mardi 21 avril 2009

J'AI FAIT CE QUE J'AI PU. De l'arriération de toute avancée

"Un peu de marché le soir chasse les idées noires"

Cher Camarade Pivert

Tu manques un peu à notre temps, comme nous manquent le recul, le discernement, insaisissables dans la rapidité ambiante; j'aurais aimé échanger avec toi, sur aujourd'hui et les années 30, puiser des arpents de courage dans des tête à tête où tu aurais ri, j'en suis sûr, du chaos qui monte et des angoisses qui percent. Et j'aurais moins peur de tout.

Quand la peur est en déroute, le rêve et l'utopie ont le champ libre. Une Liberté matérielle, sans rêve ni utopie, sans la contemplation, sans le temps, serait fictive; d'aucuns rêvent de fonder leur boîte, de skier en décembre et surfer en Martinique en mars : rêve de réalité, rêve nul.
Le chemin est long pour installer du rêve dans le réel.

En attendant, Marceau, ici, près de soixante ans après ton départ, on rêve qu'on sortira vite de la crise...
Les jours sont plus longs, l'obscurité est repoussée jusqu'à tard le soir; illusion qu'une deuxième vie commence le soir venu, qu'accompagnera bientôt la douceur des soirées estivales. Si l'été qui arrive pouvait chasser cette crise maudite...

Amusant comme l'Humanité a en mains les clefs de l'intelligence, pour sortir de la convulsion par le haut, mais choisit la poursuite de ce croisement de bêtise et d'inconscience qui l'a menée à la crise en (grande) vigueur. En gros, continuons la marche économique forcée qui a tout cassé. Vaporisons dans l'air surchargé des atômes de contre-poison, juste assez pour qu'ils n'entravent pas la marche vers le rien, dont notre belle humanité est devenue addictive.

Rien à voir avec le socialisme, ça?
Comme tu y vas.
Bien assis, Camarade Pivert, prêt à lire ici-même que le socialisme est condamné à conserver? Socialisme conservateur, oui, pas la peine d'en tomber en syncope. Des années 70 jusqu'à aujourd'hui, le capitalisme a conforté un Homme-consommateur, engloutisseur de richesses matérielles, dévastateur de tout, son air, son environnement, son inférieur (son égal rejeté par le modèle dominant) et, à terme, de lui-même; les deux tronches de cake ci-dessus sont au nombre des apôtres de la baliverne. Extraordinaire, les deux olibrius se disent philosophes, philosophes contre la vie.

Marceau, les socialistes devront conserver la planète pour conserver l'Homme, et vice-versa. Pas d'autre sens à la lutte contre la marchandisation de toutes choses (encore ont-ils du chemin à faire pour en accepter le principe), pour la réduction du temps de travail qui n'est qu'un préalable à la diminution globale de l'activité économique. Oui, Camarade Pivert, le mouvement a changé de camp. La réaction conservait les privilèges contre une classe ouvrière en mouvement pour les abolir, elle est en mouvement aujourd'hui pour asseoir son pouvoir sur la vitesse et conforter ses marges à l'échelon planétaire : tout naturellement, la mission des socialistes est de conserver les conditions d'une vie acceptable pour le plus grand nombre.

Et leur premier devoir est la République.
On en reparle.

Par ailleurs, comment arriver à sauver un Cinéma, telle est la question. Ca t'en fait vaciller la moustache, mais ce sera le contenu d'un très prochain message.

dimanche 12 avril 2009

Pieuses méditations des chats bretons

"Puisons nos allégresses dans le marché tout puissant"

Cher Marceau

"Continuité du service". La belle affaire.
Rien ne t'empêchait, éminent Camarade, de poursuivre le blog pendant que je profitais avec Cathrine d'une semaine de congés en Bretagne. Très hors de propos, cette mise en cause, venant d'un artisan des congés payés. On en reparlera.

"La Bretagne? Mais quelle Bretagne?"
Celle-là, Marceau :

















... Et on pourrait en ajouter cent autres, de cette Terre noble qui mériterait aussi d'être "Grande". Curieux comme ces landes baignées par la mer imposent leur sérénité à tout l'Ouest, au point que les mafias russes lui ont préféré la côte d'azur... le breton, ringard. "Out", la Bretagne. A noter que le business se passe du concours de la mafia pour agresser le paysage breton, lui imposer le défiguration sans laquelle il n'est point d'économie. Et que ce qui ne choque plus en PACA continue de surprendre en Bretagne.
A noter aussi que la photo du bas a été prise à La Turballe, dont l'appartenance à la Bretagne, ainsi que la Loire Atlantique, fait toujours débat.

Tarte à la crème, la Bretagne vacancière, plages, crêperies, coopératives portuaires de vêtements bretons (Armor Lux), porcelaines à rayures et gâteaux. Camarade Pivert, parole de qui supporterait à peine une demi-heure de navigation en mer sur un chalutier, la Bretagne, ce sont avant tout ses pêcheurs et ses paysans; discours au doux parfum basiste, ouvriériste, pourquoi pas, never mind : discours de réalité.

Et nous revoilà aux prises avec cet impensé qui sculpte nos vie sans en avoir l'air :

LE QUOTIDIEN.

C'est à dire, pêle-mêle, le jardin, les fotinias prometteurs, les mimosas qui hésitent, Chantal, la factrice sevranaise, et sa "bise de Pâques" d'hier, la crise, les licenciements, les séquestrations de patrons et cadres qui se voient enjoints de présenter leurs plans sociaux comme imposés par la crise, quand ils ne le sont que par les actionnaires, les journaux de France 2 qui consacrent huit minutes sur trente à la libération d'otages en mer, normal, ils étaient français, le RER dont la capilotade grimpe en intensité chaque jour, Ariane et ses envies de journalisme, Emmanuel dans le tourbillon politique pichrocolien.

Mais oui, Marceau, mon Camarade Pivert, Emmanuel est socialiste. Si tu entends par là un socialisme qui, pour mon désespoir et paradoxalement, s'affranchit de toute appartenance partidaire. Tant sa génération, rejointe par toutes les autres, associe l'état calamiteux de "la gauche" à la contre-performance militante des Partis (qu'ils soient socialiste, communiste ou trotskyste) censés la composer, ce qui n'a rien d'absurde mais ne peut à soi seul expliquer le drame actuel. Ce socialisme-là voudrait tirer sa nouveauté d'un état de dispersion comme "la gauche" n'en a plus connu depuis 1905.
Entre lui et moi, tu l'entends peut-être là haut, le débat fait rage aussi.

Ariane n'est pas socialiste, tant il lui importe d'être Ariane avant tout, et c'est déjà beaucoup. Mais rien de ce qui se veut "de gauche" ne l'indiffère; encore une qui ne consentira à un accord politique qu'après l'avoir passé mille fois à la loupe grossissante. On ne la lui fera pas.

Quand on y pense, Marceau, la génération des années 80 - la leur - ne peut penser la politique qu'au travers du filtre engorgé de 1917, 1939 (le pacte, Marceau, le pacte), 1944, 1963 (le mur, Marceau, le mur) 1968, 1981, 1989 (la chute du mur, Marceau), et toutes les années 80. Ajoute à ça l'inédit sarkozyste, ces habits neufs de la bourgeoisie qui, sans faire illusion auprès des jeunes, ont contribué un moment à brouiller les pistes.
Et la crise, aujourd'hui, et les jeunes, premiers à en supporter le fardeau...

Ouais. Je comprends un peu.
A discuter quand tu voudras.


mardi 7 avril 2009

La vésicule irénique

"Rien n'est doux comme un brin de marché".

Marceau, Camarade Pivert, je te présente Alexandre Kujawski, alias Olek.

Olek est né le 20 avril 1925 et mort le 30 avril 2001.

Un architecte. Un artiste. Un aventurier à la vie étonnante, adolescence polonaise fauchée par la guerre, âge adulte en France et apprentissage de l'architecture aux côtés de Le Corbusier.

Père de Famille. Le mien.

Pourquoi, cette photo, l'évocation (brève, conviens-en) du passé? Et pourquoi pas?

D'abord parce que je t'ai présenté pas mal de gens depuis le début mars; parce que Olek et toi auriez sûrement sympathisé; parce que je voulais le saluer au détour d'un paragraphe, lui souhaiter de bien continuer sa vie de l'au-delà, dans le repos, les Livres et la musique (et le vin rouge, aussi).

Pour lui suggérer d'aller te trouver.
Que te lui présentes Colette Audry. Qu'elle l'envoie paître, qu'elle l'adore ensuite et qu'il la traite de vieille conne, affectueusement.
Et Trotsky.
Lui, il te présentera son patron, tu le reconnaîtras par ses grosses lunettes noires.
Et tous ses copains.
Et ses copines.
Son Univers.

Reposez-vous bien tous les deux.

mercredi 25 mars 2009

Un tiers de faux rhum

"Une vie dans le marché
Préserve du péché"

Le courrier des lecteurs (trices)
Une lectrice anonyme, Pascale L., nous adresse le message suivant :

"Ouiche, bon, très bien tout ça, mais voilà, par moment, vot'truc, c'est compliqué, trop d'allusions à ceci, de renvois à celà... Faites simple !".

Réponse du "Pivert" :

Chère Pascale L., votre faim de simplicité est légitime ! Etonnez-vous, levez-vous un matin avec une pêche d'enfer, la gniaque, le challenge aux mâchoires, libérez votre vie au quotidien, n'écoutez que vous, fermez-vous aux rumeurs, à vos voisins, à votre chef d'atelier et aux étrangers. Avec un double topset, un yaourt maigre et une orange outspan, vous croquerez la vie au niveau du feeling.
Ainsi, Pascale L., vous vous réaliserez à donf, point barre.
Mais ayez garde de trop vous mêler de problématiques extra-vitales; une pyramide dégressive des priorités éclaire nos choix systémiques par une articulation rationnelle de l'input "vie" et de l'output "réel", on va dire. En celà, nul recours à des supra-dialectiques empruntées aux anciennes morales, seule reste l'exigence du vécu au jour le jour.

Et gare aux mélanges et aux addictions ! Une vie simple et claire ne peut s'accomoder de trois heures quotidiennes de "Gala", "Voici" et de Louis Althusser ou Pierre Bourdieu. Rafraîchissez vos méninges; si, hélas, "L'île de la tentation" n'est plus diffusée sur TF1, vérifiez ce qu'il en est de "Koh Lanta". Ainsi, pour le bureau et les comptoirs de bistrots, vous disposerez de réserves inépuisables de sociabilité langagière.

Vous serez open, on va dire. Sur le monde, les autres, vous.

Ecrivez-nous de nouveau dès que vous aurez constaté les effets de nos conseils, Pascale L., et merci pour votre fidélité !"

Le Pivert de Marceau

Un tiers de faux rhum

Curieux pélerinage; par la seine, par les chemins creux, dalles et sentiers, traînant leurs capes pesantes, vidant à peine leurs gourdes de potages et de vins, ils s'en viennent chaque matin frapper aux portes de l'édifice de verre appelé "paryseine", aspirent à vendre leur force de travail au Seigneur Fort Homme.

Longue attente sous les pluies, les capes fouettées par la bise glaciale; le Seigneur apparaît, une tiare sertie de diamants de la civilisation Ünhiv Erpaush surplombant sa ronde tête sévère. Il rompt le silence soumis par des mots qui injectent les parois auditives telles des ondes délirantes : "Il nous manque trois briques pour faire le budget".

Et les pélerins de n'y plus tenir, les capes de valdinguer, heurts de mâchoires édentées et crânes implosés : y'a donc du boulot. "Nan mais où c'est qu't'a appris la gestion? Ton école de commerce, c'était l'foyer des cons ?" .

Et les gueules cassées par le froid de se disloquer sous la puissante déconvenue. Et la procession de s'en retourner vers les terres reculées où elle irait noyer la désespérance, et se saoûler allègrement la tronche d'avoir échappé à pareil destin.

Il y eut un soir, il n'y eut pas de matin, c'était un "bis", ce fut un "ter" de Fort Homme".

Le récit qui précède n'est accessible qu'à qui s'y reconnaîtra. Marceau, je t'expliquerai. C'est une histoire de capitalisme.



lundi 23 mars 2009

Rien au-delà...?


"Instants d'ivresse et de consolation : le marché est là qui veille"

Marceau, ce temps sismique est effroyable, et peut aussi être intéressant... tant qu'on n'en subit pas frontalement les horreurs.
C'est mon cas. J'ai mon lot d'incertitudes, d'angoisses parfois, rien qui, pour le moment, justifie une quelconque émotion sur moi-même; les victimes de la catastrophe sont nombreuses, beaucoup souffrent. Les Livres ont amorti le premier choc de la crise, après avoir vaincu bien des caprices de l'économie pendant plus de 500 ans d'existence; les circuits économiques de l'Edition pâtiront du million de chômeurs supplémentaires prévisibles à l'horizon 2010, les Livres resteront.
Savoir si on sera encore dans l'aventure à ce moment...
Le propre des crises du capitalisme est d'interdire de le savoir, précisément.
Humilité forcée devant un destin sans complexes.

Notre monde se sait dans un temps chaotique, mais reste incrédule.
Pour beaucoup, beaucoup trop, celles, ceux dont on vide les logements, dont on supprime le travail, dont on essaye d'abolir la vie-même, ce sont... les autres.
Tant que ce sont les autres, c'est triste, c'est dur, mais la tragédie s'arrête pile où il faut : moi. Donc, pas vraiment une tragédie, puisque tout va redémarrer avant qu'on imagine toucher à un bout de mes ongles.
La vie continue. Merde. Je réserve mes sports d'hiver, mon vol pour le Maroc et mes places pour Johnny; je donne pour la lutte contre les maladies génétiques, alors qu' "ils" n'essayent pas d'augmenter mes impôts ou de m'empêcher de prendre cinq bains par jour si je veux.
Et pas-touche à mon emploi ("mon job", plus moderne), ou je me syndicalise. Oui, bon , syndique.
Des incapables, les syndicats. Ils auront intérêt à se bouger pour moi.

Et donc, Marceau, une partie du monde, à l'intérieur-même de l'Occident comme à l'extérieur, joue à sa p'tite entreprise qui ne connaît pas la crise. Pas contre l'autre partie, mais sans elle. Le doute poindra à la première vision d'une soupe populaire massive, commentée par Claire Chazal. Il sera encore temps de se singulariser par rapport aux "gens", par la grâce du système "D".

Par la grâce d'Irène Némirovski nous savons ce que peuvent devenir les agneaux anonymes du quotidien, quand la pitance vient à leur manquer. Les faces hideuses du système D.

Pivert, mon Camarade, épargne-nous tes enthousiasmes pour le potentiel de soulèvement populaire à Sevran, avec toutes ces minorités opprimées. Profite plutôt de tes délassements célestes pour sauter de ton nuage et rendre visite à une Camarade, une grande et vraie militante socialiste jusqu'à sa mort dans les années 90, Colette Audry. Elle manque à ses semblables qui ne le savent pas assez; ce temps s'est vidé des grands Esprits, "la gauche" officielle n'en compte plus beaucoup, reste l'inaltérable souvenir de cette grande "popereniste". Grande voix, foi indémontable dans le socialisme, disciple de Simone de Beauvoir, collaboratrice des "Temps Modernes", auteur de quelques fascicules de formation militante du PS et surtout de Livres, dont "Léon Blum ou la politique du juste" et celui-ci qui retranscrit sa correspondance avec un ecclesiaste. Oui, Marceau. La militante laïque et l'homme d'Eglise.

Son titre ressemble à un rictus narquois pour cette crise actuelle du capitalisme qu'elle n'aura pas connue : "Rien au-delà".

Salue-la bien respectueusement pour moi.

Post scriptum de rigueur : cherché la biographie de Colette Audry sur internet, trouvé des détails sur ses amours avec sa domestique... et trouvé cette photo. Vous vous connaissiez donc; on vous voit tous les deux (tu es d'une élégance de star, là-dessus, Marceau) avec Breton au procès d'un dirigeant du MNA.

jeudi 19 mars 2009

"Sevran, ville du Monde"


"Le marché est aux puces ce que le veau est à la paupiette"


Message comminatoire du Parrain officieux du blog, Marceau Pivert, reçu ce matin :

"Vous nous cassez les pieds, Monsieur, avec ce blog où reviennent pêle-mêle vos souvenirs de militant, vos petites tortures morales et, surtout, ces allusions à cette ville de Sevran que personne ne connaît! Ces techniques de communication modernes, qui paraissent se jouer de la tutelle des PTT, vous permettent d'allonger cent bétises à la ligne et à la seconde sans que vous vous souciiez le moins du monde de leur lisibilité.

Sapristi, si j'ai un droit, en tant que parrain républicain mais involontaire de ce "blogg", c'est bien de savoir ce qu'est cette ville de Sevran.

Veuillez agréer, Monsieur..." etc...

Comme il y va.

Avant d'aller sur ce terrain, une incise urgente : Marceau, la crise qui nous frappe a une odeur de plus en plus fétide.
Ca licencie à tour de bras, partout. Grave, en soi, si on en juge par les fortunes amassées par les entreprises qui licencient et les légitimes indignations que ces licenciements suscitent. Mais plus grave encore, Marceau, et ça va te parler : la désillusion, le désespoir, la rage parfois, montent chez les victimes des "restructurations" (dieu que le mot est donc doux). Et pour cause : au-delà de l'injustice de la situation qui leur est faite, il y a la totale vanité des formations et reclassements qu'on leur propose, la quantité d'emplois disponibles, surtout industriels, s'amenuisant au point d'anéantir des "bassins d'emplois" (autre beauté du langage économique) aux effectifs les plus nombreux.

Marceau, ils disent qu'ils n'ont rien à perdre. Ca t'a une odeur de radicalité qui se déploie comme la nuée.
Avec cette question essentielle sur la capacité de la gauche politique et syndicale d'apporter réponses et propositions assez convaincantes pour rassurer les salarié(e)s, si peu que ce soit, et maintenir de la raison là où l'exaspération gagne légitimement.
On sait qu'une gauche digne de ce nom se battra sur les idées qui fondent son existence : la redistribution des richesses et le maintien (voire le développement) des services publics.
On peut rêver qu'elle en profite pour délivrer un message républicain sur l'urgence de la citoyenneté, et sur ce vivre ensemble fraternel, universel et creuset de l'internationalisme qu'on nomme Nation.

Une parenthèse pivertienne
Autre question, sans trop de lien avec ce qui précède, qui germe dans l'esprit du rédacteur, à 22h40 ce jeudi 19 mars : lorsque tu es revenu à la SFIO, après-guerre, était-ce dans l'esprit du "A l'échelle humaine" de Blum? Une inflexion politique et philosophique, explicable par le poids du PCF et son positionnement politique dans la guerre froide, et la crainte d'issues révolutionnaires incontrôlables aux conflits sociaux, très nombreux après-guerre? Une discrète attirance pour la démocratie chrétienne, perceptible en filigrane chez Blum et toujours en lien avec la guerre froide?
Mais non, Marceau, la question ne vaut pas jugement politique! Encore moins procès ! On n'est plus en guerre froide !
Je pourrais comprendre que tes rapports orageux avec le PCF avant guerre, l'assassinat de Trotsky, et le déploiement du stalinisme soviétique aient aiguisé ta méfiance, puis ton adversité vis-à-vis des communistes après la libération; c'est arrivé à bien d'autres (dont certains fondateurs du futur PSU, mais aussi des trotskystes. On pense à Boussel, Broué, beaucoup d'autres).

C'est bon, je remballe ma question.
Dis, Pivert, les réunions du PSOP n'ont pas dû être une partie de plaisir tous les jours...

ON FERME LA PARENTHESE - RETOUR A SEVRAN

Tout en haut de la page, c'est la carte de Sevran.
Tu l'as remarqué aussi : Sevran ressemble à Paris.
Enfin, sur la carte. Dans la réalité, il y a de la marge, pour sûr.

D'emblée, ce constat sans plus d'appel que de justification : Cathrine et moi aimons Sevran.
Le fait d'y vivre depuis 23 ans, sans doute.
Et une part d'attachement irrationnel vis-à-vis d'une Ville qui n'a rien d'attachant.

Rien?
Mazette. Vite expédié. Revenons-y (ci-dessous, c'est Sevran fin XIXème siècle).

Sevran attire par et pour son Histoire.
Difficile et fastidieux de faire état de presque trois siècles de Sevran (et puis tu t'endormirais. Oui, bien sûr, les autres aussi); l'Histoire d'autres villes peut s'être figée à une époque ou une autre, la marche historique de Sevran, elle, est continue, depuis ses premiers atours de village (début XIXème semble-t-il), son développement comme ville du nord-est de Paris à dominante rurale, devenant industrielle au XXème siècle (Kodak, Westinghouse), fondue dans les "banlieues" fin des années 70 et, depuis, en re-définition permanente sous la contrainte économique : Kodak et Westinghouse ont disparu, les barres d'immeubles ont poussé et acceuilli des populations précaires, les ressources se sont taries; une ville en quête permanente de nouveaux dynamismes et de droit à la pérennité. Le Maire actuel, on en parlera plus tard, y consacre à peu près sa vie (l'expression "Sevran, ville du monde" ci-dessus est de lui).

Ce qui attire... Peut-être l'effet village gaulois. Toute la Gaule est tétanisée. Toute? Non! Une ville de l'ex seine et oise, aujourd'hui seine saint denis, résiste tant bien que mal à... tout. A l'économie. A la violence urbaine et sociale latente. A l'indifférence et au vide.

Il y a cette obstination d'une part de cette ville moyenne de banlieue ("moyenne" et "banlieue", deux mots qui suffisent à te déclasser une Ville pour longtemps) à rester villageoise.
Sommeille dans la Ville l'esprit du village qu'elle a été. Les décennies et des conneries urbanistiques n'en sont pas venues à bout. On doit être quelques-uns à se projeter dans ces atômes d'ancien, autant de refus souterrain de tourner la page.

Il y a des communautés.
Puzzle vertigineux, Marceau! 150 ou 170 nationalités différentes composent une population de 50 000 habitants. Le "vivre ensemble" a du sens. Intégrer sans moyenniser ni réduire, ça te fait une politique publique. Croiser dans la même journée tel tunisien, tels araméens, telles italiennes, tels chinois, des sri-lankais, des thaïlandais (nos voisins), dans une Ville construite par des arméniens, des polonais...

On ne décide pas de se prendre de passion, on se constate passionné. Pour ce qui concerne Cathrine et moi, par une hâte irraisonnée de quitter Paris après des heures de travail pour retrouver Sevran. On en rirait. Mais non, nous aimons revenir à Sevran, en tout cas dans cette partie sud proche du canal de l'Ourcq et du parc national forestier. Qu'en serait-il si nous vivions aux Beaudottes? Excellente question qui restera sans réponse, on la devine bien.

Court aperçu des Beaudottes.
Chaque pierre de ces édifices a des allures de pied de nez ou de bras d'honneur pour les habitants. "Tu as voulu venir ici? Bon courage."

Va contre un message comme ça...



Non, ce n'est pas seulement ça qui donne envie de traiter de cette Ville.
Peut-être aussi ça.
Tu parcours négligemment une rue pavillonnaire et ses mille et uns pavillons, à peu près tous semblables. Comme partout. Et soudain, devant toi, un cube de béton gris, lourd, planté là on ne sait comment ni pourquoi. Du pur cubiste, sans doute du Bauhaus.

C'est ça aussi, cette Ville.
Elle arrive à surprendre par un détail, de l'inattendu, quelque part, n'importe-où.

Il y a surtout ses habitants. Gros dossier.
Mais on en reste là, pour le moment.
C'est samedi, Marceau Pivert, il fait beau. Oui, les arbustes continuent leur croissance; le mimosa de la cabane, que Cathrine croyait vaincu par le froid et le gel, renaît peu à peu.

Et je vais me promener.

mardi 17 mars 2009

Si par une nuit d'hiver un manager...

"Tout est tard qui n'arrive tôt, mais le marché est toujours à l'heure"


La fatigue a en commun avec la robe de mariée qu'on ne s'en sépare qu'après l'avoir traînée. En celà la fatigue se pose en maîtresse quasi-abusive, toute à ses charmes baroques et inconsciente de ses travers de balayette à bordures dorées.

Le fil électrique fatigué se noue; posture protestataire obstructive. Il n'est pas jusqu'au tiroir de la commode Ikea qui ne fasse geste de fatigue par un blocage astucieux en milieu de parcours, laissant dépasser les cohortes de chaussettes en révolte contre leur cage en carton, elles-mêmes prêtes à former cortège et entonner la sarabande des textiles en colère.

La fatigue est la hantise des périphériques et le nanan des bonimenteurs.
La fatigue est un barrage à la chinoise, lourde, massive, prête à éclater à tout moment et ensevelir jusqu'à la particule atomique d'insouciance.

Marceau, cher Camarade de lutte, passons par les armes les troupeaux de vilains qui endeuillent l'intelligence humaine de leur insatiable connerie, épargnons les parangons de l'éternité rigolarde, dans le désordre Louis Ducatel, le général Bigeard, l'ancien directeur de la communication de la SNCF dans les années 80, Jean Pichon, Jean-Pierre Gaillard, Marcel Barbu, l'ancien Maire de Sète Soldani, Alain Madelin, Monty, feu Mike Brant, Ringo (le mari de Sheila) et tant d'autres.

Mais le temps est venu d'un vibrant Requiem pour une fatigue humaine.
L'ennemie du Peuple, l'affameuse des vitalistes (elle a bien raison, je hais les vitalistes), la Mata Hari des insomniaques.

Elle n'a pas eu Hitler, Soupault aurait pu la suppléer mais ne lui manquait que son revolver.

Elle m'a eu. Je prétends résister au temps, elle m'envoit me coucher. Un comble.
Tu n'as pas une vieille motion du PSOP condamnant la fatigue?

Membres

Qui êtes-vous ?

Quelqu'un qu'on sait être qui il est sans se douter qu'il est plus proche de celui qu'il n'a jamais été.