"Instants d'ivresse et de consolation : le marché est là qui veille"
Marceau, ce temps sismique est effroyable, et peut aussi être intéressant... tant qu'on n'en subit pas frontalement les horreurs.
C'est mon cas. J'ai mon lot d'incertitudes, d'angoisses parfois, rien qui, pour le moment, justifie une quelconque émotion sur moi-même; les victimes de la catastrophe sont nombreuses, beaucoup souffrent. Les Livres ont amorti le premier choc de la
Savoir si on sera encore dans l'aventure à ce moment...
Le propre des crises du capitalisme est d'interdire de le savoir, précisément.
Humilité forcée devant un destin sans complexes.
Notre monde se sait dans un temps chaotique, mais reste incrédule.
Pour beaucoup, beaucoup trop, celles, ceux dont on vide les logements, dont on supprime le travail, dont on essaye d'abolir la vie-même, ce sont... les autres.
Tant que ce sont les autres, c'est triste, c'est dur, mais la tragédie s'arrête pile où il faut : moi. Donc, pas vraiment une tragédie, puisque tout va redémarrer avant qu'on imagine toucher à un bout de mes ongles.
La vie continue. Merde. Je réserve mes sports d'hiver, mon vol pour le Maroc et mes places pour Johnny; je donne pour la lutte contre les maladies génétiques, alors qu' "ils" n'essayent pas d'augmenter mes impôts ou de m'empêcher de prendre cinq bains par jour si je veux.
Et pas-touche à mon emploi ("mon job", plus moderne), ou je me syndicalise. Oui, bon , syndique.
Des incapables, les syndicats. Ils auront intérêt à se bouger pour moi.
Et donc, Marceau, une partie du monde, à l'intérieur-même de l'Occident comme à l'extérieur, joue à sa p'tite entreprise qui ne connaît pas la crise. Pas contre l'autre partie, mais sans elle. Le doute poindra à la première vision d'une soupe populaire massive, commentée par Claire Chazal. Il sera encore temps de se singulariser par rapport aux "gens", par la grâce du système "D".Par la grâce d'Irène Némirovski nous savons ce que peuvent devenir les agneaux anonymes du quotidien, quand la pitance vient à leur manquer. Les faces hideuses du système D.
Pivert, mon Camarade, épargne-nous tes enthousiasmes pour le potentiel de soulèvement populaire à Sevran, avec toutes ces minorités opprimées. Profite plutôt de tes délassements célestes pour sauter de ton nuage et rendre visite à une Camarade, une grande et vraie militante socialiste jusqu'à sa mort dans les années 90, Colette Audry. Elle manque à ses semblables qui ne le savent pas assez; ce temps s'est vidé des grands Esprits, "la gauche" officielle n'en compte plus beaucoup, reste l'inaltérable souvenir de cette grande "popereniste". Grande voix, foi indémontable dans le socialisme, disciple de Simone de Beauvoir, collaboratrice des "Temps Modernes", auteur de quelques fascicules de formation militante du PS et surtout de Livres, dont "Léon Blum ou la politique du juste" et celui-ci qui retranscrit sa correspondance avec un ecclesiaste. Oui, Marceau. La militante laïque et l'homme d'Eglise.
Son titre ressemble à un rictus narquois pour cette crise actuelle du capitalisme qu'elle n'aura pas connue : "Rien au-delà".
Salue-la bien respectueusement pour moi.
Post scriptum de rigueur : cherché la biographie de Colette Audry sur internet, trouvé des détails sur ses amours avec sa domestique... et trouvé cette photo. Vous vous connaissiez donc; on vous voit tous les deux (tu es d'une élégance de star, là-dessus, Marceau) avec Breton au procès d'un dirigeant du MNA.
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