusera de reconnaître sa défaite. A qui lui suggérera qu’elle n’aura pas été élue, elle répondra « iou areu firède ».

En 2021, pour garantir la transmission à nos enfants d’une terre saine et préservée, un / une écologiste nommé(e) par l’entreprise siègera au Conseil d’administration de chaque Gafam, avec voix consultative.

En 2021, les 300 000 exemplaires imprimés de « L’Humanité » s’arracheront chaque matin en quelques minutes.

En 2021, Amazon réparera les fuites de canalisations, débouchera les WC, collectera 10 milliards de tonnes de déchets, les stockera dans ses entrepôts, surtout français pour la qualité de la main d’œuvre locale, et les fera déposer devant la porte du domicile de M. Jeff Bezos.

En 2021, les bébés auront la possibilité d’ouvrir un compte bancaire. Le temps maximal de consultation d’internet ou des smartphones à partir de 2 ans sera limité à 12 heures par jour dans tous les pays membres de l’Union européenne, par souci de préserver la santé de nos enfants.

En 2021, On en finira avec les préjugés anti-chinois dans les entreprises et dans l'économie, trop nuisibles au business bilatéral. On n’entre pas dans une entreprise pour faire de la politique ou pour protéger des ouïgours, mais pour travailler et produire de la richesse.
Justement, en 2021, Jaroslaw Kaczynski et Viktor Orban apprendront le Chinois.

En 2021, Arlette Laguiller déposera sa candidature à l’élection présidentielle pour faire barrage à Jean-Luc Mélenchon. Thème retenu : « Les travailleuses et les travailleurs, c’est des personnes sacrées ».

En 2021, tout individu de moins de douze ans surpris en flagrant délit d’usage d’armes à feu camouflées ou d’armes à feu de poing sera fermement rappelé à l’ordre : il lui sera demandé de présenter sur le champ un justificatif d’identité.

En 2021, les opposant(e)s politiques chinois(e)s mystérieusement disparu(e)s depuis plus de 1 500 jours pourront rédiger leur autocritique post-mortem.

En 2021, Xavier Bertrand rendra opportunément publique son adhésion au Parti des Travailleurs, au Mouvement des Paysans, au Club des socialistes, au Parti des Entrepreneurs, à La France indécise, aux Abstentionnistes associés et à l’Eglise du trentième jour de la semaine.

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Quelqu'un qu'on sait être qui il est sans se douter qu'il est plus proche de celui qu'il n'a jamais été.