mardi 8 décembre 2009
Arbre fruitier, branche sèche
Violence de la pitié"
Cher Marceau
Ce matin l'esprit a flâné; un peu valdingué aussi, comme beaucoup d'autres matins. Un ciel couvert, une pluie insistante sur les jardins, le spectacle tranquille de la Mère et du Fils qui déjeunent, voilà que le rêve s'enclenche : arrêt derechef des compteurs, temps rebâti au pied d'un arbre, assis sous les rayons d'un soleil timide. Deux yeux à la conquête du plus petit intérêt possible, capteurs de rien ou presque, deux oreilles fermées à tout ce qui n'est pas le vent ou la cavalcade d'un chat sur la pelouse; une sonnerie, l'heure d'un verre en commun autour d'une table.
Mais voilà... Un mort illustre du 8 décembre prophétisait il y a bientôt 40 ans que le rêve était fini. Ah, le canaillou. Non, non, illustre Marceau ! (Oui, toi, illustre aussi. Tu l'eûs été plus en tombant sous les balles d'un déséquilibré au pied de ton immeuble, comme Lennon, mais nul n'est parfait...) Et donc à toi, Marceau, illustrissime inconnu cher à mon passé militant, je précise : il ne s'agissait pas de la mort du rêve socialiste. Non. Plus large, plus complexe. En
1970, l'artiste croulant sous les devises gave ses inconditionnels d'états d'âmes choisis, dans un morceau qu'il intitule "God"; en gros, j'étais un monstre sacré de l'industrie du spectacle, maintenant rangez vos rêves au vestiaire, naphtaline conseillée : je suis moi-même.
C'était deux ans à peine après 1968, six ans à peine avant le démarrage de la mondialisation économique. Etait-il à ce point visionnaire qu'il eut la préscience de deux fins, celle du mythe-déluge d'imaginaire bâti autour de son orchestre, celle aussi de vingt-cinq ans d'après-guerre, prélude à l'entrée dans le tunnel mondialisateur?
Je ne suis pas loin de le penser. Parce que c'était un artiste, précisément, un barde immense et attachant. Le seul à ma connaissance qui, arrivé à trente ans plus riche qu'il l'avait jamais espéré, évoquait les ouvriers, les petits, leurs écrasements, leurs humiliations, comme un froid et triomphant "je ne les oublie pas". Ca s'appelait "Working class Hero".
Je suis sous l'arbre, le Livre à la main.
La chape de fatigue des jours anciens de confusions et d'angoisses se pulvérise dans l'air.
L'envie d'ouvrir les yeux à nouveau et de les refermer à la plus petite envie, sans la dictée du temps.
Tu vois, Marceau, le rêve fini recommence toujours.
dimanche 15 novembre 2009
MISSILE DE CROISIERE
On se retrouve après des mois...
On n'imagine pas tout ce qui peut se passer dans une Ville où il ne se passe rien.
Enfin, presque rien.
Le cadre : Sevran. Ville de banlieue, éligible au rang de chair à pâté pour la crise endémique du capitalisme. D'un côté : quartier pavillonnaire, canal, centre-ville; centre commercial, des PME, des Cités ghettos de l'autre. Avec le chaos, on devine de quel côté, plein de jeunes sans emploi ni ressources, une population dans le rouge économiquement et socialement et des finances locales dans le rouge-vif.
Donc, il ne se passe rien, sauf...
... Sauf quand les Cités implosent, sauf quand un Maire élu en 2001 (il en a déjà été question ici) ne se résout pas à diriger une ville mourante et en asphyxie financière. Huit ans après son arrivée, la Ville ne meurt plus, ses finances sont toujours fragiles mais la Ville commence à croire en l'avenir. Travail local titanesque, offensive un peu folle, irraisonnée, pour l'inclure dans les plans départementaux et nationaux de redynamisation des banlieues...
...Yes, he can, en quelque sorte.
Pardon, Marceau, ça signifie, en gros : oui, il (le Maire et son équipe)l'a fait.
Le reste est peu de chose comparé à ce qui précède, mais ça a bien occupé les mois d'octobre et de novembre : l'éternel jeune Maire, qui fut élevé au biberon post-bolchévique, se sentait depuis longtemps dans la maison communiste comme la chèvre chez Monsieur Seguin. On la fait courte : un beau matin il signifia son départ au taulier Colonel Fabien (à la taulière, précisément)et alla se lover dans des bras verts et attendris. Traduction : à l'approche des élections régionales, l'ex-communiste a déménagé chez Europe Ecologie.
Gasp.
La chèvre de M. Seguin s'égarait, se perdait, allait vendre son Ame à des loups écolos souriants qui allaient le hacher-menu pour en faire du transgénique Monsanto, ou je ne sais quoi d'encore plus satanique.
Notre mission, si nous l'acceptions, était claire : nous, qui pourfendons depuis des lustres ce tas de gugusses verts qui te vendent leurs petits oiseaux contre la conversion de tes idées socialistes en bouillabaisse libérale, nous donc, allions ramener notre chèvre chez le Camarade Seguin. Allez, ouste, finie la récré, retour à la maison-mère faucille et marteau, dictature du prolétariat à tous les étages et mur de Berlin transposable entre la place Gaston Bussière et la place Crétier. Sauver le soldat S.G. malgré lui. Si notre mission échouait, le département d'Etat nierait avoir eu connaissance de nos agissements.
Pfff... Je rigole aujourd'hui, Marceau, plus qu'il y a quelques jours.
C'est que, pour moi, ces gugusses verts n'ont jamais incarné de grandeur politique. Sérieux, Marceau, la cause écologiste, le rééquilibrage de la vie en faveur de la préservation de la planète, était visionnaire et juste, mais ils l'accompagnaient d'un bagage idéologique qui te faisait préférer un EPR à un champ de patates douces. C'est dire. Individualisme à tout crin, opposition aux Etats au profit des régions, gloussements attendris devant la mondialisation libérale et mariage en grande pompe avec l'anti-totalitarisme post-soviétique façon gauche-caviar, théories éducatives inchangées depuis 1968 (le fameux "L'enfant au centre du système éducatif" de Meirieu), c'était lourd, lourd...
Et puis, patatras, j'ai des convictions. Sans études ni culture scientifique, sans doute pourquoi je m'y accroche mordicus comme on s'accroche à l'unique et petit pécule qu'on possède. De ces convictions-planches de salut qui aident à se repérer dans un univers difficile, faute de mieux, et, au détour d'une envolée lyrique, aident à exister. A compter, si peu que ce soit.
Je perçois trop l'évidence du collectif, terre d'accueil d'un individu libre et indépendant, pour accepter l'individualisme qui voit l'être humain en perpétuelle et ivre conquête du monde et des autres; j'ai trop accepté l'idée d'un individu universel au sein d'une patrie républicaine et universaliste pour en accepter l'enfermement dans des régions-alvéoles, terreaux de féodalité; l'opposition aux systèmes totalitaires a été mon creuset, effet de ma vie de fils d'un rescapé des pays de l'est dont la famille restait prisonnière de l'Ubu/Kafka stalinien; mais le rescapé polonais qui rêvait de capitalisme occidental en fut une victime, sans doute la raison pour laquelle l'anti-totalitarisme relativisant le capitalisme m'a toujours paru une ignominie.
Et le non-régionaliste ne peut occulter cette idéologie mille fois funeste, sussurée timidement aujourd'hui par Europe Ecologie quand c'était un étendard il y a encore peu, d'une Europe-coalition de régions libérées des jougs nationaux et étatiques.
Je ne sais pas le dire autrement, ni mieux.
Je sais, tant pis pour moi. Ne hausse pas les épaules comme ça, Marceau, ça arrange quoi? J'ai même adhéré à un jeune Parti, numériquement faible, avec une poignée de militants déjà à bout de souffle et des finances déjà au plus bas. Mais, bien pire : en contradiction frontale avec le choix du Maire et de ses proches... dont mon propre Fils.
Le fracas de l'annonce est aujourd'hui retombé sur une Ville tétanisée, si pauvre en échanges intellectuels et politiques et si incapable de saisir l'événement au bond pour, enfin, générer du débat ou de la querelle. Il y avait matière. L'agoniste majeur de l'affaire s'est contenté d'articles de journaux et d'un courrier dans les boîtes aux lettres; ville toujours aussi vouée à la pauvreté entretenue, comme mue par la confiance et la bienveillance mutiques envers son magistrat. Prochaines étapes : la campagne électorale, l'élection régionale.
En attendant : silence.
Du coup, mes oreilles résonnent de deux musiques dissonantes, chacune m'est chère, et mon souci obsessionnel du rapprochement m'a fait les unir pour n'en faire plus qu'une, et aboutir à une idée définitive sur ma petite et modeste pratique militante.
La première est une voisine de palier, une affinité biologique particulière si chère et proche, une sarabande, une fanfare qui zim-boume à chaque double-croche. Elle m'enjoint de troquer mon rétroviseur - en clair, mes préjugés - contre la vision de ce qui vient : une nouvelle écologie politique, subvertie de l'intérieur par ses nouveaux ralliés, reprenant le corpus "de gauche" et cassant les vieilles machines politiques structurées à la bolchévique (dont la mienne...)pour amener une gauche nouvelle majoritairement écolo au pouvoir via des élections primaires.
... Et bing, voilà le Chevalier Bayard déplumé, privé de peurs, de reproches, et de ses toiles d'araignée mythologiques et séculaires : la vieille République incantatoire, le sauvageon, Lénine, la Mère Denis, le nuage de Tchernobyl repoussé par la ligne Maginot... Seule issue : le refuge dans un éco-quartier du Larzac.
L'exécutant de cette première musique, part si intégrante de moi-même, n'imagine pas l'ambivalence étrange de sa partition... Non que sa promesse de renouveau ne me soit chère, après tout c'est son avenir, elle est le terrain de son épanouissement et de sa réalisation, rien qui puisse importer plus; et l'urgence de sauver ce qui peut l'être devrait tout primer. Mais voilà. Le zim-boum, la fougue, l'enthousiasme, on efface tout, on tourne les pages, "ring out the old-ring in the new" et fermez le ban... Est-ce ma partoche décalée, est-ce mon exacerbation maladive, est-ce ma peur d'enfant face à la certitude sans borne et l'absence de tout doute, face à toute marche forcée... Quelque chose me pousse à crier au danger face à un scénario aussi conquérant et parfait.
Voilà que je deviens Jérémie sur les murailles de Jerusalem... Moi. Un comble.
Ou bien est-ce la réalisation de cette infériorité extrême, autrement appelée solitude, pour exprimer des choses si intimement ressenties ?
Et puis, Marceau, une deuxième musique me met en garde. Imagine la scène : mon agit-propard et moi, face à face. Distribuant des tracts l'un face à l'autre ou contre l'autre. Recouvrant nos affiches respectives. Chacun enjoint d'approuver des discours enflammés contre nos deux camps respectifs... Intenable, Marceau, en tout cas pour moi. Raison pour laquelle, mon politiste ayant dégainé le premier et puisqu'il ne peut y avoir de place pour deux dans l'arène, je me dois de lui laisser la place. La musique de fond ? Une béatitude comme Mozart savait bien en faire, mêlée à la Pathétique de Beethoven. Quelque chose de suffisant pour aimer vivre et panser/penser. Qu'une défaite supplémentaire de la pensée ne soit pas une défaite du pansement, et vice-versa.
Voilà, je me mets en retrait du si petit théâtre où j'agitais mon hochet néo-jauressien. Je m'asseois et regarde la roue tourner, tourner, j'aime la voir tourner; je ne suis plus dans le manège, je le laisse aller.
C'est du John Lennon.
dimanche 18 octobre 2009
Des primaires déprimantes (2)
LES PRIMAIRES, UN VOL AU VENT FUTURISTE CONTRE LA MISSION ET LES DEVOIRS DE LA GAUCHE
Alors que l’interrogation sur l’avenir des gauches est dans toutes les têtes, d’aucuns ne voient d’avenir que dans des élections primaires. Ils font l’économie de tout questionnement sur la perte par une certaine gauche, socialiste en particulier, de sa substance politique, et sur les moyens d’un retour à ses valeurs : l’ombre plutôt que la proie, délaisser le fond du problème au bénéfice d’une pure mécanique électorale, tel est le lourd soupçon qui pèse sur cette vague futuriste des primaires.
Côté PS, mais aussi parmi des militants en rupture de Partis tentés par des courants périphériques, ou jeunes non-organisés, est occulté le fourvoiement social-démocrate, libéral, obsédé de pragmatisme, qui a, aujourd’hui et pour longtemps, disqualifié la gauche non-communiste de l'après-guerre froide. Un refus du devoir de mémoire, accompagné de la désertion d’un front pourtant capital : l'entreprise et les salariés. Un front qui devrait capter la combativité et l’intelligence de la gauche, au lieu de quoi il n’est que sur-gestion des enjeux électoraux, présidentiel en particulier, à travers les primaires... « Primaires à gauche », et, simultanément, esquive de l’impératif d’accompagnement du monde du travail : on n’est donc pas au bout des logiques d’échec, et, à lui imposer ainsi de marcher sur la tête, on paraît courir après l’effondrement définitif de la gauche.
En marge des Partis, parmi les militants autonomes partisans des primaires, subsistent des vitalités de gauche qu’il faut saluer. Dans les banlieues, quartiers et associations, ils inscrivent au palmarès de la gauche de fortes efficacités locales, un véritable honneur, mais autant de pansements au capitalisme qui n’accouchent d’aucun modèle politique général.
Tirant la leçon de leur désarmement théorique et idéologique, des élu(e)s et associatifs de gauche se sont emparés avec brio du seul domaine que la mondialisation libérale leur a abandonné : le sauve qui peut.
Sauve qui peut le collectif, la ville, le chômage. Défense de valeurs sociales et culturelles, recherche d'un modèle urbain équilibré : une gauche "de terrain" réalise des miracles, contient les digues économiques, sociales et urbaines à bout de bras et de volonté; l’incendie de la tour La Pérouse à Sevran (seine saint Denis) en août dernier, qui a fait cinq victimes, a montré les trésors de mobilisation et d’ingéniosité de cette « France d’en bas » face à l’essentiel, l’inégalité des richesses et des territoires produisant des drames intolérables. Des milliers d'exemplarités locales se déploient ainsi, sans qu’en émerge un modèle ni une exemplarité de gauche.
Parallèlement, dans et pour l’entreprise : rien, ou presque. Au milieu d’une précarité sociale en généralisation, les salarié(e)s, en particulier bénéficiaires d'un CDI, doivent se convaincre de leurs privilèges : ils travaillent, leur salaire "tombe". Fermez le ban. Tant et tant de politiques de gauche imbibés de doxa libérale ont fait à leur tour de l'entreprise une vache sacrée, et traînent derrière eux trop de mauvaise conscience du chômage de masse pour ne pas éprouver de lâche soulagement en sachant tous les matins des salarié(e)s en route vers les entreprises… et en les y oubliant.
Activisme de « terrain » d’un côté, abandon de l’entreprise et du salariat de l’autre, refuge dans la combinazione version "primaires" : ainsi s’abîme la gauche.
Le combat contre le chômage doit évidemment être une priorité absolue. Il faut recréer de l'industrie et des emplois salariés. Mais il faut aussi que la vie dans l’entreprise change; trop peu d' écharpes tricolores d'élu(e) s fréquentent les sorties d'entreprises pour parler aux salarié(e)s, constater combien, sous la pression économique, la qualité du travail, leur moral, se dégradent, combien se creuse l'indifférence du monde du travail à l'égard d'un monde politique de gauche oublieux de ses devoirs, et combien les salarié(e)s s'en remettent à l'idéologie dominante pour se tracer un horizon : compassion pour l’entreprise puis investissement total, au risque d'y laisser leur vie privée, adhésion à l'individualisme, la compétition ressentie comme "inévitable", le discours de concurrence s'introduisant partout. Ainsi les salarié(e)s se sentent délié(e)s de leurs obligations citoyennes et plus largement politiques. L’effondrement qui guette la gauche, s'il en reste une en dehors de l'"autre gauche", c'est celle de la fermeture définitive de sa base sociale théorique, quoique naturelle, à son discours et à elle-même.
La gauche officielle a pourtant eu une occasion d’entendre un message plein de sens, pendant la crise du CPE : une forte majorité de jeunes, sondés sur leurs attentes quant à l’entreprise, exprimaient le vœu sans nuance d’intégrer le secteur public. Pareille défiance à l’égard du privé de la part des futurs constructeurs ("acteurs", disent nos modernes) de l’économie aurait dû attirer l’attention générale ; il n’en a rien été, ni évidemment côté Medef et Croissance Plus, ni du côté des hiérarques socialistes, ni chez les « autonomes » de gauche.
Il y a pire : hormis des sociologues ou sondagiers appointés, plus personne dans la gauche officielle ne porte le fer contre le malaise salarial, hormis pour réclamer plus de pouvoir d’achat sans paraître y croire une minute. La consommation de psychotropes n'est que statistique récurrente, comme les dépressions en chaîne, le temps et les moyens de voir venir les suicides liés au travail sont un luxe que nul n'est plus en mesure de s'offrir. Après tout, tant qu'il y a production, il y a de la vie et de l'espoir.
... Et puis, les salarié(e)s ont des syndicats. Laissons-les se débrouiller entre eux, tel est en substance le message de nombre de hiérarques "de gauche", qui oublient le faible nombre de syndiqué(e)s, le surmenage des élu(e)s, leur liberté syndicale à conquérir tous les jours face à des DRH oublieux de toute souplesse.
Trop d’intériorisation du chômage de masse, à laquelle elle a contribué, a fait déserter la gauche de l’entreprise, son champ de bataille naturel.
Il s’est trouvé des candidats aux élections européennes pour aller aux portes d'entreprises menacées de fermeture ou de restructuration, et dresser des passerelles entre les discours des salarié(e)s et les leurs. Pour passer aussi prendre la température sur des sites non-menacés, s'intéresser à l'inquiétante expansion des nouvelles industries du tertiaire, telles les plateaux d'appel, productrices de précarité, de caporalisme social, d'humiliations et de stress, pour des salaires dérisoires.
C’est cette voie qu’il faut poursuivre, de façon méthodique et sans attendre des élections. L'exigence d'amélioration du travail, les rapports de force dans l'entreprise, doivent rester un apport prioritaire dans le discours économique de gauche. Pas d’autre moyen pour qu’elle recommence à unir à elle tant de ses électeurs qui s’en sont détournés par crainte de l'abandon face à une économie anxiogène et parfois meurtrière.
Ainsi les choix électoraux majeurs ne reposeront plus sur des débats techniques mais sur un authentique contenu politique.
C'est ce à quoi doit se consacrer une base politique de gauche, plutôt qu'à s'abîmer à gâcher du temps et de l'énergie à déterminer les formes de la désignation d'un candidat à la présidentielle via des « Primaires ». Une certaine gauche ne doit plus aspirer à sa disparition mais à repenser un modèle de gauche. Et il y a du travail.
lundi 28 septembre 2009
Des primaires (déprimantes?)
Il n'est plus de gauche que spectrale, fond sur l'Europe le fantôme de ce qui fut une grandeur humaine : de hautes idées solidaires et fraternelles innervant des Peuples, une fierté individuelle collective et contagieuse de les servir et les défendre ensemble, qui réalisait la soudure de tant de gauches différentes, le rassemblement républicain et l'appropriation de la Nation... Tant de fourvoiement social-démocrate, libéral, obsédé de pragmatisme a pour longtemps disqualifié la gauche de l'après-guerre froide; celle-ci, en France en tout cas, n'en a pas eu assez : en sur-gérant les enjeux électoraux, présidentiel en particulier, en désertant un front capital qui devrait capter sa combativité et son intelligence, l'entreprise, la gauche française court toujours après son effondrement définitif.
Tirant la leçon de leur désarmement théorique et idéologique, certaines gauches se sont emparées avec brio du seul domaine que la mondialisation libérale leur a concédé : le sauve qui peut.
Sauve qui peut la ville, sauve qui peut le chômage. La défense du patrimoine social et culturel, fruits de deux siècles de construction héroïque, la recherche d'un modèle urbain équilibré, se heurtent à un courant compulsif, attisé par le capitalisme, d'individualisme et d'insouciance de l'environnement naturel et humain, menaçant la solidarité, la répartition, la recherche mordicus et simultanée de bonheurs individuels et de solutions collectives aux problématiques et contradictions de la vie. C'est ainsi qu'une gauche "de terrain" réalise des miracles, contient les digues économiques, sociales et urbaines à bout de bras et de volonté; c'est ainsi que des milliers d'exemplarités locales sont et demeurent leur propre fin, et s'interdisent de constituer un modèle. Car pour une gauche mentalement vaincue et désertée par la fierté, tout modèle est par avance suspect.
Parallèlement, dans une précarité sociale en généralisation, les salarié(e)s, en particulier bénéficiaires d'un CDI, se convainquent de leurs privilèges : après tout, ils travaillent, leur salaire "tombe". Tant et tant de politiques de gauche ont assez ingurgité la doxa libérale des années 80 qui a fait de l'entreprise une vache sacrée, ils ont trop sur la conscience le chômage de masse, pour ne pas éprouver de lâche soulagement, muet, honteux, en sachant tous les matins des salarié(e)s en route vers les entreprises. Manuel Valls le rappelait encore, le jour d'un suicide à France Télécom : "C'est l'entreprise qui créé la richesse". Fermons le ban.
Nul doute que le combat contre le chômage soit une priorité absolue, pas moins de doute qu'il faille recréer de l'industrie et des emplois salariés; encore moins de doute que trop peu d' écharpes tricolores d'élu(e) s fréquentent les sorties d'entreprises, pour parler aux salarié(e)s, constater combien, sous la pression économique, la qualité du travail, leur moral, se dégradent, combien se creuse l'indifférence à l'égard d'un monde politique de gauche oublieux de ses devoirs, et combien les salarié(e)s s'en remettent à l'idéologie dominante, celle de la compassion puis de l'investissement total dans l'entreprise au risque d'y laisser leur vie privée, pour se tracer un horizon, se sentant déliés de leurs obligations citoyennes et plus largement politiques. L''effondrement qui guette la gauche, s'il en reste une en dehors des composantes de l'"autre gauche", c'est celle de la non-perception définitive de son discours par sa propre base sociale théorique.
Pire : hormis des sociologues ou sondagiers apointés, plus personne dans la gauche officielle ne se donne la peine d'émettre un diagnostic de malaise social, la consommation de psychotropes n'est que statistique récurrente, comme les dépressions en chaîne, le temps et les moyens de voir venir les suicides liés au travail sont un luxe que nul n'est plus en mesure de s'offrir. Après tout, tant qu'il y a production, il y a de la vie et de l'espoir.
... Et puis, les salarié(e)s ont des syndicats. Laissons-les se débrouiller entre eux, tel est en substance le message de nombre de hiérarques "de gauche", qui oublient le faible nombre de syndiqué(e)s, le surmenage des élu(e)s, leur liberté syndicale à conquérir tous les jours face à des DRH de moins en moins souples.
Un signal fort est venu des élections européennes, quand des candidat(e)s, en particulier de "l'autre gauche", sont allés aux portes d'entreprises menacées de fermeture ou de restructuration forte pour dresser des passerelles entre les discours des salarié(e)s et les leurs. En passant par des sites non-menacés. En s'intéressant à l'inquiétante expansion des nouvelles industries du tertiaire, telles les plateaux d'appel, productrices de précarité, de caporalisme social, d'humilations et de stress, pour des salaires dérisoires. Un modèle, celui-là, sûr de lui et dominateur.
L'"autre gauche" se doit de poursuivre dans cette voie, pour que l'exigence d'amélioration du travail, pour que les rapports de force dans l'entreprise, restent un apport prioritaire dans son discours économique. Ainsi elle recommencera à unir à elle tant de ses électeurs qui se sont détournés de toute gauche par crainte de l'abandon. Ainsi les choix électoraux ne reposeront plus sur des débats techniques mais sur un contenu politique.
C'est bien à ça que doit se consacrer une base politique de gauche, plutôt qu'à s'abîmer à gâcher du temps et de l'énergie à déterminer les formes de la désignation d'un candidat à la présidentielle. Une certaine gauche ne doit plus aspirer à sa disparition mais à repenser un modèle de gauche. Et il y a du travail.
mardi 25 août 2009
UN 23 AOUT A SEVRAN
10 août, 5 personnes meurent dans l'incendie de leur appartement, en pleine nuit, dans un immeuble du quartier des Beaudottes. Histoire comme on en a déjà entendues mille autres, de feux qui se propagent, trop vite, de fumées asphyxiantes, d'une porte d'appartement qu'on ouvre, de la mort qui vient prélever son écôt...

Habitants de l'immeuble et du quartier fuyant, impuissants. Ou tentant de venir en aide à des dormeurs et dormeuses cernés. Dealers déjà à l'oeuvre pour reprendre le territoire en main. Le Maire, le directeur général des services de la ville, sur place, tout de suite (*)
Le feu éteint, les mortes évacuées et les blessé(e)s secouru(e)s, les sinistré(e)s relogé(e)s provisoirement, dans l'attente des démarches de la Ville pour trouver un nouveau toît, la vie continuait. Comme une aberration, après ce qui venait d'avoir lieu."La vie continue", indiscutable fin en soi, injonction indécente à tourner des pages encore noircies, porteuse de la tentation d'oublier; il fallait que la mémoire s'en mêlât, raison pour laquelle était organisée, ce 23 août, une cérémonie de recueillement à la salle des Fêtes de Sevran.
D'une salle pleine de 500 à 600 personnes, s'est élevé un manifeste fort : rien ne justifie qu'on meure en pleine nuit dans l'incendie de son appartement, dans un immeuble où la vie est dure, oppressante, quand la vie et la survie étaient déjà pour les victimes un dur combat de tout instant.
Femmes et hommes dignes, elles magnifiques dans leurs tenues africaines, eux le plus souvent en djellabas.
Une prière collective.
Un discours de l'Imam, un autre discours du rescapé de l'appartement du 6 allée La Pérouse.
De voisins encore sous le choc disent leur culpabilité de n'avoir rien pu faire. Le Maire est là, il prend le micro, voix cassée, dénonce les morts absurdes, les gens qui pourrissent la vie des habitants de l'immeuble, l'absence de tout représentant de l'Etat à la cérémonie. "On se sent un peu seul". Il est remercié par les intervenants, pour sa présence et son action.
lundi 20 juillet 2009
Le temps nous jette à la mer
Le marché nous sourit!"
Marceau, mon très involontaire Camarade, cinq mois que tu es l'invité du présent registre des incertitudes bougonnes et flottements coléreux du gars moi-même. Pas une seule objection de la ligne politique ou des termes employés depuis mars : preuve de discipline socialiste, valeur aujourd'hui enfouie.
Des mouvements de faucons rouges étaient signalés ça et là, jeunes bardés de drapeaux rouges hurlant des "El Marceau unido jamas sera vencido".
Le ministère fermait les yeux mais empilait les indices de l'explosion redoutée; les arrestations étaient planifiées, dont celle d'un jeune conseiller municipal divers-gauche et atomisé de Sevran.
La France voyait, angoissée, se réinstaller un cycle historique, avec pour départ un nouveau front populaire, et, à l'arrivée, la guerre.
La guerre.
Les privations. Plus de Boursin aux fines herbes au rayon "frais" de Carrefour, inconcevable. Tout ça parce qu'un ancien chef socialiste mort depuis longtemps attendait son heure pour une marche triomphale sur la Capitale !
Embêtement : quel vieux Maréchal pouvait bien faire le don de sa personne à la France face à l'adversité? Personne n'avait le profil, mais il s'en trouva quand-même un. "Bonchoir Bédabes, bonchoir bédeboizelles...", poussa-t-il sur TF1. C'en était déjà trop.
On basculait dans le cauchemar pivertiste !
J'ai demandé une protection publique. La menace pesait sur moi, avant tout : appels anonymes, colis piégés ou voitures-suicides jusque dans le jardin de la rue Maurice Berteaux, tout était possible et méritait au minimum la haute protection de la Mairie de Sevran.
Ils n'ont rien fait.
Un premier adjoint au Maire a marmonné, l'oeil absent, qu'on pouvait à la rigueur m'envoyer un garde urbain à la retraite dix minutes par jour ouvrable.
Une honte. Tous des pivertistes.
Pendant ce temps, la presse bourgeoise s'est emparée du dossier. Etat d'urgence? Revanche du marxisme sur un système libéral en crise? Pasqua attendait son heure, on le savait bien.
La réaction anti-pivertiste s'organisait prestement.
Les cercles zyromskistes recrutaient. Mais qu'est-ce qui pouvait bien conduire ces crétins à organiser la résistance au social-fasciste Pivert en envoyant machinalement des armes en Espagne? Soixante-dix ans après!?
Bernard Thibault affirmait dans "Le Monde" qu'il était sorti précipitemment de chez lui en robe de chambre et pantoufles, la nuit précédente, après avoir entendu la voix de Benoît Frachon lui enjoindre de "prendre les armes contre l'hitlero-trotskyste Pivert qui menace des décennies d'acquis ouvriers" (Jean-Christophe Le Duigou en profitait pour ne pas totalement démentir que l'Elysée avait pris contact avec lui. Genre : "fuyons").
Une manifestation place de la République rassemblait trois touristes qui cherchaient la rue de la fontaine au roi.
Emoi parlementaire.
Questions d'actualité au gouvernement. Marie-George Buffet de demander au Ministre de l'intérieur si "les femmes et les hommes de ce pays sauront un jour la vérité". Le Ministre de lui répondre : "Et Kravchenko? Vous voulez qu'on reparle de Kravchenko?"
Chute historique de la Bourse et des cours des haricots à Rungis.
Pivert, je propose un plan de paix en cinq points.
Sans savoir lesquels, peu importe, on improvisera.
Premier point : le blog va redevenir pivertiste. Il s'est éparpillé, j'en conviens. Dont acte, la IIème internationale a pris quelques missiles dans les dents, mais le grand Marceau Pivert ne va pas prendre la défense de ce vieux raffiot dévoré par l'asticot libéral!?..
Deuxième point : je dois préparer une salade de riz pour ce soir, Cathrine m'en ayant fait la demande.
Troisième point, qui n'a strictement rien à voir avec ce qui précède, mais, Camarade Pivert, je suis en congés, et quelque peu en congés de raison : je te présente donc une idole des écrans et des radios de ce début de siècle, un patron, certes, mais, pardon, pas n'importe-quel patron, ah, que non.
Ce patron-là est jeune-beau et moderne, éligible au statut de gendre idéal de la ménagère de 40 à 95 ans. Un mec, Marceau, un vrai. Il s'est mis dans la tête d'en finir avec le vieux conflit capital-travail, sûr qu'un "autre" patronat (qu'il faut appeler "management" aujourd'hui, ça fait propre, dynamique et clinique, ça claque fort) est possible et capable de faire émerger un "autre" salariat (traduis : purgé de la CGT, de FO et de quelques autres). Il a dirigé "The phone house", il siège au CA de Virgin et de Peugeot-Citroën, il a présidé "Croissance plus", un truc moderne et tout, sympa et tout, qui veut améliorer l'image des patrons. Merde, quoi, il veut nous convaincre qu'un patron est comme lui : sympa et tout.Proche de nous.
Proche des gens.
Ce que ni toi, Marceau, ni moi-même n'avons jamais contesté.
J'en ai connu, des patrons de qualité. Un d'entre eux a appris, la semaine dernière, qu'il était démis de ses fonctions de Président d'une entreprise d'Edition qu'il avait portée à un rare niveau de qualité et de rentabilité.
Mais bon, notre jeune et dynamique manager au beurre salé, Geoffroy Roux de Baizieu, est sûr, mordicus, qu'on se trompe tous, que "le système" n'est pas pourri, qu'on manque tous de coeur et de bon sens, et que si on en avait assez "le système" produirait du bonheur à satiété et Besancenot ne franchirait jamais la barre des 10%. C'est sa thèse. En gros.
Voilà, c'était mon troisième point, et comme on ne va pas y passer la nuit, Marceau, il n'y en aura pas d'autre.
Car je reste pivertiste. Ca devrait faire l'affaire.
On signe?
Tu retires les Faucons rouges de mon Jardin? Ils font peur aux chats.
samedi 11 juillet 2009
L'ENTREPRISE N'EST PAS PLUS NOCIVE QU'UN FOIE DE GENISSE
Si bons sont les marchands"
O mon Camarade Pivert
____________________________________________________________________________________Ci-dessus : Marceau Pivert "soutient les grévistes du XVème arrondissement" en 1936 (debout sur l'escalier). De quelle entreprise? Quelqu'un saurait reconnaître? Remerciements par avance, j'ai vécu vingt ans en face des usines Citroën...
_____________________________________________________________________________________
L'absence d'illusion est une des grandes libertés qui nous restent.
L'illusion, promène-couillons par lequel un système vous enchaîne. Les victimes consentantes arrivent à se trouver autonomes, fortes et libres néanmoins, incontestable réussite du fameux système, ou bien elles nient l'évidence de leur enchaînement pour ne pas perdre la face devant la famille, les amis, et continuer de se regarder en face.
Quelle illusion, quel système? Marceau et moi pensons sans doute aux mêmes. Pas difficile.
Non, on ne réécrira pas "Le Capital", que je n'ai d'ailleurs pas lu.
Mais, Marceau, un ancien leader de la Gauche révolutionnaire ne vas pas refuser un coup de gueule à un cadre moyen du privé pris d'une envie violente de casser de l'Entreprise?
Trente ans que je repousse les illusions de l'Entreprise, Marceau, je ne vais pas m'arrêter maintenant.
"Pourquoi l'entreprise?"
Pourquoi l'Entreprise ? Parce qu'on n'en parle pas, ou parce que la critique en est juste tolérée.
Comme une dissidence. Un furoncle. Une verrue. La critique n'est tolérée qu'à fin de la réduire et l'anéantir. L'Entreprise est protégée par une sacralisation plus ou moins consciente de toute création humaine; créer une Entreprise, la diriger, y participer, serait la finalité de l'existence, on ne sait quelle mission divine.
(Bien sûr, Marceau, je t'explique. Oui, brièvement. Je sais, tu as un apéro sous une tonnelle du côté de Nogent dans une heure. Mais tu as le RER, qui fonctionne si bien, alors ne stressons pas).
Un bonbonQue l'Entreprise soit le bonbon de notre époque, rien d'anormal : on promet à qui veut l'entendre, pêle-mêle, le bonheur, l'épanouissement matériel et personnel, l'affirmation de soi, le triomphe de l'individu-roi, avec elle, l'Entreprise, pour terrain unique imposé, cour de récré et jungle à la fois, appât si séduisant pour tant de petites avidités. Illusion. Alors on y va. Dents longues et acérées pour les un(e)s, autoritarisme personnel ou arbitraire bien affûtés, avec, pour prétextes justificatifs, le résultat net, l'espoir de reconnaissance personnelle, le gain. Le bonbon. Pour les autres : obligation de suivre. Parmi eux, peu nombreux ont le goût de la morale et de l'honnêteté, mais ils existent...
Les organisations collectives, les constructions d'intérêt commun, l'enthousiasme qui ne déchaîne pas la concurrence étaient bons pour "avant", Marceau. Le système auquel nous pensons (le premier d'entre nous qui le nommera aura gagné) a fait place nette, l'Entreprise est Reine.
Elle est "la" valeur étalon du capitalisme moderne, vache sacrée débarrassée des règles, des droits sociaux et des syndicats, montrée en exemple à la société. Elle, la société, structurée en France par l'Histoire et la culture républicaines, par des valeurs individuelles et collectives issues de tant d'expérimentations enthousiasmantes et douloureuses, est sommée de faire allégeance à ce qui n'a ni Histoire ni culture, qui n'en a d'ailleurs rien à faire, un machin rivé sur le court terme, sans autre finalité qu'elle-même, sans autre valeurs que la création de richesse et sa plus inégale répartition.
Même le PS?Tout récemment encore, effet des années quatre-vingt et de l'hyper-libéralisme qui ont installé son pouvoir exorbitant, l'Entreprise, qui l'eût cru, a aussi annexé le Parti Socialiste. Le PS entrait, depuis 1983, dans un rapprochement/retrouvailles avec sa vieille maîtresse social-démocrate européenne, ceci expliquant bien celà. Discours du retour à l'Entreprise, à la création de richesse, au silence dans les rangs; même le CERES, sur la fin, en avait toléré le diktat - tout en pariant vainement sur une mobilisation citoyenne simultanée pour en contrebalancer l'influence.
Mes anciens "Camarades" paraissent être revenus de leur addiction. Après nombre de départs du PS ou de ses périphéries, instances dirigeantes comprises, vers des postes haut-placés dans le privé; confèrent Frédérique Bredin, passée du secrétariat national du PS au groupe Hachette, ou Jean-Bernard Lafonta, du cabinet de Ségolène Royal à Wendel investissements...
Reste que l'idéologie de l'Entreprise-Reine a construit sa propre officine de pression idélogico-médiatique. Lève l'ongle de ton petit doigt pour objecter contre l'Entreprise, du plus simple au plus complexe, et les obligé(e)s économiques et politiques du medef envahissent écrans, journaux, internet, une haie d'honneur prête pour leur Reine absolue.
C'est dire si le sujet est encombrant, et s'il est ardu, voire inconcevable, de mettre l'Entreprise en question.
Or, voilà le hic : il ne s'agit pas de l'abolir, mais bien de la questionner. Pour ses thuriféraires exaltés, c'est blanc-bonnet et bonnet-blanc.
Sacralisation...
Mais c'est vieux comme Hérode, l'Entreprise! Il a toujours fallu un ferronnier, un maréchal ferrant, une laitière, il nous faut de l'industrie et des services aujourd'hui et qui s'opposerait (en dehors des soviets, jadis) à ce que tout ce monde-là s'assure de la marge pour vivre?
Faut-il pour autant que les modèles de l'Entreprise s'imposent à la société?
Faut-il au passage faire table rase des modèles sociaux, solidaires, non-financiers?
Pourquoi l'ambiance, à l'intérieur des murs des entreprises, est-elle à la soumission et à la répression? L'Entreprise est-elle zone de non-droit civil?
Oui, bien sûr, que fais-je de décennies de luttes sociales qui ont abouti à tant de conquêtes, congés payés, réduction du temps de travail, droits syndicaux et sociaux...
C'est un fait, mais ça n'est pas le sujet.
Le sujet tourne plutôt autour de l'organisation de la société. En gros, ce qui fait qu'en dépit de toutes ces glorieuses conquêtes sociales, explose le concept de "souffrance sociale"; innocente, l'Entreprise, alors que toutes les valeurs ou pseudo-valeurs qui mettent l'humanté à genoux sont puisées dans son modèle?
Allez, j'arrête.
Je viens d'apprendre que les salarié(e)s des Galeries Lafayette, après ceux du Printemps, sont obligés de travailler le 14 juillet. Effacée, la fête nationale. Effacée, la Nation. Vive le shopping.
L'illusion est maîtresse : tant et tant s'époumonnent, "pas d'erreur, ils travaillent sur la base du volontariat, personne ne les oblige!" Et puis non. Ils peuvent ne pas travailler, mais s'ils ne travaillent pas, c'est une journée de salaire en moins.
Et, tiens, Marceau, à Ikea, ils, les salariés, peuvent ne pas travailler le dimanche... sauf si une majorité accepte de travailler. Auquel cas, allez, au boulot. Et tant pis pour la famille, tant pis pour le temps, le rêve, l'insouciance.
Le 1er mai n'a qu'à bien se tenir.
J'arrête. Ca vaut mieux. Je finirais pas m'énerver, Cathrine n'aime pas ça.
Membres
Archives du blog
Qui êtes-vous ?
- Kujawski
- Quelqu'un qu'on sait être qui il est sans se douter qu'il est plus proche de celui qu'il n'a jamais été.