jeudi 27 avril 2017
JOURNAL DE BORD D'UN INSOUMIS DECHIRE
Cher Ousbek, tu peux croire mon désarroi immense, il l'est; allège-moi au moins du renvoi dos à dos des deux finalistes de la présidentielle. J'ai conscience de leur différence, j'ai aussi l'espoir en l'intelligence et l'humanisme de l'un quand la vision de l'autre me dévaste. Mais le désarroi empire à l'idée que mon suffrage pour le jeune prodige, et sa victoire, jettent encore plus de monde, non tant dans les bras de la blondasse en premier lieu, que dans la dépression individuelle et collective qui fait de tout être humain un danger potentiel pour les autres. Donc un électeur, pourquoi pas un chien de garde actif des fascistes. Scénario des années précédentes qui ne demande qu'à se perpétuer. Désarroi aussi à l'idée que ledit jeune prodige encaisse les voix de "gauche" et, comme tu le relèves, les considère comme à peine plus qu'une rémunération sans contre-partie pour nous avoir évité le pire, démentant l'intelligence et l'humanisme que je lui prête.
Je ne les renvoie pas dos à dos, les deux m'effraient, à des degrés différents il est vrai.
Le scénario Plenel pourrait susciter un choc libérateur. "EM veut les voix des insoumis ? Qu'il leur parle". Trop demander, un peu de garanties plutôt qu'un blanc seing ? Mais, cher Ousbek, tu es le premier à le dire, un chouchou des marchés ne se résoudra pas à concéder à ce point envers ceux qu'il a juré de rayer de la carte.
Ce qui créerait une différence entre la tatie carnassière et le jeune prodige serait que le second arrêtât de stresser son monde en se voulant rassurant. Il n'a, lui, qu'un costume, celui du manager et DRH à mi-temps, et ne réalise pas qu'il est la copie des deux personnages les plus redoutés du monde du travail. Porteur de poisse, quoi...
En définitive, je lèverais toute hésitation si je nous savais, tous et toutes, capables de relever le défi du lendemain du 7 mai. D'imposer un rapport de forces au jeune prodige contre le vote en sa faveur. On n'y arrivera pas, parce que la CGT et FO sont épuisés et la CFDT trop ivre du vent néo-libéral qu'elle a dans le dos, la gauche défaite et la FI encore trop balbutiante pour imposer l'unité à ses partenaires. La possible victoire du petit génie est l'effet logique de la destruction de toutes les digues sociales, dont il est un artisan zélé.
Restent les jeunes, Ousbek. Qu'ils fussent étudiants et urbains importe peu : comme celle du CIP et du CPE, une génération encore en mesure de hurler son refus du pire avant d'être happée par le marché est là, qui a voté et reste en réserve de la république.
Que nous votions ou non le 7 mai, cette génération nous demandera des comptes. Il faudra être avec elle.
Je t'embrasse, cher Ousbek
samedi 20 février 2016
MOI, UN CHÔMEUR ? LA BONNE BLAGUE...
Tout a commencé avec le remplissage du questionnaire de Viadeo et de LinkedIn, en 2006 ou 2007, ou plus tard. Boutades, ironie, morgue; quelles fumisteries, ces réseaux sociaux de relations entre entreprises et demandeurs de travail, prenons-les de haut.
Jusqu'au jour où...
Et avec le décrochage progressif du cadre moyen de diffusion de livres. Sa sensation que ça ne pourra pas durer, trop de décrochages suivis par des dépressions, des arrivées au bureau le matin, asphyxié d'angoisses à la première lueur de l'écran d'ordinateur.
Jusqu'au jour où l'entreprise décide que la coupe est pleine,
et licencie.
L'annonce
Tout, ensuite, est cascade d'images froides, mordantes. L'annonce du licenciement par le chef dans son bureau, le soir du 4 décembre, les couloirs vides, la nuit au dehors. Le retour chez soi en silence, le "tout-va-bien" de rigueur, raisonnablement souriant, au moment de préparer ensemble la popote. L'entretien préalable au licenciement aura lieu le 11, impossible de maintenir le secret pendant une semaine : l'annonce de la gifle se fera le 8, autour d'un Kir au "Petit suisse", face à l'Odéon; Cathrine sera, au premier jour du nouveau régime contraint de notre vie commune, et constamment depuis, exceptionnelle.
Emmanuel, Ariane, prévenus deux jours avant, prennent mon relais, déploient une immense toile d'affection et de solidité. Le socle est là, qui résistera.
Entretien préalable
L'entretien préalable dans un carton à chaussures sans fenêtre de 5 ou 6 mètres carrés. Deux hiérarques d'entreprise, le salarié visé (en réalité déjà licencié), son délégué syndical. Egrenage d'un chapelet de griefs, contre-argumentation du salarié, ça dure environ une heure.
... J'ignore encore que rien n'y fera; c'est plié. Un REC-AR daté du 18 décembre retiré à la Poste ré-égrenne le chapelet et conclut par :"Vous ne nous avez pas convaincus".
Dans une naïveté confondante, ce 11 décembre, j'ai oublié de porter un détail à la connaissance de mes vis-à-vis : besoin de six mois d'activité, seulement six mois, pas plus. Différez, la gifle indolore pourquoi pas. Je ne l'ai pas dit, sûr d'avoir été écouté et compris. Evidemment.
Ben voyons.
La vie licenciée
Le 21 décembre, fil coupé, début de la vie licenciée. Trois mois de préavis non-travaillés avant-chômage, vite, décrocher des rendez-vous, convaincre, trouver, refermer la parenthèse aussitôt ouverte.
... Devenir autoentrepreneur !
Des témoignages. Des messages inespérés. Employé(e)s de l'entreprise licencieuse, famille, Ami(e)s. Tel de ces Amis, qui, entre des cours, recherches et tribunes, mobilise son temps et sa famille pour me guider dans ce nouveau noir opaque. Telle autre dont je sais la vie, leur vie si dure, elle et son mari, et qui m'envoie message sur message d'encouragement; tel autre, grippé, aphone, qui m'oblige à lui parler au téléphone en faisant la cuisine et me répond, point par point, façon McGyver social.
Tel employé de l'entreprise licencieuse, ses mots saisissants et avec lequel je partage un repas, tout près de l'entreprise; tels éditeurs qui me reçoivent et me conseillent, vite. Tels dir-comms qui ne cachent rien du possible ni des impasses, parmi eux un sphynx inlassable d'aide discrète, tous combattants lucides. Des amis-camarades de syndicat. Un délégué syndical. Sacré numéro, celui-là. Un bourru, inflexible; pour lui, ce n'est pas l'injustice qu'il faut craindre, puisqu'elle est déjà là : c'est nous, nos faiblesses, nos appétits pour les petits compromis qui font les cimetières de nos vies sociales déjà abimées. Ce tempétueux redouté (autant par ses directions que par "le" syndicat concurrent, la cfdt), m'a appelé. Envoyé des SMS. Des mails. Tous les jours, vous lisez bien, tous les jours. "Ca va ?", "Donne de tes nouvelles", etc...
A mon avis, dans son esprit il ne faisait que son boulot.
Des galères, dès les premiers temps :
- "T'inquiète, six mois de boulot, tu parles, je te trouve ça. Et envoie-moi ton livre, juré, je t'en reparle".
C'était il y a trois semaines ou plus, et depuis, silence, malgré relance.
- "Très bien, votre projet !" - "Vous êtes sûr ? Je ne pense pas vous être utile". - "Ah, bien au contraire. Rappelez-moi sans faute".
Sans faute il y a dix jours, mais le téléphone ne répond pas. Plus.
Des astronefs lumineux. Libraires, gens de passage dans ma vie, perdus de vue, re-contactés. Telle, aujourd'hui cadre d'un grand groupe d'édition. "C'est en bossant avec toi, quand tu démarchais mon site internet balbutiant appelé à grandir, que j'ai eu envie de poursuivre dans les livres." - "Plaisanterie". -"Non, même pas. Mais bon, rien à te proposer, en ce moment".
... Mon livre. 32 000 mots d'un quasi-testament "intellectuel" (grands mots et puits sans fonds), bagage improbable, miroir courtisan et traître. Que faire de 60 pages qui balancent tout l'impensé de nos vies, quand personne ou si peu de gens consentent à un regard distant sur le tout-venant ? Elles ne m'aident pas, ces pages, et pourtant elles existent, c'est tout le complexe de la période.
La vie licenciée a commencé un 18 décembre,
Le début de la mobilisation "pour-refermer-la-parenthèse-malencontreuse-au-plus-vite" a commencé trois semaines plus tard, post-trêve des confiseurs.
Et la fin du préavis est dans un mois.
Convaincre des "actifs", pas au sens "Trepalium", déjà engorgés de demandes de travail, de CV, saturés d'appels à l'aide de gens qui n'ont eu ni préavis non-travaillé ni forcément d'indemnité après une enfilade de CDD, qu'un naufragé de l'économie de 59 ans peut leur être utile. Un mois, deux, six mois idéalement; en en rabattant sérieusement sur la prétention salariale.
Comment faire qu'ils ne croient pas en un délire d'ancien privilégié congés-payés-voiture de société-primes-etc..., surtout quand je leur dirai que, technicien de surface, oh, vous savez, pas un problème pour moi ?
Et pendant ce temps...
Tandis que notre monde alentour n'en finit pas d'être aligné partout sur le moins-disant général. Une mutation, dit-on. L'idée sociale est peu à peu dépecée par notre confrontation mortifère avec d'autres humains, tout près de nous ou très loin, dont les lois sacrées de l'économie financiarisée, des porte-conteneurs géants et des transports par camions dérégulés font des concurrents, nos concurrents.
Dans mon baluchon-foutoir de sourd et aveugle volontaire aux horreurs de ce temps, se terrent Femme et Enfants, Amis, camarades, famille, fraternité, ouvrière ou non, le bonheur d'une humanité singulière. Et la conscience utile d'une jungle aux lianes épaisses, le "terrain de jeu" de nos vies.
Merci pour tout.
Jusqu'au jour où...
Et avec le décrochage progressif du cadre moyen de diffusion de livres. Sa sensation que ça ne pourra pas durer, trop de décrochages suivis par des dépressions, des arrivées au bureau le matin, asphyxié d'angoisses à la première lueur de l'écran d'ordinateur.
Jusqu'au jour où l'entreprise décide que la coupe est pleine,
et licencie.
L'annonce
Tout, ensuite, est cascade d'images froides, mordantes. L'annonce du licenciement par le chef dans son bureau, le soir du 4 décembre, les couloirs vides, la nuit au dehors. Le retour chez soi en silence, le "tout-va-bien" de rigueur, raisonnablement souriant, au moment de préparer ensemble la popote. L'entretien préalable au licenciement aura lieu le 11, impossible de maintenir le secret pendant une semaine : l'annonce de la gifle se fera le 8, autour d'un Kir au "Petit suisse", face à l'Odéon; Cathrine sera, au premier jour du nouveau régime contraint de notre vie commune, et constamment depuis, exceptionnelle.
Emmanuel, Ariane, prévenus deux jours avant, prennent mon relais, déploient une immense toile d'affection et de solidité. Le socle est là, qui résistera.
Entretien préalable
L'entretien préalable dans un carton à chaussures sans fenêtre de 5 ou 6 mètres carrés. Deux hiérarques d'entreprise, le salarié visé (en réalité déjà licencié), son délégué syndical. Egrenage d'un chapelet de griefs, contre-argumentation du salarié, ça dure environ une heure.
... J'ignore encore que rien n'y fera; c'est plié. Un REC-AR daté du 18 décembre retiré à la Poste ré-égrenne le chapelet et conclut par :"Vous ne nous avez pas convaincus".
Dans une naïveté confondante, ce 11 décembre, j'ai oublié de porter un détail à la connaissance de mes vis-à-vis : besoin de six mois d'activité, seulement six mois, pas plus. Différez, la gifle indolore pourquoi pas. Je ne l'ai pas dit, sûr d'avoir été écouté et compris. Evidemment.
Ben voyons.
La vie licenciée
Le 21 décembre, fil coupé, début de la vie licenciée. Trois mois de préavis non-travaillés avant-chômage, vite, décrocher des rendez-vous, convaincre, trouver, refermer la parenthèse aussitôt ouverte.
... Devenir autoentrepreneur !
Des témoignages. Des messages inespérés. Employé(e)s de l'entreprise licencieuse, famille, Ami(e)s. Tel de ces Amis, qui, entre des cours, recherches et tribunes, mobilise son temps et sa famille pour me guider dans ce nouveau noir opaque. Telle autre dont je sais la vie, leur vie si dure, elle et son mari, et qui m'envoie message sur message d'encouragement; tel autre, grippé, aphone, qui m'oblige à lui parler au téléphone en faisant la cuisine et me répond, point par point, façon McGyver social.
Tel employé de l'entreprise licencieuse, ses mots saisissants et avec lequel je partage un repas, tout près de l'entreprise; tels éditeurs qui me reçoivent et me conseillent, vite. Tels dir-comms qui ne cachent rien du possible ni des impasses, parmi eux un sphynx inlassable d'aide discrète, tous combattants lucides. Des amis-camarades de syndicat. Un délégué syndical. Sacré numéro, celui-là. Un bourru, inflexible; pour lui, ce n'est pas l'injustice qu'il faut craindre, puisqu'elle est déjà là : c'est nous, nos faiblesses, nos appétits pour les petits compromis qui font les cimetières de nos vies sociales déjà abimées. Ce tempétueux redouté (autant par ses directions que par "le" syndicat concurrent, la cfdt), m'a appelé. Envoyé des SMS. Des mails. Tous les jours, vous lisez bien, tous les jours. "Ca va ?", "Donne de tes nouvelles", etc...
A mon avis, dans son esprit il ne faisait que son boulot.
Des galères, dès les premiers temps :
- "T'inquiète, six mois de boulot, tu parles, je te trouve ça. Et envoie-moi ton livre, juré, je t'en reparle".
C'était il y a trois semaines ou plus, et depuis, silence, malgré relance.
- "Très bien, votre projet !" - "Vous êtes sûr ? Je ne pense pas vous être utile". - "Ah, bien au contraire. Rappelez-moi sans faute".
Sans faute il y a dix jours, mais le téléphone ne répond pas. Plus.
Des astronefs lumineux. Libraires, gens de passage dans ma vie, perdus de vue, re-contactés. Telle, aujourd'hui cadre d'un grand groupe d'édition. "C'est en bossant avec toi, quand tu démarchais mon site internet balbutiant appelé à grandir, que j'ai eu envie de poursuivre dans les livres." - "Plaisanterie". -"Non, même pas. Mais bon, rien à te proposer, en ce moment".
... Mon livre. 32 000 mots d'un quasi-testament "intellectuel" (grands mots et puits sans fonds), bagage improbable, miroir courtisan et traître. Que faire de 60 pages qui balancent tout l'impensé de nos vies, quand personne ou si peu de gens consentent à un regard distant sur le tout-venant ? Elles ne m'aident pas, ces pages, et pourtant elles existent, c'est tout le complexe de la période.
La vie licenciée a commencé un 18 décembre,
Le début de la mobilisation "pour-refermer-la-parenthèse-malencontreuse-au-plus-vite" a commencé trois semaines plus tard, post-trêve des confiseurs.
Et la fin du préavis est dans un mois.
Convaincre des "actifs", pas au sens "Trepalium", déjà engorgés de demandes de travail, de CV, saturés d'appels à l'aide de gens qui n'ont eu ni préavis non-travaillé ni forcément d'indemnité après une enfilade de CDD, qu'un naufragé de l'économie de 59 ans peut leur être utile. Un mois, deux, six mois idéalement; en en rabattant sérieusement sur la prétention salariale.
Comment faire qu'ils ne croient pas en un délire d'ancien privilégié congés-payés-voiture de société-primes-etc..., surtout quand je leur dirai que, technicien de surface, oh, vous savez, pas un problème pour moi ?
Et pendant ce temps...
Tandis que notre monde alentour n'en finit pas d'être aligné partout sur le moins-disant général. Une mutation, dit-on. L'idée sociale est peu à peu dépecée par notre confrontation mortifère avec d'autres humains, tout près de nous ou très loin, dont les lois sacrées de l'économie financiarisée, des porte-conteneurs géants et des transports par camions dérégulés font des concurrents, nos concurrents.
Dans mon baluchon-foutoir de sourd et aveugle volontaire aux horreurs de ce temps, se terrent Femme et Enfants, Amis, camarades, famille, fraternité, ouvrière ou non, le bonheur d'une humanité singulière. Et la conscience utile d'une jungle aux lianes épaisses, le "terrain de jeu" de nos vies.
Merci pour tout.
samedi 30 janvier 2016
ADRESSE A LA GAUCHE AVANT SON SUICIDE
Il n'y a jamais eu une gauche mais plusieurs, rappelait Régis Debray dans "Le Monde" ces derniers jours.
Spécificité du moment : les gauches vont, chacune, vers le suicide, y entraînant "la" gauche collectivement, et l'idée-même de combat contre l'inégalité. La prochaine échéance déterminante, l'élection présidentielle, s'annonce pour la gauche comme un hyper-Waterloo.
La gauche officielle...
Les responsabilités ne sont pas égales. Le bloc de gauche au pouvoir est engoncé dans la haine de soi, refoule idées et identité de gauche pour, officiellement, coller à la réalité d'un capitalisme en convulsion depuis 40 ans et, toujours officiellement, en dégager des marges de manœuvre sociales. A ce jeu pervers du "ruissellement" économique il a perdu sens et valeur; son salut est dans un no man's land idéologique à dominante centriste, comme pour valider à tout prix le fameux mot de Lionel Jospin : "Le centre, c'est comme le cap Horn : quand on y est, on y disparaît".
... Et l'autre
Il y aurait une autre gauche. Score électoral optimal, obtenu en 2012 sur la candidature de Mélenchon : 11%. Plus de 3 millions de voix, important mais insuffisant pour arriver à inquiéter la gauche officielle, et si totalement et absurdement dispersées que le produit le plus sûr de ces 11 millions de voix, trois ans après, est un soufflet effondré.
Tout le monde au sein de cette autre gauche nomme les maux qui la clouent au sol, sans trop chercher tant ils sont évidents : disqualification du collectif entraînant partis et syndicats (or l'autre gauche est encore un enfilement de boutiques), divergences quant à la stratégie face à la gauche de gouvernement - et quant à la stratégie, tout court, dossier le plus touffu évidemment.
L'autre gauche est à la fois consciente de sa dépendance totale vis-à-vis de la présidentielle pour percer dans son propre électorat, et militante pour une 6ème république condamnant la personnalisation du pouvoir - dont l'élection présidentielle est une illustration puissante. Fait-elle, pour sortir de la contradiction par le haut, le seul choix rationnel (qui serait en même temps un coup de poker, ne nous le cachons pas), jouer à fond le jeu de l'élection présidentielle pour, après instauration d'un vrai rapport de force électoral, basculer dans la 6ème république ?
Non.
L'autre gauche prépare la présidentielle avec l'esprit, contraire, de la 6ème république. Toutes ses boutiques ouvrent (du PCF aux trotskystes en passant par EELV) sans qu'aucun client n'y pénètre plus, aucune ne s'accorde sur la gestion commune de leur fonds de commerce par un représentant unique.
L'autre gauche veut bien de l'élection présidentielle mais en refuse la logique, désignation d'un(e) candidat(e), constitution rapide de groupes de travail en vue de l'élaboration d'un programme, etc...
De sorte qu'à un an de l'échéance elle se suicide, imitant dans l'opposition, et par d'autres moyens, la gauche officielle qui fait de même au pouvoir.
D'autant plus stupide et ridicule que les vents ne lui sont pas tous défavorables, loin de là :
. L'Expérience grecque démontre la vanité de toute tentative d'accommodement "intelligent" d'un gouvernement de gauche avec des puissances financières qui, sous prétexte d'apurement économique, cherchent à mettre durablement son pays à genoux. Personne ne peut nier le courage et le punch de Tsipras pour jouer le jeu de ses créanciers et éviter une sortie de la Grèce de la zone Euro, Tsipras ne peut pas nier qu'il a perdu son pari.
Au-delà du cas grec la leçon est à tirer : le jeu social-démocrate de composition avec le capital, dans l'espoir de tirer des gains sociaux des richesses produites, ce jeu-là, partout, échoue dès les premières contractions de l'économie.
C'est à ce jeu-là que joue encore la gauche officielle en France, avec pour tout bilan des centaines de milliards d'euros publics engloutis en aides aux entreprises pour, officiellement, faire repartir l'emploi, et, en trois ans, 668 000 chômeurs supplémentaires.
Il y a là une leçon structurelle à tirer, que l'autre gauche aurait tort de ne pas exploiter.
. L'autre gauche a un chef naturel. Elle le sait sans vouloir se l'avouer, il le sait et se l'avoue sans doute ni complexe. De là un hiatus mortel.
Extraordinaire, comme les dizaines de milliers d'adhérents qui ont quitté le PS depuis 3 ans se sont bien gardés d'adhérer à un autre Parti, ou comme les économistes, intellectuel(le)s, élu(e)s en délicatesse avec le même PS disparaissent des radars politiques, ou, comme tel économiste, choisissent de fonder une n-ième chapelle de gauche (La nouvelle gauche socialiste, en l'occurrence) plutôt que d'en intégrer une existante.
Cela porte un nom : la stratégie d'évitement.
Ou la dérobade, comme on voudra.
Dans les deux cas, une mort de gauche est en gestation.
L'autre gauche doit se dépasser !
Le dépassement, c'est croire en plus grand que soi. L'autre gauche se le doit, plutôt que de mourir.
C'est, pêle-mêle, pour le leader naturel de ce qui fut le Front de Gauche, continuer de croire à sa valeur politique et intellectuelle, incontestable, et pour celà faire un travail d'académicien, visiter, parler et convaincre, partout, directement et sans bruit. Il sait quelles réticences précises il affronte, soupçon de jeu personnel, de caractère auto-centré et bouillonnant (pour ne pas dire incontrôlable). Il a toute la ressource pour vaincre l'obstacle, il en connaît l'enjeu capital. Une image est à abattre, une personnalité doit encore émerger et il y a urgence.
C'est, pour la galaxie de l'autre gauche, en finir avec les comportements boutiquiers, postures opportunistes, et phobies, d'un autre âge, de l'homme providentiel faux nez d'un nouveau général Boulanger. C'est, pour tel Parti, remiser son complexe de supériorité, brandissant l'étendard européen d'un côté (européens, nous le sommes tous) et vouant tout autre parti à n'être que le monde ancien; pour tel autre, d'en finir avec un complexe d'exclusivité hérité de ses années fastes et qui, avec constance, se fait facteur bloquant de toute évolution institutionnelle de la gauche; pour tous, accepter qu'émerge enfin ce qu'aurait dû être le Front de Gauche, nouvel animal politique regroupant une gauche tout à la fois régénérée, élargie, attachée aux valeurs issues des Jours Heureux de 1944 et au salut de la planète par un écologisme retrempé.
C'est pour nous tous un effort pour dépasser certaines catégories de pensée; il nous faut cultiver la critique, la contradiction, la pensée plurielle, plutôt que de laisser les systèmes médiatiques se faire les porte-voix de leurs caricatures. Il n'y a pas de contradiction entre le militantisme laïc et l'étude attentive (et rigoureuse) des évolutions du Pape François, ni entre la dénonciation de l'exclusion de la Russie du jeu moyen-oriental et l'examen tout aussi attentif et rigoureux des stratégies de l'armée russe sur le théâtre des opérations. La même dénonciation d'une marginalisation recherchée de la Russie ne doit pas éviter les examens de la situation politique russe. L'examen pointilleux des actes et propos d'un Michel Onfray, son écoute l'été sur France Culture, désarment tout soupçon de "droitisme" chez lui.
Et mille autres cas pourraient être cités, où l'impératif de rester nous-mêmes doit s'accompagner, dialectiquement, d'une puissante et libre culture de l'examen des idées, toutes les idées.
* * * * * *
Ce petit monde s'embrase, et nous ne nous armons pas pour combattre l'incendie.
La gauche politique et syndicale, française et européenne, est un grain de poussière. Emportée, laminée par la vague néo-libérale, vidée de ses adhérent(e)s et de ses électeurs et électrices, elle continue pourtant de cultiver des oppositions de points virgules, hors d'âge et de propos.
Jaruzelski, en 1981, disait à ses concitoyens qui voyaient les chars russes envahir leurs rues : "La Pologne vivra tant que nous vivrons". Pas si creux que cela, quand on y regarde à deux fois : nous sommes à deux doigts, ici et maintenant, de nous éteindre, en tant que contributeurs(trices) à un nouveau monde. Qui, du coup, est à deux doigts de ne jamais émerger.
http://melenchon.fr/2016/01/24/discours-de-conclusion-du-sommet-pour-un-plan-b-en-europe/
Spécificité du moment : les gauches vont, chacune, vers le suicide, y entraînant "la" gauche collectivement, et l'idée-même de combat contre l'inégalité. La prochaine échéance déterminante, l'élection présidentielle, s'annonce pour la gauche comme un hyper-Waterloo.
La gauche officielle...
Les responsabilités ne sont pas égales. Le bloc de gauche au pouvoir est engoncé dans la haine de soi, refoule idées et identité de gauche pour, officiellement, coller à la réalité d'un capitalisme en convulsion depuis 40 ans et, toujours officiellement, en dégager des marges de manœuvre sociales. A ce jeu pervers du "ruissellement" économique il a perdu sens et valeur; son salut est dans un no man's land idéologique à dominante centriste, comme pour valider à tout prix le fameux mot de Lionel Jospin : "Le centre, c'est comme le cap Horn : quand on y est, on y disparaît".
... Et l'autre
Il y aurait une autre gauche. Score électoral optimal, obtenu en 2012 sur la candidature de Mélenchon : 11%. Plus de 3 millions de voix, important mais insuffisant pour arriver à inquiéter la gauche officielle, et si totalement et absurdement dispersées que le produit le plus sûr de ces 11 millions de voix, trois ans après, est un soufflet effondré.
Tout le monde au sein de cette autre gauche nomme les maux qui la clouent au sol, sans trop chercher tant ils sont évidents : disqualification du collectif entraînant partis et syndicats (or l'autre gauche est encore un enfilement de boutiques), divergences quant à la stratégie face à la gauche de gouvernement - et quant à la stratégie, tout court, dossier le plus touffu évidemment.
L'autre gauche est à la fois consciente de sa dépendance totale vis-à-vis de la présidentielle pour percer dans son propre électorat, et militante pour une 6ème république condamnant la personnalisation du pouvoir - dont l'élection présidentielle est une illustration puissante. Fait-elle, pour sortir de la contradiction par le haut, le seul choix rationnel (qui serait en même temps un coup de poker, ne nous le cachons pas), jouer à fond le jeu de l'élection présidentielle pour, après instauration d'un vrai rapport de force électoral, basculer dans la 6ème république ?
Non.
L'autre gauche prépare la présidentielle avec l'esprit, contraire, de la 6ème république. Toutes ses boutiques ouvrent (du PCF aux trotskystes en passant par EELV) sans qu'aucun client n'y pénètre plus, aucune ne s'accorde sur la gestion commune de leur fonds de commerce par un représentant unique.
L'autre gauche veut bien de l'élection présidentielle mais en refuse la logique, désignation d'un(e) candidat(e), constitution rapide de groupes de travail en vue de l'élaboration d'un programme, etc...
De sorte qu'à un an de l'échéance elle se suicide, imitant dans l'opposition, et par d'autres moyens, la gauche officielle qui fait de même au pouvoir.
D'autant plus stupide et ridicule que les vents ne lui sont pas tous défavorables, loin de là :
. L'Expérience grecque démontre la vanité de toute tentative d'accommodement "intelligent" d'un gouvernement de gauche avec des puissances financières qui, sous prétexte d'apurement économique, cherchent à mettre durablement son pays à genoux. Personne ne peut nier le courage et le punch de Tsipras pour jouer le jeu de ses créanciers et éviter une sortie de la Grèce de la zone Euro, Tsipras ne peut pas nier qu'il a perdu son pari.
Au-delà du cas grec la leçon est à tirer : le jeu social-démocrate de composition avec le capital, dans l'espoir de tirer des gains sociaux des richesses produites, ce jeu-là, partout, échoue dès les premières contractions de l'économie.
C'est à ce jeu-là que joue encore la gauche officielle en France, avec pour tout bilan des centaines de milliards d'euros publics engloutis en aides aux entreprises pour, officiellement, faire repartir l'emploi, et, en trois ans, 668 000 chômeurs supplémentaires.
Il y a là une leçon structurelle à tirer, que l'autre gauche aurait tort de ne pas exploiter.
. L'autre gauche a un chef naturel. Elle le sait sans vouloir se l'avouer, il le sait et se l'avoue sans doute ni complexe. De là un hiatus mortel.
Extraordinaire, comme les dizaines de milliers d'adhérents qui ont quitté le PS depuis 3 ans se sont bien gardés d'adhérer à un autre Parti, ou comme les économistes, intellectuel(le)s, élu(e)s en délicatesse avec le même PS disparaissent des radars politiques, ou, comme tel économiste, choisissent de fonder une n-ième chapelle de gauche (La nouvelle gauche socialiste, en l'occurrence) plutôt que d'en intégrer une existante.
Cela porte un nom : la stratégie d'évitement.
Ou la dérobade, comme on voudra.
Dans les deux cas, une mort de gauche est en gestation.
L'autre gauche doit se dépasser !
Le dépassement, c'est croire en plus grand que soi. L'autre gauche se le doit, plutôt que de mourir.
C'est, pêle-mêle, pour le leader naturel de ce qui fut le Front de Gauche, continuer de croire à sa valeur politique et intellectuelle, incontestable, et pour celà faire un travail d'académicien, visiter, parler et convaincre, partout, directement et sans bruit. Il sait quelles réticences précises il affronte, soupçon de jeu personnel, de caractère auto-centré et bouillonnant (pour ne pas dire incontrôlable). Il a toute la ressource pour vaincre l'obstacle, il en connaît l'enjeu capital. Une image est à abattre, une personnalité doit encore émerger et il y a urgence.
C'est, pour la galaxie de l'autre gauche, en finir avec les comportements boutiquiers, postures opportunistes, et phobies, d'un autre âge, de l'homme providentiel faux nez d'un nouveau général Boulanger. C'est, pour tel Parti, remiser son complexe de supériorité, brandissant l'étendard européen d'un côté (européens, nous le sommes tous) et vouant tout autre parti à n'être que le monde ancien; pour tel autre, d'en finir avec un complexe d'exclusivité hérité de ses années fastes et qui, avec constance, se fait facteur bloquant de toute évolution institutionnelle de la gauche; pour tous, accepter qu'émerge enfin ce qu'aurait dû être le Front de Gauche, nouvel animal politique regroupant une gauche tout à la fois régénérée, élargie, attachée aux valeurs issues des Jours Heureux de 1944 et au salut de la planète par un écologisme retrempé.
C'est pour nous tous un effort pour dépasser certaines catégories de pensée; il nous faut cultiver la critique, la contradiction, la pensée plurielle, plutôt que de laisser les systèmes médiatiques se faire les porte-voix de leurs caricatures. Il n'y a pas de contradiction entre le militantisme laïc et l'étude attentive (et rigoureuse) des évolutions du Pape François, ni entre la dénonciation de l'exclusion de la Russie du jeu moyen-oriental et l'examen tout aussi attentif et rigoureux des stratégies de l'armée russe sur le théâtre des opérations. La même dénonciation d'une marginalisation recherchée de la Russie ne doit pas éviter les examens de la situation politique russe. L'examen pointilleux des actes et propos d'un Michel Onfray, son écoute l'été sur France Culture, désarment tout soupçon de "droitisme" chez lui.
Et mille autres cas pourraient être cités, où l'impératif de rester nous-mêmes doit s'accompagner, dialectiquement, d'une puissante et libre culture de l'examen des idées, toutes les idées.
* * * * * *
Ce petit monde s'embrase, et nous ne nous armons pas pour combattre l'incendie.
La gauche politique et syndicale, française et européenne, est un grain de poussière. Emportée, laminée par la vague néo-libérale, vidée de ses adhérent(e)s et de ses électeurs et électrices, elle continue pourtant de cultiver des oppositions de points virgules, hors d'âge et de propos.
Jaruzelski, en 1981, disait à ses concitoyens qui voyaient les chars russes envahir leurs rues : "La Pologne vivra tant que nous vivrons". Pas si creux que cela, quand on y regarde à deux fois : nous sommes à deux doigts, ici et maintenant, de nous éteindre, en tant que contributeurs(trices) à un nouveau monde. Qui, du coup, est à deux doigts de ne jamais émerger.
http://melenchon.fr/2016/01/24/discours-de-conclusion-du-sommet-pour-un-plan-b-en-europe/
dimanche 25 janvier 2015
LA FIN DES GAUCHES DIVINES - LE FANTASME DU GRAND SOIR, LE REEL SYRIZA.
A cette heure de dimanche le résultat des élections grecques n'est pas connu; Syriza est donné gagnant.
Trois effets d'avant-victoire, et quelques raisons... de garder raison et tête froide, avant la victoire de Syriza :
. La drôlatique Marine est toute à son rêve stupide de construire un nouveau parti d'encadrement social, copie nationaliste de l'ancien PCF; écartelée entre ses deux ailes traditionnaliste et nationale-républicaine, elle donne des gages à la seconde (au risque qu'on la retrouve, en compagnie de Philippot, sous les roues d'une voiture, ou sur le capot après une chute de toît d'immeuble)- l'essentiel de son soutien à Syriza ne s'explique que par là. Le reste est le fruit d'un calcul baroque, post-maoïste, de "soutenir ce que l'ennemi (l'union européenne) combat et de combattre ce que l'ennemi soutient".
. Les drolatiques gardiens de la pensée unique s'arrachent les racines capillaires. "Syriza ne pourra pas gouverner seul". "Syriza a mis de l'eau dans son vin". "Syriza mettra de l'eau dans son vin". "Syriza va au-devant de grosses difficultés". Syriza n'aurait jamais acquis sa posture de relève sans l'imbécillité des tartarins français (Le Boucher, Reynié, Bourlanges, Minc, Baverez, Reynaud...) ou européens, champions du TINA libéral, du châtiment des peuples par la dette (puisque par les salaires c'est bien trop lent pour rassurer les marchés), prophètes de l'européisme néo-libéral.
. On n'échappe hélas pas à un discours drôlatique du bien-Syriza vainqueur de tout ce qui va mal avant-même d'avoir été élu.
La suite de la victoire de Syriza, si elle est confirmée, ne sera pas un conte de fées à la 1981 : la bourgeoisie et les néo-nazis grecs vont mettre les bouchées doubles pour lui empoisonner l'existence, l'union européenne ne sera pas en reste, sans parler du FMI et des gouvernements libéraux ou sociaux-libéraux européens. Le nouveau gouvernement grec lui-même aura le droit imprescriptible à l'erreur, à la bétise même, tant seront tendus les flux économique, social et politique, rare le temps des décisions posées et réfléchies, immense la pression générale (dont celle d'un corps social mis à genoux par les politiques conservateurs-libéraux et dans l'attente impatiente d'une rupture de gauche façon "tout - tout de suite"). Le temps n'est plus aux illusions mais au travail.
Et donc, vive la victoire de Syriza, en premier lieu parce qu'elle ferme son damné caquet à la doxa néo-libérale relayée par tant de cette "gauche" désincarnée jusqu'à l'os, et parce qu'elle va empêcher Merkel et la CDU de dormir pendant quelques longues nuits. Ensuite, tout ne sera (ne devrait être dans un monde idéal) qu'attention et culture d'un esprit conciliant la critique, la vigilance et la bienveillance. Sans qu'aucune des trois n'ait à concéder aux deux autres.
Un travail énorme commence qui se déclinera dans le temps long. On n'aidera jamais mieux Syriza qu'en lui garantissant le temps d'une action à dimension historique, et à cette condition seule, tous les autre partisans européens d'une redéfinition des pouvoirs dans l'union au détriment des austérités, du néo-libéralisme et de son allié productiviste pourront s'inspirer d'un souhaitable et désirable exemple Syriza.
Trois effets d'avant-victoire, et quelques raisons... de garder raison et tête froide, avant la victoire de Syriza :
. La drôlatique Marine est toute à son rêve stupide de construire un nouveau parti d'encadrement social, copie nationaliste de l'ancien PCF; écartelée entre ses deux ailes traditionnaliste et nationale-républicaine, elle donne des gages à la seconde (au risque qu'on la retrouve, en compagnie de Philippot, sous les roues d'une voiture, ou sur le capot après une chute de toît d'immeuble)- l'essentiel de son soutien à Syriza ne s'explique que par là. Le reste est le fruit d'un calcul baroque, post-maoïste, de "soutenir ce que l'ennemi (l'union européenne) combat et de combattre ce que l'ennemi soutient".
. Les drolatiques gardiens de la pensée unique s'arrachent les racines capillaires. "Syriza ne pourra pas gouverner seul". "Syriza a mis de l'eau dans son vin". "Syriza mettra de l'eau dans son vin". "Syriza va au-devant de grosses difficultés". Syriza n'aurait jamais acquis sa posture de relève sans l'imbécillité des tartarins français (Le Boucher, Reynié, Bourlanges, Minc, Baverez, Reynaud...) ou européens, champions du TINA libéral, du châtiment des peuples par la dette (puisque par les salaires c'est bien trop lent pour rassurer les marchés), prophètes de l'européisme néo-libéral.
. On n'échappe hélas pas à un discours drôlatique du bien-Syriza vainqueur de tout ce qui va mal avant-même d'avoir été élu.
La suite de la victoire de Syriza, si elle est confirmée, ne sera pas un conte de fées à la 1981 : la bourgeoisie et les néo-nazis grecs vont mettre les bouchées doubles pour lui empoisonner l'existence, l'union européenne ne sera pas en reste, sans parler du FMI et des gouvernements libéraux ou sociaux-libéraux européens. Le nouveau gouvernement grec lui-même aura le droit imprescriptible à l'erreur, à la bétise même, tant seront tendus les flux économique, social et politique, rare le temps des décisions posées et réfléchies, immense la pression générale (dont celle d'un corps social mis à genoux par les politiques conservateurs-libéraux et dans l'attente impatiente d'une rupture de gauche façon "tout - tout de suite"). Le temps n'est plus aux illusions mais au travail.
Et donc, vive la victoire de Syriza, en premier lieu parce qu'elle ferme son damné caquet à la doxa néo-libérale relayée par tant de cette "gauche" désincarnée jusqu'à l'os, et parce qu'elle va empêcher Merkel et la CDU de dormir pendant quelques longues nuits. Ensuite, tout ne sera (ne devrait être dans un monde idéal) qu'attention et culture d'un esprit conciliant la critique, la vigilance et la bienveillance. Sans qu'aucune des trois n'ait à concéder aux deux autres.
Un travail énorme commence qui se déclinera dans le temps long. On n'aidera jamais mieux Syriza qu'en lui garantissant le temps d'une action à dimension historique, et à cette condition seule, tous les autre partisans européens d'une redéfinition des pouvoirs dans l'union au détriment des austérités, du néo-libéralisme et de son allié productiviste pourront s'inspirer d'un souhaitable et désirable exemple Syriza.
mercredi 10 décembre 2014
J'HABITE EN FRANCE (2)
La France qui bouge. Libérons les énergies. Décrispons l'économie. Casser les freins à la croissance. Rendons à chacun la liberté de travailler, jour, nuit. Sur la base du volontariat. Flexibilité. Adaptabilité. Concurrence. Redonner la pêche. Libérons le travail. Redonner de l'oxygène à la France. Débloquer. La France est bloquée. Liberté de travailler le dimanche. Liberté d'entreprendre. La France doit redécoller. La France brise ses chaînes. La France libère la croissance. La France se remet au travail. La France qui gagne.
Dominique Reynié. Brice Couturier. Philippe Dessertine. Nicolas Baverez. Eric Leboucher. Elie Cohen. Philippe Alghion. Emmanuel Lechypre. Jean-Louis Gombaud. Eric Leboucher. Dominique Reynié. Elie Cohen. Le tour de vis qui fera du bien. La matraque feelgood. Des autocars. Du bruit. Des gaz d'échappement. De la fureur énergique. De la vitesse. Plus vite. Des gagneurs. Les conservateurs. Des contreparties. Business plan. Business model.
La France meurt
La France est morte.
Dominique Reynié. Brice Couturier. Philippe Dessertine. Nicolas Baverez. Eric Leboucher. Elie Cohen. Philippe Alghion. Emmanuel Lechypre. Jean-Louis Gombaud. Eric Leboucher. Dominique Reynié. Elie Cohen. Le tour de vis qui fera du bien. La matraque feelgood. Des autocars. Du bruit. Des gaz d'échappement. De la fureur énergique. De la vitesse. Plus vite. Des gagneurs. Les conservateurs. Des contreparties. Business plan. Business model.
La France meurt
La France est morte.
mardi 9 décembre 2014
J'HABITE EN FRANCE
La France meurt. La France est morte. La France est coincée. La France à la dérive. La France est foutue. La France prend du retard. La France est en retard. La France est larguée. La France recule. La France est à la traîne. La France est sans avenir. La France est ringarde. La France est pleine de contradictions. La France est en queue de peloton. La France est en déficit. La France est endettée. La France est bloquée. La France est finie. La France est malade. La France est au fond du trou. La France est dans l'impasse. La France des fonctionnaires. La France se joue du violon. La France appartient au passé. La France s'effondre. La France est repliée sur elle-même. La France est un petit pays. La France est paralysée. La France chute. La France a le dos au mur. La France tombe. La France se noie. La France refuse l'évidence. La France est enkylosée. La France est conservatrice. La France dévisse. La France étouffe. La France, pays de rêveurs. La France se pose trop de questions. La France des privilégiés. Les Français vivent au-dessus de leurs moyens. Les Français ne veulent pas travailler. Les Français font grève. Les Français font moins bien que les Allemands. Les Français en sont encore au XIXème siècle. Les Français sont conservateurs. Les Français ne supportent pas la concurrence. Les Français ne veulent pas voir les réalités en face. Les Français s'accrochent à leurs acquis sociaux. Les Français sont paresseux. Les Français sont grognons. Les Français tournent le dos à leur avenir. La France est envahie. La France est avachie. La France ne sait pas où elle va. Les Français haïssent l'Europe. Les Français ont un métro de retard. Les Français sont archaïques. La France n'est plus la France. Les Français n'ont pas l'esprit d'entreprise. Les Français aiment leur entreprise. Les Français ne savent pas se prendre en charge. La France croule sous les charges. Les Français sont rétrogrades. Les Français sont inconscients. Les Français aiment la voiture. La France dépense plus qu'elle produit. La France marche sur la tête. Le chômage de longue durée, une spécialité française. Le chômage, une préférence française. Le chômage des jeunes, un tabou français. L'antisémitisme, cette pathologie trop française. Les syndicats, ce mal français. Les paralysies françaises. Les certitudes françaises. Le mal français. Les périls français. L'abyme français. L'aveuglement français. Les tares françaises. L'asphyxie française. Les blocages français.
La France meurt.
La France est morte.
La France meurt.
La France est morte.
La France meurt.
La France est morte.
La France meurt.
La France est morte.
samedi 6 décembre 2014
CGT : J'Y SUIS, J'Y RESTE !
C'était à prévoir depuis l'ouverture du dossier Lepaon par "Le Canard enchaîné" : le (la) militant(e) CGT est pris(e) en tenaille entre des médias qui ont exploité l'affaire jusqu'à plus soif et ont déjà viré Lepaon, et une centrale syndicale encore entartrée dans ses antiques opacités, tellement méfiante de "la comm" qu'elle n'a pas imaginé une seule seconde l'isolement des militant(e)s et leur besoin d'information face à la déferlante spectaculaire en cours.
Saura-t-on un jour combien d'adhésions l'"affaire" a coûté à la CGT ?
Pourtant, rien cette fois ne paraît plus clair que dans ce brouillard. Le "dossier Lepaon" tombe à pic pour, d'un côté, débarrasser la très noble institution CGT de ce qu'il lui reste d'incapacité à faire face à ses propres contradictions - et à imaginer qu'elle puisse en être seulement traversée, de l'autre, empêcher que le procès instruit contre un immensément et tristement maladroit secrétaire général de la CGT tourne au réquisitoire contre ce qui reste d'alternative sociale au néo-libéralisme qui aspire - s'il n'a déjà quasiment réussi, à couvrir les spectres économique, social, politique et culturel de la vie.
Soit à peu près tout.
Il est bien question ici d'alternative. On moque partout une CGT cloisonnée dans la contestation, impuissante à ouvrir une seule fenêtre d'alternative, à la différence de la CFDT qui s'y adonnerait avec tant d'à-propos en signant et proposant. Elle, au moins !
Adoration inconsciente du modèle social unique, si répandue qu'elle démontre, grandeur nature, l'immense progrès du néo-libéralisme dans les esprits. La doxa en cours a tant intériorisé l'air libéral du temps qu'elle lui adjoint son syndicalisme robotisé et sur mesure, alors-même que la CGT (la "crise" actuelle a permis de le rappeler) signe un grand nombre d'accords nationaux, de branches et locaux et que les sections CFDT ne sont pas toutes de l'eau fade et saumâtre rêvée par leur direction nationale.
Quelle vanité dans cette exigence d'un modèle social alternatif clé en mains ! Les procureurs de la CGT ne savent pas, tant ils sont coupés du réel, que pour envisager l'alternative à un modèle existant, à fortiori mondialisé et de la puissance du néo-libéralisme, il faut maintenir un pouvoir de lui tenir tête. Ils ne comprendront jamais, eux qui ont tout accepté, que la première cible du néo-libéralisme est un mot : "non". Et que c'est à travers l'expérience sociale, l'expérimentation sourcilleuse de ses connections avec le champ politique, qu'on peut ou non construire des modèles alternatifs.
A travers cette injonction à sortir un modèle social du chapeau et à attaquer le refus de la CGT de se livrer à pareille et dramatique pantomime, les chiens de garde du néo-libéralisme trahissent leur immense vacuité intellectuelle et politique. En poussant le modèle-CFDT comme le seul possible, ils créent de toutes pièces un univers social calqué sur le Parti unique de sombre mémoire, où qu'il ait existé.
La CGT ne franchit pas le rubicond entre la signature d'accords et l'adhésion en rase-campagne au tout-marché globalisé : c'est celà, et celà seulement, que la meute ne lui pardonnera pas. L' "affaire Lepaon" est tombée à point nommé pour que la meute jette le bébé CGT avec l'eau du bain Lepaon, condamne la permanence d'un esprit social critique que la CGT continue d'incarner malgré tous les "appels à la raison" dont elle est interpellée, en faisant un même paquet des agissements attribués à Lepaon et de l'Histoire, de la culture, du résistancialisme de la CGT.
C'est le moment de garder la tête froide : la variante sociale de la contestation est à bout de souffle après 40 ans ininterrompus de marche vers la mondialisation néo-libérale; aucun complexe à en concevoir, quand, partout, tout a été mis en œuvre pour casser tous les acquis et mécanismes sociaux de l'ouest, en même temps qu'on esclavagisait une nouvelle classe ouvrière à l'est et en Orient.
Mais l'esprit de contestation reste vif : il prend aujourd'hui un visage écologiste, et salut à ces luttes qui entravent le productivisme ambiant.
Et la messe sociale n'est pas dite : le mérite de Rosenvallon, très isolé dans ce dossier après tant de gloire à annoncer la pente sociale-libérale de l'occident, a été de donner un coup de projecteur sur les nouvelles classes ouvrières occidentales, ces vendeurs de grandes surfaces, ces livreurs de meubles, de pizzas, ces travailleurs d'entrepôts de H&M, d'Amazon et autres esclaves modernes de la grande distribution : non, la révolution ne découlera pas, façon précipité chimique, de ce cocktail infernal.
Oui, ce cocktail nous impose de rester à nos postes. Contrairement à la CFDT qui a tant pactisé avec tous les apprentis-sorciers du nouveau capitalisme qu'elle a d'avance entamé son capital de crédibilité, la CGT, parce qu'elle n'en a jamais accepté les règles structurelles, est légitime à être présente, vigilante, aux aguets.
Le jour venu, plutôt que de vendre un modèle social à des individus hagards, désabusés, croyant un jour au grand soir libéral et abusés le lendemain, elle aura à leur proposer un refus du pire qu'on leur aura vendu comme une certitude, et des outils de lutte.
Ce sera tout, ce sera titanesque, mais ce sera la meilleure manière pour la CGT d'exister et d'avoir, le plus vite possible, refermé le "dossier Lepaon". En en ayant tiré toutes les conséquences immédiates. A ce prix, elle aura conservé ses galons pour voir loin.
Saura-t-on un jour combien d'adhésions l'"affaire" a coûté à la CGT ?
Pourtant, rien cette fois ne paraît plus clair que dans ce brouillard. Le "dossier Lepaon" tombe à pic pour, d'un côté, débarrasser la très noble institution CGT de ce qu'il lui reste d'incapacité à faire face à ses propres contradictions - et à imaginer qu'elle puisse en être seulement traversée, de l'autre, empêcher que le procès instruit contre un immensément et tristement maladroit secrétaire général de la CGT tourne au réquisitoire contre ce qui reste d'alternative sociale au néo-libéralisme qui aspire - s'il n'a déjà quasiment réussi, à couvrir les spectres économique, social, politique et culturel de la vie.
Soit à peu près tout.
Il est bien question ici d'alternative. On moque partout une CGT cloisonnée dans la contestation, impuissante à ouvrir une seule fenêtre d'alternative, à la différence de la CFDT qui s'y adonnerait avec tant d'à-propos en signant et proposant. Elle, au moins !
Adoration inconsciente du modèle social unique, si répandue qu'elle démontre, grandeur nature, l'immense progrès du néo-libéralisme dans les esprits. La doxa en cours a tant intériorisé l'air libéral du temps qu'elle lui adjoint son syndicalisme robotisé et sur mesure, alors-même que la CGT (la "crise" actuelle a permis de le rappeler) signe un grand nombre d'accords nationaux, de branches et locaux et que les sections CFDT ne sont pas toutes de l'eau fade et saumâtre rêvée par leur direction nationale.
Quelle vanité dans cette exigence d'un modèle social alternatif clé en mains ! Les procureurs de la CGT ne savent pas, tant ils sont coupés du réel, que pour envisager l'alternative à un modèle existant, à fortiori mondialisé et de la puissance du néo-libéralisme, il faut maintenir un pouvoir de lui tenir tête. Ils ne comprendront jamais, eux qui ont tout accepté, que la première cible du néo-libéralisme est un mot : "non". Et que c'est à travers l'expérience sociale, l'expérimentation sourcilleuse de ses connections avec le champ politique, qu'on peut ou non construire des modèles alternatifs.
A travers cette injonction à sortir un modèle social du chapeau et à attaquer le refus de la CGT de se livrer à pareille et dramatique pantomime, les chiens de garde du néo-libéralisme trahissent leur immense vacuité intellectuelle et politique. En poussant le modèle-CFDT comme le seul possible, ils créent de toutes pièces un univers social calqué sur le Parti unique de sombre mémoire, où qu'il ait existé.
La CGT ne franchit pas le rubicond entre la signature d'accords et l'adhésion en rase-campagne au tout-marché globalisé : c'est celà, et celà seulement, que la meute ne lui pardonnera pas. L' "affaire Lepaon" est tombée à point nommé pour que la meute jette le bébé CGT avec l'eau du bain Lepaon, condamne la permanence d'un esprit social critique que la CGT continue d'incarner malgré tous les "appels à la raison" dont elle est interpellée, en faisant un même paquet des agissements attribués à Lepaon et de l'Histoire, de la culture, du résistancialisme de la CGT.
C'est le moment de garder la tête froide : la variante sociale de la contestation est à bout de souffle après 40 ans ininterrompus de marche vers la mondialisation néo-libérale; aucun complexe à en concevoir, quand, partout, tout a été mis en œuvre pour casser tous les acquis et mécanismes sociaux de l'ouest, en même temps qu'on esclavagisait une nouvelle classe ouvrière à l'est et en Orient.
Mais l'esprit de contestation reste vif : il prend aujourd'hui un visage écologiste, et salut à ces luttes qui entravent le productivisme ambiant.
Et la messe sociale n'est pas dite : le mérite de Rosenvallon, très isolé dans ce dossier après tant de gloire à annoncer la pente sociale-libérale de l'occident, a été de donner un coup de projecteur sur les nouvelles classes ouvrières occidentales, ces vendeurs de grandes surfaces, ces livreurs de meubles, de pizzas, ces travailleurs d'entrepôts de H&M, d'Amazon et autres esclaves modernes de la grande distribution : non, la révolution ne découlera pas, façon précipité chimique, de ce cocktail infernal.
Oui, ce cocktail nous impose de rester à nos postes. Contrairement à la CFDT qui a tant pactisé avec tous les apprentis-sorciers du nouveau capitalisme qu'elle a d'avance entamé son capital de crédibilité, la CGT, parce qu'elle n'en a jamais accepté les règles structurelles, est légitime à être présente, vigilante, aux aguets.
Le jour venu, plutôt que de vendre un modèle social à des individus hagards, désabusés, croyant un jour au grand soir libéral et abusés le lendemain, elle aura à leur proposer un refus du pire qu'on leur aura vendu comme une certitude, et des outils de lutte.
Ce sera tout, ce sera titanesque, mais ce sera la meilleure manière pour la CGT d'exister et d'avoir, le plus vite possible, refermé le "dossier Lepaon". En en ayant tiré toutes les conséquences immédiates. A ce prix, elle aura conservé ses galons pour voir loin.
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