dimanche 18 octobre 2009

Des primaires déprimantes (2)

LES PRIMAIRES, UN VOL AU VENT FUTURISTE CONTRE LA MISSION ET LES DEVOIRS DE LA GAUCHE


Alors que l’interrogation sur l’avenir des gauches est dans toutes les têtes, d’aucuns ne voient d’avenir que dans des élections primaires. Ils font l’économie de tout questionnement sur la perte par une certaine gauche, socialiste en particulier, de sa substance politique, et sur les moyens d’un retour à ses valeurs : l’ombre plutôt que la proie, délaisser le fond du problème au bénéfice d’une pure mécanique électorale, tel est le lourd soupçon qui pèse sur cette vague futuriste des primaires.

Côté PS, mais aussi parmi des militants en rupture de Partis tentés par des courants périphériques, ou jeunes non-organisés, est occulté le fourvoiement social-démocrate, libéral, obsédé de pragmatisme, qui a, aujourd’hui et pour longtemps, disqualifié la gauche non-communiste de l'après-guerre froide. Un refus du devoir de mémoire, accompagné de la désertion d’un front pourtant capital : l'entreprise et les salariés. Un front qui devrait capter la combativité et l’intelligence de la gauche, au lieu de quoi il n’est que sur-gestion des enjeux électoraux, présidentiel en particulier, à travers les primaires... « Primaires à gauche », et, simultanément, esquive de l’impératif d’accompagnement du monde du travail : on n’est donc pas au bout des logiques d’échec, et, à lui imposer ainsi de marcher sur la tête, on paraît courir après l’effondrement définitif de la gauche.

En marge des Partis, parmi les militants autonomes partisans des primaires, subsistent des vitalités de gauche qu’il faut saluer. Dans les banlieues, quartiers et associations, ils inscrivent au palmarès de la gauche de fortes efficacités locales, un véritable honneur, mais autant de pansements au capitalisme qui n’accouchent d’aucun modèle politique général.
Tirant la leçon de leur désarmement théorique et idéologique, des élu(e)s et associatifs de gauche se sont emparés avec brio du seul domaine que la mondialisation libérale leur a abandonné : le sauve qui peut.
Sauve qui peut le collectif, la ville, le chômage. Défense de valeurs sociales et culturelles, recherche d'un modèle urbain équilibré : une gauche "de terrain" réalise des miracles, contient les digues économiques, sociales et urbaines à bout de bras et de volonté; l’incendie de la tour La Pérouse à Sevran (seine saint Denis) en août dernier, qui a fait cinq victimes, a montré les trésors de mobilisation et d’ingéniosité de cette « France d’en bas » face à l’essentiel, l’inégalité des richesses et des territoires produisant des drames intolérables. Des milliers d'exemplarités locales se déploient ainsi, sans qu’en émerge un modèle ni une exemplarité de gauche.

Parallèlement, dans et pour l’entreprise : rien, ou presque. Au milieu d’une précarité sociale en généralisation, les salarié(e)s, en particulier bénéficiaires d'un CDI, doivent se convaincre de leurs privilèges : ils travaillent, leur salaire "tombe". Fermez le ban. Tant et tant de politiques de gauche imbibés de doxa libérale ont fait à leur tour de l'entreprise une vache sacrée, et traînent derrière eux trop de mauvaise conscience du chômage de masse pour ne pas éprouver de lâche soulagement en sachant tous les matins des salarié(e)s en route vers les entreprises… et en les y oubliant.

Activisme de « terrain » d’un côté, abandon de l’entreprise et du salariat de l’autre, refuge dans la combinazione version "primaires" : ainsi s’abîme la gauche.

Le combat contre le chômage doit évidemment être une priorité absolue. Il faut recréer de l'industrie et des emplois salariés. Mais il faut aussi que la vie dans l’entreprise change; trop peu d' écharpes tricolores d'élu(e) s fréquentent les sorties d'entreprises pour parler aux salarié(e)s, constater combien, sous la pression économique, la qualité du travail, leur moral, se dégradent, combien se creuse l'indifférence du monde du travail à l'égard d'un monde politique de gauche oublieux de ses devoirs, et combien les salarié(e)s s'en remettent à l'idéologie dominante pour se tracer un horizon : compassion pour l’entreprise puis investissement total, au risque d'y laisser leur vie privée, adhésion à l'individualisme, la compétition ressentie comme "inévitable", le discours de concurrence s'introduisant partout. Ainsi les salarié(e)s se sentent délié(e)s de leurs obligations citoyennes et plus largement politiques. L’effondrement qui guette la gauche, s'il en reste une en dehors de l'"autre gauche", c'est celle de la fermeture définitive de sa base sociale théorique, quoique naturelle, à son discours et à elle-même.

La gauche officielle a pourtant eu une occasion d’entendre un message plein de sens, pendant la crise du CPE : une forte majorité de jeunes, sondés sur leurs attentes quant à l’entreprise, exprimaient le vœu sans nuance d’intégrer le secteur public. Pareille défiance à l’égard du privé de la part des futurs constructeurs ("acteurs", disent nos modernes) de l’économie aurait dû attirer l’attention générale ; il n’en a rien été, ni évidemment côté Medef et Croissance Plus, ni du côté des hiérarques socialistes, ni chez les « autonomes » de gauche.


Il y a pire : hormis des sociologues ou sondagiers appointés, plus personne dans la gauche officielle ne porte le fer contre le malaise salarial, hormis pour réclamer plus de pouvoir d’achat sans paraître y croire une minute. La consommation de psychotropes n'est que statistique récurrente, comme les dépressions en chaîne, le temps et les moyens de voir venir les suicides liés au travail sont un luxe que nul n'est plus en mesure de s'offrir. Après tout, tant qu'il y a production, il y a de la vie et de l'espoir.
... Et puis, les salarié(e)s ont des syndicats. Laissons-les se débrouiller entre eux, tel est en substance le message de nombre de hiérarques "de gauche", qui oublient le faible nombre de syndiqué(e)s, le surmenage des élu(e)s, leur liberté syndicale à conquérir tous les jours face à des DRH oublieux de toute souplesse.

Trop d’intériorisation du chômage de masse, à laquelle elle a contribué, a fait déserter la gauche de l’entreprise, son champ de bataille naturel.

Il s’est trouvé des candidats aux élections européennes pour aller aux portes d'entreprises menacées de fermeture ou de restructuration, et dresser des passerelles entre les discours des salarié(e)s et les leurs. Pour passer aussi prendre la température sur des sites non-menacés, s'intéresser à l'inquiétante expansion des nouvelles industries du tertiaire, telles les plateaux d'appel, productrices de précarité, de caporalisme social, d'humiliations et de stress, pour des salaires dérisoires.
C’est cette voie qu’il faut poursuivre, de façon méthodique et sans attendre des élections. L'exigence d'amélioration du travail, les rapports de force dans l'entreprise, doivent rester un apport prioritaire dans le discours économique de gauche. Pas d’autre moyen pour qu’elle recommence à unir à elle tant de ses électeurs qui s’en sont détournés par crainte de l'abandon face à une économie anxiogène et parfois meurtrière.

Ainsi les choix électoraux majeurs ne reposeront plus sur des débats techniques mais sur un authentique contenu politique.

C'est ce à quoi doit se consacrer une base politique de gauche, plutôt qu'à s'abîmer à gâcher du temps et de l'énergie à déterminer les formes de la désignation d'un candidat à la présidentielle via des « Primaires ». Une certaine gauche ne doit plus aspirer à sa disparition mais à repenser un modèle de gauche. Et il y a du travail.

lundi 28 septembre 2009

Des primaires (déprimantes?)

"Tant qu'il y a de la marche, il y aura du marché"

Il n'est plus de gauche que spectrale, fond sur l'Europe le fantôme de ce qui fut une grandeur humaine : de hautes idées solidaires et fraternelles innervant des Peuples, une fierté individuelle collective et contagieuse de les servir et les défendre ensemble, qui réalisait la soudure de tant de gauches différentes, le rassemblement républicain et l'appropriation de la Nation... Tant de fourvoiement social-démocrate, libéral, obsédé de pragmatisme a pour longtemps disqualifié la gauche de l'après-guerre froide; celle-ci, en France en tout cas, n'en a pas eu assez : en sur-gérant les enjeux électoraux, présidentiel en particulier, en désertant un front capital qui devrait capter sa combativité et son intelligence, l'entreprise, la gauche française court toujours après son effondrement définitif.

Tirant la leçon de leur désarmement théorique et idéologique, certaines gauches se sont emparées avec brio du seul domaine que la mondialisation libérale leur a concédé : le sauve qui peut.
Sauve qui peut la ville, sauve qui peut le chômage. La défense du patrimoine social et culturel, fruits de deux siècles de construction héroïque, la recherche d'un modèle urbain équilibré, se heurtent à un courant compulsif, attisé par le capitalisme, d'individualisme et d'insouciance de l'environnement naturel et humain, menaçant la solidarité, la répartition, la recherche mordicus et simultanée de bonheurs individuels et de solutions collectives aux problématiques et contradictions de la vie. C'est ainsi qu'une gauche "de terrain" réalise des miracles, contient les digues économiques, sociales et urbaines à bout de bras et de volonté; c'est ainsi que des milliers d'exemplarités locales sont et demeurent leur propre fin, et s'interdisent de constituer un modèle. Car pour une gauche mentalement vaincue et désertée par la fierté, tout modèle est par avance suspect.

Parallèlement, dans une précarité sociale en généralisation, les salarié(e)s, en particulier bénéficiaires d'un CDI, se convainquent de leurs privilèges : après tout, ils travaillent, leur salaire "tombe". Tant et tant de politiques de gauche ont assez ingurgité la doxa libérale des années 80 qui a fait de l'entreprise une vache sacrée, ils ont trop sur la conscience le chômage de masse, pour ne pas éprouver de lâche soulagement, muet, honteux, en sachant tous les matins des salarié(e)s en route vers les entreprises. Manuel Valls le rappelait encore, le jour d'un suicide à France Télécom : "C'est l'entreprise qui créé la richesse". Fermons le ban.

Nul doute que le combat contre le chômage soit une priorité absolue, pas moins de doute qu'il faille recréer de l'industrie et des emplois salariés; encore moins de doute que trop peu d' écharpes tricolores d'élu(e) s fréquentent les sorties d'entreprises, pour parler aux salarié(e)s, constater combien, sous la pression économique, la qualité du travail, leur moral, se dégradent, combien se creuse l'indifférence à l'égard d'un monde politique de gauche oublieux de ses devoirs, et combien les salarié(e)s s'en remettent à l'idéologie dominante, celle de la compassion puis de l'investissement total dans l'entreprise au risque d'y laisser leur vie privée, pour se tracer un horizon, se sentant déliés de leurs obligations citoyennes et plus largement politiques. L''effondrement qui guette la gauche, s'il en reste une en dehors des composantes de l'"autre gauche", c'est celle de la non-perception définitive de son discours par sa propre base sociale théorique.

Pire : hormis des sociologues ou sondagiers apointés, plus personne dans la gauche officielle ne se donne la peine d'émettre un diagnostic de malaise social, la consommation de psychotropes n'est que statistique récurrente, comme les dépressions en chaîne, le temps et les moyens de voir venir les suicides liés au travail sont un luxe que nul n'est plus en mesure de s'offrir. Après tout, tant qu'il y a production, il y a de la vie et de l'espoir.
... Et puis, les salarié(e)s ont des syndicats. Laissons-les se débrouiller entre eux, tel est en substance le message de nombre de hiérarques "de gauche", qui oublient le faible nombre de syndiqué(e)s, le surmenage des élu(e)s, leur liberté syndicale à conquérir tous les jours face à des DRH de moins en moins souples.

Un signal fort est venu des élections européennes, quand des candidat(e)s, en particulier de "l'autre gauche", sont allés aux portes d'entreprises menacées de fermeture ou de restructuration forte pour dresser des passerelles entre les discours des salarié(e)s et les leurs. En passant par des sites non-menacés. En s'intéressant à l'inquiétante expansion des nouvelles industries du tertiaire, telles les plateaux d'appel, productrices de précarité, de caporalisme social, d'humilations et de stress, pour des salaires dérisoires. Un modèle, celui-là, sûr de lui et dominateur.
L'"autre gauche" se doit de poursuivre dans cette voie, pour que l'exigence d'amélioration du travail, pour que les rapports de force dans l'entreprise, restent un apport prioritaire dans son discours économique. Ainsi elle recommencera à unir à elle tant de ses électeurs qui se sont détournés de toute gauche par crainte de l'abandon. Ainsi les choix électoraux ne reposeront plus sur des débats techniques mais sur un contenu politique.

C'est bien à ça que doit se consacrer une base politique de gauche, plutôt qu'à s'abîmer à gâcher du temps et de l'énergie à déterminer les formes de la désignation d'un candidat à la présidentielle. Une certaine gauche ne doit plus aspirer à sa disparition mais à repenser un modèle de gauche. Et il y a du travail.

mardi 25 août 2009

UN 23 AOUT A SEVRAN


"Du saint marché que Dieu nous envoie"



23 août 2009 à Sevran, la mémoire s'imposeà l'injustice,
à la mort.

10 août, 5 personnes meurent dans l'incendie de leur appartement, en pleine nuit, dans un immeuble du quartier des Beaudottes. Histoire comme on en a déjà entendues mille autres, de feux qui se propagent, trop vite, de fumées asphyxiantes, d'une porte d'appartement qu'on ouvre, de la mort qui vient prélever son écôt...



Habitants de l'immeuble et du quartier fuyant, impuissants. Ou tentant de venir en aide à des dormeurs et dormeuses cernés. Dealers déjà à l'oeuvre pour reprendre le territoire en main. Le Maire, le directeur général des services de la ville, sur place, tout de suite (*)

Le feu éteint, les mortes évacuées et les blessé(e)s secouru(e)s, les sinistré(e)s relogé(e)s provisoirement, dans l'attente des démarches de la Ville pour trouver un nouveau toît, la vie continuait. Comme une aberration, après ce qui venait d'avoir lieu.

"La vie continue", indiscutable fin en soi, injonction indécente à tourner des pages encore noircies, porteuse de la tentation d'oublier; il fallait que la mémoire s'en mêlât, raison pour laquelle était organisée, ce 23 août, une cérémonie de recueillement à la salle des Fêtes de Sevran.

(*) Le blogueur était en congés et ne fait que reprendre ici les récits de l'incendie et ce qu'il en a entendu après coup.





D'une salle pleine de 500 à 600 personnes, s'est élevé un manifeste fort : rien ne justifie qu'on meure en pleine nuit dans l'incendie de son appartement, dans un immeuble où la vie est dure, oppressante, quand la vie et la survie étaient déjà pour les victimes un dur combat de tout instant.






Femmes et hommes dignes, elles magnifiques dans leurs tenues africaines, eux le plus souvent en djellabas.









Une prière collective.















Un discours de l'Imam, un autre discours du rescapé de l'appartement du 6 allée La Pérouse.


De voisins encore sous le choc disent leur culpabilité de n'avoir rien pu faire. Le Maire est là, il prend le micro, voix cassée, dénonce les morts absurdes, les gens qui pourrissent la vie des habitants de l'immeuble, l'absence de tout représentant de l'Etat à la cérémonie. "On se sent un peu seul". Il est remercié par les intervenants, pour sa présence et son action.

Septembre est là, la vie est de nouveau plus rapide et stressante, entre rentrées d'écoliers et reprise en main du temps par l'économie. Le ciel chargé et la pluie en plus. C'est au milieu du brouhaha renaissant qu'on apprend que le feu de l'allée La Pérouse est sûrement criminel












lundi 20 juillet 2009

Le temps nous jette à la mer

"Pur spectacle de vie
Le marché nous sourit!"

Marceau, mon très involontaire Camarade, cinq mois que tu es l'invité du présent registre des incertitudes bougonnes et flottements coléreux du gars moi-même. Pas une seule objection de la ligne politique ou des termes employés depuis mars : preuve de discipline socialiste, valeur aujourd'hui enfouie.

Le complot pivertiste est en marche
Pourtant la rumeur montait jour après jour au sein des cercles autorisés, loges bétonnées, sectes, clubs, assemblées dissemblables, d'un putsch pivertiste contre ce blog pourtant pivertiste.

Des mouvements de faucons rouges étaient signalés ça et là, jeunes bardés de drapeaux rouges hurlant des "El Marceau unido jamas sera vencido".
Le ministère fermait les yeux mais empilait les indices de l'explosion redoutée; les arrestations étaient planifiées, dont celle d'un jeune conseiller municipal divers-gauche et atomisé de Sevran.

La France voyait, angoissée, se réinstaller un cycle historique, avec pour départ un nouveau front populaire, et, à l'arrivée, la guerre.

La guerre.
Les privations. Plus de Boursin aux fines herbes au rayon "frais" de Carrefour, inconcevable. Tout ça parce qu'un ancien chef socialiste mort depuis longtemps attendait son heure pour une marche triomphale sur la Capitale !

Embêtement : quel vieux Maréchal pouvait bien faire le don de sa personne à la France face à l'adversité? Personne n'avait le profil, mais il s'en trouva quand-même un. "Bonchoir Bédabes, bonchoir bédeboizelles...", poussa-t-il sur TF1. C'en était déjà trop.

On basculait dans le cauchemar pivertiste !

J'ai demandé une protection publique. La menace pesait sur moi, avant tout : appels anonymes, colis piégés ou voitures-suicides jusque dans le jardin de la rue Maurice Berteaux, tout était possible et méritait au minimum la haute protection de la Mairie de Sevran.

Ils n'ont rien fait.

Un premier adjoint au Maire a marmonné, l'oeil absent, qu'on pouvait à la rigueur m'envoyer un garde urbain à la retraite dix minutes par jour ouvrable.
Une honte. Tous des pivertistes.

Pendant ce temps, la presse bourgeoise s'est emparée du dossier. Etat d'urgence? Revanche du marxisme sur un système libéral en crise? Pasqua attendait son heure, on le savait bien.

La réaction anti-pivertiste s'organisait prestement.
Les cercles zyromskistes recrutaient. Mais qu'est-ce qui pouvait bien conduire ces crétins à organiser la résistance au social-fasciste Pivert en envoyant machinalement des armes en Espagne? Soixante-dix ans après!?
Bernard Thibault affirmait dans "Le Monde" qu'il était sorti précipitemment de chez lui en robe de chambre et pantoufles, la nuit précédente, après avoir entendu la voix de Benoît Frachon lui enjoindre de "prendre les armes contre l'hitlero-trotskyste Pivert qui menace des décennies d'acquis ouvriers" (Jean-Christophe Le Duigou en profitait pour ne pas totalement démentir que l'Elysée avait pris contact avec lui. Genre : "fuyons").
Une manifestation place de la République rassemblait trois touristes qui cherchaient la rue de la fontaine au roi.

Emoi parlementaire.
Questions d'actualité au gouvernement. Marie-George Buffet de demander au Ministre de l'intérieur si "les femmes et les hommes de ce pays sauront un jour la vérité". Le Ministre de lui répondre : "Et Kravchenko? Vous voulez qu'on reparle de Kravchenko?"

Chute historique de la Bourse et des cours des haricots à Rungis.

Plan de paix proposé par "Le Pivert de Marceau" à Marceau Pivert

Pivert, je propose un plan de paix en cinq points.
Sans savoir lesquels, peu importe, on improvisera.

Premier point : le blog va redevenir pivertiste. Il s'est éparpillé, j'en conviens. Dont acte, la IIème internationale a pris quelques missiles dans les dents, mais le grand Marceau Pivert ne va pas prendre la défense de ce vieux raffiot dévoré par l'asticot libéral!?..

Deuxième point : je dois préparer une salade de riz pour ce soir, Cathrine m'en ayant fait la demande.

Troisième point, qui n'a strictement rien à voir avec ce qui précède, mais, Camarade Pivert, je suis en congés, et quelque peu en congés de raison : je te présente donc une idole des écrans et des radios de ce début de siècle, un patron, certes, mais, pardon, pas n'importe-quel patron, ah, que non.

Ce patron-là est jeune-beau et moderne, éligible au statut de gendre idéal de la ménagère de 40 à 95 ans. Un mec, Marceau, un vrai. Il s'est mis dans la tête d'en finir avec le vieux conflit capital-travail, sûr qu'un "autre" patronat (qu'il faut appeler "management" aujourd'hui, ça fait propre, dynamique et clinique, ça claque fort) est possible et capable de faire émerger un "autre" salariat (traduis : purgé de la CGT, de FO et de quelques autres). Il a dirigé "The phone house", il siège au CA de Virgin et de Peugeot-Citroën, il a présidé "Croissance plus", un truc moderne et tout, sympa et tout, qui veut améliorer l'image des patrons. Merde, quoi, il veut nous convaincre qu'un patron est comme lui : sympa et tout.
Proche de nous.
Proche des gens.

Ce que ni toi, Marceau, ni moi-même n'avons jamais contesté.
J'en ai connu, des patrons de qualité. Un d'entre eux a appris, la semaine dernière, qu'il était démis de ses fonctions de Président d'une entreprise d'Edition qu'il avait portée à un rare niveau de qualité et de rentabilité.

Mais bon, notre jeune et dynamique manager au beurre salé, Geoffroy Roux de Baizieu, est sûr, mordicus, qu'on se trompe tous, que "le système" n'est pas pourri, qu'on manque tous de coeur et de bon sens, et que si on en avait assez "le système" produirait du bonheur à satiété et Besancenot ne franchirait jamais la barre des 10%. C'est sa thèse. En gros.

Voilà, c'était mon troisième point, et comme on ne va pas y passer la nuit, Marceau, il n'y en aura pas d'autre.
Car je reste pivertiste. Ca devrait faire l'affaire.

On signe?

Tu retires les Faucons rouges de mon Jardin? Ils font peur aux chats.

samedi 11 juillet 2009

L'ENTREPRISE N'EST PAS PLUS NOCIVE QU'UN FOIE DE GENISSE

"Si grand est le marché
Si bons sont les marchands"

O mon Camarade Pivert


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Ci-dessus : Marceau Pivert "soutient les grévistes du XVème arrondissement" en 1936 (debout sur l'escalier). De quelle entreprise? Quelqu'un saurait reconnaître? Remerciements par avance, j'ai vécu vingt ans en face des usines Citroën...
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L'absence d'illusion est une des grandes libertés qui nous restent.
L'illusion, promène-couillons par lequel un système vous enchaîne. Les victimes consentantes arrivent à se trouver autonomes, fortes et libres néanmoins, incontestable réussite du fameux système, ou bien elles nient l'évidence de leur enchaînement pour ne pas perdre la face devant la famille, les amis, et continuer de se regarder en face.

Quelle illusion, quel système? Marceau et moi pensons sans doute aux mêmes. Pas difficile.

Non, on ne réécrira pas "Le Capital", que je n'ai d'ailleurs pas lu.
Mais, Marceau, un ancien leader de la Gauche révolutionnaire ne vas pas refuser un coup de gueule à un cadre moyen du privé pris d'une envie violente de casser de l'Entreprise?
Trente ans que je repousse les illusions de l'Entreprise, Marceau, je ne vais pas m'arrêter maintenant.

"Pourquoi l'entreprise?"
Pourquoi l'Entreprise ? Parce qu'on n'en parle pas, ou parce que la critique en est juste tolérée.
Comme une dissidence. Un furoncle. Une verrue. La critique n'est tolérée qu'à fin de la réduire et l'anéantir. L'Entreprise est protégée par une sacralisation plus ou moins consciente de toute création humaine; créer une Entreprise, la diriger, y participer, serait la finalité de l'existence, on ne sait quelle mission divine.
(Bien sûr, Marceau, je t'explique. Oui, brièvement. Je sais, tu as un apéro sous une tonnelle du côté de Nogent dans une heure. Mais tu as le RER, qui fonctionne si bien, alors ne stressons pas).

Un bonbon
Que l'Entreprise soit le bonbon de notre époque, rien d'anormal : on promet à qui veut l'entendre, pêle-mêle, le bonheur, l'épanouissement matériel et personnel, l'affirmation de soi, le triomphe de l'individu-roi, avec elle, l'Entreprise, pour terrain unique imposé, cour de récré et jungle à la fois, appât si séduisant pour tant de petites avidités. Illusion. Alors on y va. Dents longues et acérées pour les un(e)s, autoritarisme personnel ou arbitraire bien affûtés, avec, pour prétextes justificatifs, le résultat net, l'espoir de reconnaissance personnelle, le gain. Le bonbon. Pour les autres : obligation de suivre. Parmi eux, peu nombreux ont le goût de la morale et de l'honnêteté, mais ils existent...

Les organisations collectives, les constructions d'intérêt commun, l'enthousiasme qui ne déchaîne pas la concurrence étaient bons pour "avant", Marceau. Le système auquel nous pensons (le premier d'entre nous qui le nommera aura gagné) a fait place nette, l'Entreprise est Reine.
Elle est "la" valeur étalon du capitalisme moderne, vache sacrée débarrassée des règles, des droits sociaux et des syndicats, montrée en exemple à la société. Elle, la société, structurée en France par l'Histoire et la culture républicaines, par des valeurs individuelles et collectives issues de tant d'expérimentations enthousiasmantes et douloureuses, est sommée de faire allégeance à ce qui n'a ni Histoire ni culture, qui n'en a d'ailleurs rien à faire, un machin rivé sur le court terme, sans autre finalité qu'elle-même, sans autre valeurs que la création de richesse et sa plus inégale répartition.

Même le PS?
Tout récemment encore, effet des années quatre-vingt et de l'hyper-libéralisme qui ont installé son pouvoir exorbitant, l'Entreprise, qui l'eût cru, a aussi annexé le Parti Socialiste. Le PS entrait, depuis 1983, dans un rapprochement/retrouvailles avec sa vieille maîtresse social-démocrate européenne, ceci expliquant bien celà. Discours du retour à l'Entreprise, à la création de richesse, au silence dans les rangs; même le CERES, sur la fin, en avait toléré le diktat - tout en pariant vainement sur une mobilisation citoyenne simultanée pour en contrebalancer l'influence.
Mes anciens "Camarades" paraissent être revenus de leur addiction. Après nombre de départs du PS ou de ses périphéries, instances dirigeantes comprises, vers des postes haut-placés dans le privé; confèrent Frédérique Bredin, passée du secrétariat national du PS au groupe Hachette, ou Jean-Bernard Lafonta, du cabinet de Ségolène Royal à Wendel investissements...

Reste que l'idéologie de l'Entreprise-Reine a construit sa propre officine de pression idélogico-médiatique. Lève l'ongle de ton petit doigt pour objecter contre l'Entreprise, du plus simple au plus complexe, et les obligé(e)s économiques et politiques du medef envahissent écrans, journaux, internet, une haie d'honneur prête pour leur Reine absolue.

C'est dire si le sujet est encombrant, et s'il est ardu, voire inconcevable, de mettre l'Entreprise en question.
Or, voilà le hic : il ne s'agit pas de l'abolir, mais bien de la questionner. Pour ses thuriféraires exaltés, c'est blanc-bonnet et bonnet-blanc.
Sacralisation...

Mais c'est vieux comme Hérode, l'Entreprise! Il a toujours fallu un ferronnier, un maréchal ferrant, une laitière, il nous faut de l'industrie et des services aujourd'hui et qui s'opposerait (en dehors des soviets, jadis) à ce que tout ce monde-là s'assure de la marge pour vivre?

Faut-il pour autant que les modèles de l'Entreprise s'imposent à la société?
Faut-il au passage faire table rase des modèles sociaux, solidaires, non-financiers?
Pourquoi l'ambiance, à l'intérieur des murs des entreprises, est-elle à la soumission et à la répression? L'Entreprise est-elle zone de non-droit civil?

Oui, bien sûr, que fais-je de décennies de luttes sociales qui ont abouti à tant de conquêtes, congés payés, réduction du temps de travail, droits syndicaux et sociaux...
C'est un fait, mais ça n'est pas le sujet.

Le sujet tourne plutôt autour de l'organisation de la société. En gros, ce qui fait qu'en dépit de toutes ces glorieuses conquêtes sociales, explose le concept de "souffrance sociale"; innocente, l'Entreprise, alors que toutes les valeurs ou pseudo-valeurs qui mettent l'humanté à genoux sont puisées dans son modèle?

Allez, j'arrête.
Je viens d'apprendre que les salarié(e)s des Galeries Lafayette, après ceux du Printemps, sont obligés de travailler le 14 juillet. Effacée, la fête nationale. Effacée, la Nation. Vive le shopping.
L'illusion est maîtresse : tant et tant s'époumonnent, "pas d'erreur, ils travaillent sur la base du volontariat, personne ne les oblige!" Et puis non. Ils peuvent ne pas travailler, mais s'ils ne travaillent pas, c'est une journée de salaire en moins.
Et, tiens, Marceau, à Ikea, ils, les salariés, peuvent ne pas travailler le dimanche... sauf si une majorité accepte de travailler. Auquel cas, allez, au boulot. Et tant pis pour la famille, tant pis pour le temps, le rêve, l'insouciance.
Le 1er mai n'a qu'à bien se tenir.

J'arrête. Ca vaut mieux. Je finirais pas m'énerver, Cathrine n'aime pas ça.

dimanche 5 juillet 2009

Petits pois, épopées de guingois

"Si brave est le marché
Qu'on ne brave pas le marché"

Rappelez-moi leur nom, déjà?

Il était une fois l'orchestre du club des Coeurs solitaires du sergent Poivre.
Je suis le morse, Marceau, aussi sûr qu'une dinde froide.
Pas de héros de la classe ouvrière sans oignon de verre.

Dès que tu nais, ils te rabaissent
Et te privent de ton temps, en dépit de tout.
Jusqu'à ce que la douleur soit trop forte, tu ne ressens rien.
Un héros de la classe ouvrière, çà existe bien.

Le morse du Dakota enterre un âne, rien de mieux à faire. Il dit que rien ne changera son monde. Il faudrait que je vous fasse rencontrer, Marceau, tu aurais à lui en dire...
Mais, radin Monsieur Moutarde, ne me laisse pas tomber.

Tu peux me parler, si tu es seul tu peux me parler.

samedi 20 juin 2009

Comité de vigilance des Intellectuels qui kiffent grave

"Le marché nous est cher"

Cher Marceau

Un Comité de vigilance des intellectuels anti-spectacle, comme il y eut, jadis, le Comité de Vigilance des Intellectuels anti-fascistes. Ca s'imposerait, mais n'y pensons pas.

Once upon a time Bernard Marc Henri Musso Guillaume Levy
L'intellectuel de supérette de ce siècle d'or convole avec les caméras et appareils photos, avec la surface, le vide; pour être dans la modernité, s'entend... Quoi? Pour ses grasses opportunités marchandes? Rien compris ! Quel ringard tu fais, Marceau..

Que le théoricien du Tout est possible se rassure, une arrière-garde tient haut le fanion. Régis Debray, célèbrant Stéphane Essel (dans "L'instant fraternité"); autour d'eux, le plus loin possible l'un de l'autre, Alain Finkielkraut ou Michel Onfray (merci de ne pas leur dire qu'ils sont ici côte à côte). Aux Etats Unis, Noam Chomsky (pire encore...). En Suisse, Marc Bricmont. Sans doute beaucoup d'autres.

Mon cher Pivert, dans ce vide sidérant où ne surnagent que quelques hauts Esprits, la plus haute des avant-gardes, ce sont sans doute "des" Libraires. Ils ne se veulent pas intellectuels, ou pas tous, mais font tourner la machine à imaginer et à penser, en vendant des Livres.

Once upon a time les Livres
On a annoncé la mort du Livre dans les années 80; trente ans plus tard, c'est dur mais il résiste, tant bien que mal, en France en tout cas. Le nombre de Librairies récemment disparues en Allemagne et en Angleterre est vertigineux, moins fort en France mais le drame est au coin de la rue. Où il nous manque des Libraires et où les Livres ne se vendent pas. Comme à Sevran, ma ville, une ville sans Librairie.

Ca n'entraîne pas nécessairement la disparition de la lecture ni des Livres, encore qu'il y ait débat là-dessus. Mais une culture du temps long, de la patience, de la lenteur, s'émousse à la vitesse de la lumière, la Librairie en est devenue le sanctuaire menacé aux côtés des Théâtres et des Musées.

Once upon a time la loi Lang
Une des plus grandes lois de ces 30 dernières années a été adoptée en août 1981. Réjouis-toi, pour une fois, Marceau : elle était d'inspiration socialiste, quoique portée par nombre de grands esprits. La loi Lang sur le prix unique du Livre a pointé un danger culturel et économique, donc politique : un ministre giscardien, René Monory, avait libéralisé le prix des Livres en 1977, et introduit une concurrence sauvage et inégale entre Libraires et grosses surfaces, menaçant les premiers et laissant tous pouvoirs aux secondes, dont tout laissait penser qu'elles ne s'encombreraient pas de création ou de fonds, pas assez rentables. La loi n'a pas sauvé les Livres, elle n'a pas fait disparaître les gé-èsse-èsse (on ne le lui demandait pas. Même si...), mais fourni aux Libraires un outil pour vivre, ou survivre, selon les cas. Le Livre restait une marchandise, mais on prétendait à travers la Loi que sa nature-même et son contenu justifiaient une commercialisation à part (on dirait "régulée" aujourd'hui), protégeant le créateur à un bout de la chaîne et le Libraire à l'autre bout en imposant un prix unique de vente.



(photo prise à la Maison des Amis des Livres, la Librairie d'Adrienne Monnier rue de l'Odéon)

I'm a poor lonesome VRP L'auteur de ces lignes était représentant en Librairie de 1990 à 1998; des années plus tôt, jeune militant socialiste, employé d'une grande et prestigieuse Librairie parisienne, le vote de la loi Lang lui avait donné l'orgueil de sa carte de Parti; vint la deuxième et hideuse campagne présidentielle de Mitterrand, le traité de Maastricht et la guerre du Golfe, qui eurent raison de sa patience.
Un moment capital de ce temps d'arpentage des pavés parisien et banlieusard, et de visites aux Libraires, fut justement sa rencontre avec eux.


Once upon a time la banlieue
La banlieue parisienne abritait au début des années 90 quelques jeunes et fougueux Libraires appelés à succéder à Georges Dupré ou autres grands professionnels. Il y avait (il y a toujours) Jean-Marie Ozanne, créateur de "Folies d'encre"à Montreuil, Gérard Collard, co-fondateur avec Jean Casel de "La Griffe Noire" à Saint-Maur, il y avait, il y a toujours depuis 1980, Francis Geffard, créateur de "Millepages" à Vincennes.



Les trois, remarquables d'engagement pour les Livres, de pugnacité, d'opiniâtreté, dans une époque de mutation où la Fnac croissait, se démultipliait, suscitait déjà des douleurs faciales et estomacales.

C'était un privilège, de proposer des Livres ("défendre!", dixunt les manageurs qui démanagent), certains de haute tenue et de très prestigieux Auteurs (on en taiera la proportion), à des Libraires, dont les trois sus-cités, qui attendaient que je leur parle autant de contenus que de potentiels de vente, sans doute moins des seconds que des premiers, quoique...

Je me voulais vendeur, d'esprit critique et rêveur. Cumul d'hérésie et d'incongruité, pas trop à ma place. On ne me payait pas pour l'esprit critique, encore moins pour le rêve, mais on ne se refait pas, je ne savais pas faire autrement.
Tu saisis, Marceau ? Tout restait possible.

Chacun des trois était Libraire à sa manière.
Collard pointait chez les archi-rebelles, anars-grognons, critiques insatiables rictus narquois en prime, l'épiderme parlait fort et juste et ça déchirait tout (oui, ça "déchirait". Je t'expliquerai, Marceau) y compris à la télévision et en évitant (presque) le spectaculaire. Ozanne était passé de 25 m2 au centre de Montreuil à X fois plus quelques mètres plus loin, il s'est encore agrandi depuis, il portait un militantisme littéraire mâtiné de gauche libertaire qui paraît ne pas l'avoir quitté; Geffard enfin, parti lui aussi de 20 à 30 m2 au centre de Vincennes, X fois plus aujourd'hui lui aussi, Libraire-Editeur lui aussi, ne mettait en avant que son Entreprise, sa rigueur opiniâtre et un volontarisme tranquille et sans limite.

Rien, strictement rien en commun entre ces trois-là, sinon un acharnement de galériens à lire, vendre des Livres et convaincre de leur valeur. Du travail de long terme, de temps, de jugement, de coups de gueule (contre les banques, les Editeurs, les représentants, des auteurs, les propriétaires de baux, des clients, des concurrents, parfois des employés, les élus, les politiques, tout le monde, n'importe-qui) à rebrousse-poil d'à peu près tout et vraisemblablement sans en avoir conscience.

Le réel, une réalité comme une autre Raison pour laquelle ils ont leur place dans le réel, un réel qui apprend et se transmet, de la vraie valeur en somme. Mais qu'entendez-vous par là? (une retraite-chapeau à qui fournira la réponse de Pierre Dac). Le spectacle industriel et médiatique défie et dénie le temps, aux masses assujeties il transmet une fascination morbide pour l'immédiat, sans lendemain, sans conséquence. Des simili-intellectuels qui lui apportent leur caution tablent, en ont-ils conscience, sur leur propre disparition, comme touchés par le virus du no-future. Et trompent, trahissent à tour de bras, en leur nom (mais qu'importe) et, hélas, au nom de la Littérature et de Livres qu'ils prétendent servir.
La Librairie a les traits de la vraie vie. Pas de valeur-travail sans des pages à tourner et vice-versa. Il faut de l'imaginaire à y butiner, des idées à mettre en cause ou affirmer, Marceau, c'est un monde, les Librairies sont des endroits clos et pourtant les seuls où l'on se prenne à respirer.
La valeur doit se trouver là.

Disney, Dreamworks ou Lehman Brothers ne devraient pas devenir le nom d'une Librairie avant longtemps, si tant est qu'il reste des Librairies dans longtemps. Si tant est qu'eux-mêmes arrivent à tromper le monde encore longtemps.

Marceau, on prend les paris.

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