Sevran en devoir de mémoire et courtes retrouvailles avec Marceau Pivert
« Tous me demandent pourquoi je prête mon nom à l’escroquerie politique étiquetée SFIO. Voilà la vérité : je réponds que mon devoir est d’être là, en contact avec ce qu’il y a encore de sain dans le parti »
Marceau Pivert
C'est le 9 mai.
Jeudi 7, ruée des bagnoles vers les sorties de villes, fuite massive de citadins. Quelques autres restés dans les enceintes, comme ici à Sevran, sont allés parler aux morts de la deuxième guerre mondiale; retrouvailles villageoises, les anciens combattants, le Maire, des promeneurs. Affichage d'unité autour de la Marseillaise, du Chant des partisans et de la mémoire, façade sensuelle et illusoire : la paix n'a toujours été qu'une pause récurrente dans l'Histoire de la vie, ici comme partout.
Ici, la mémoire pourrait s'appeler Denise.
Her name is Denise. Denise Albert.
Furibarde. Elle t'accroche par la manche, Marceau, t'agrippe le bras, ne te lache plus, ah, sa résistance à elle, celle de ses copains sevranais Gaston, Roger, Bruno, Auguste, morts devant elle pour certains, le souvenir, ses interventions incessantes dans les écoles, collèges, lycées, ses excursions organisées au Mont Valérien, sa section de la CGT... Denise, un monument. Cette année comme l'an dernier, pour la journée de la libération des camps, elle est intervenue devant la porte de l'école Victor Hugo de Sevran où 84 juifs ont été internés avant leur départ pour Drancy. Avec son manteau rouge, le même depuis des lustres.
Mais ledit Steph est quand-même le personnage central d'un jour comme celui-là. Le Maire, Marceau, le Maire...
Un numéro, celui-là aussi.
On reviendra sur ce croisement improbable de communisme réformateur - terme impropre - né dans un chaudron dans lequel il a croisé les âmes damnées de la IIIème internationale, pêle-mêle, Togliatti, Gorbatchev, et surtout son modèle français, Guy Hermier. Et puis Gavroche et Renaud. Oui, Renaud, le chanteur.
Caractère pas doucereux tous les jours. Humour vif. Pratique de mandat... inhabituelle.
Ci-contre, illustration : le même, présidant les cérémonies de la libération des camps. Aux côtés d'un jeune combattant, en rouge, son fils.
Une commémoration à Sevran, c'est la République en vrai, même en temporaire. Le recueillement n'a qu'un temps, ou plutôt deux : la commémoration elle-même, le verre offert par le Maire ensuite. Au buffet, le vrai-faux ancien combattant frappadingue de droite côtoie, sans lui parler bien sûr, Denise, la résistante communiste; le vieux Bravet , petit-grand bourgeois local à l'aristocratisme emprunté, fixe rendez-vous au jeune conseiller municipal de gauche pour dresser des ponts entre son Lion's club et l'association du jeune élu.
Ca n'a qu'un temps mais, Marceau, c'est un temps sublime.
Et arrosé.
Merde, on est en France.Les batailles de Marceau
Vie de congrès, réunions enfièvrées et enfumées, batailles oratoires passionnées dont l'enjeu est d'abord de convaincre les siens, et internationalisme infatigable.
Tu te reconnais là-dedans, Marceau?
Jacques Généreux l'a dit en quittant le Parti Socialiste pour le Parti de Gauche : c'est important de n'avoir plus à convaincre les siens.
Il est assez fin politique pour savoir que le plus proche, voire le plus intime, est toujours le premier qu'il faut convaincre, ou le deuxième ne le sera jamais; mais on imagine facilement quelle énergie il fallait déployer, avant comme après la guerre, pour amener la mastodontique SFIO dont tu étais un dirigeant à l'audace, à l'imagination et au courage. Front populaire, guerre d'Espagne, pleins pouvoirs au Maréchal, rupture de 1947, guerre d'Algérie, il aurait fallu passer tes nuits Cité Malesherbes pour veiller la Vieille et vénérable dame socialiste pour qu'elle ne faillît pas dans toutes ces circonstances - et, la guerre passée, ne tombe d'abord dans les bras soporiphiques de Guy Mollet puis dans l'épuisette au maillage surfin de François Mitterrand.
Qui démontra comme personne comment retaper une vieille dame, la sortir de sa maison de repos et la mettre au jogging-jus d'orange. Elle devint la jeune fille seyante qu'il re-baptisa Parti Socialiste, fit déménager 7 bis place du Palais Bourbon et emmena dans cet autre Palais qu'elle enrageait de ne jamais connaître, celui du 55 rue du Faubourg saint Honoré.
La patience est l'enseignement majeur du militantisme - démonstration, s'il en était besoin, qu'il me manque des années de militantisme.
Pas drôle, Marceau, pas drôle.
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