Jours plus longs, le froid revient.
Le moment que tu choisis pour m'interpeller du haut de ton mètre soixante, de ta petite moustache et de tes grosses lunettes. "Il est beau, l'homme de gauche moderne! On m'a parlé d'une crise en ce moment, qui commettrait pas mal de ravages par chez vous, non? Pas vu un seul mot là-dessus, dans vos messages... Petit oubli, sans doute."
D'abord, je ne suis pas "de gauche", pas en tout cas de celle qui s'est voulue moderne, en lien avec la société, anti-totalitaire, en balançant ses valeurs, en premier lieu la République, par-dessus bord dans les années 80, devenant médiatique, libérale, transigeante. Plus de grandeur, plus trop de courage.
Cette gauche-là, Marceau, je n'imagine pas que tu t'y serais bien senti. Encore que. Il faudra que je me documente. Après la guerre, tu as de nouveau adhéré à la SFIO, tes idées ont peut-être un peu varié. A suivre.
Ensuite, bon, d'accord parlons-en.
C'est vrai, je suis figé. Tenaillé entre envie d'"écrire" et sensation de vide, de vanité, quand le vautour projette l'ombre de ses ailes sur le sol, menace de piquer, bec et griffes prêts à casser et déchiqueter les Etres, à les surprendre, passer leur vie à tabac, détruire ce qu'ils ont pu construire, du plus ordinaire au merveilleux, à tout moment. Pour ne laisser que mort et blessures.
La moulinette médiatique appelle "crise" ce qu'on devrait appeler "crime".
Marceau, comment désigner autrement ce qui attaque l'Etre humain dans sa vie et sa chair, dans sa maigre certitude du lendemain, avec la violence méthodique d'une cessation d'activité, d'une lettre de licenciement, avec l'aisance méprisante de ce qui ne cherche pas à s'expliquer ni à se justifier. "La crise", fin en soi, d'autant plus insoutenable qu'elle est le fait d'humains et qu'elle en condamne d'autres.
Je sais que tu abondes dans mon sens.
Et que tu abonderais tout autant si on proposait d'appeler "crime contre l'humanité" l'inégalité économique et sociale qui frappe des peuples de tous pays et continents (l'Afrique en particulier) au bénéfice d'Etats et de détenteurs de richesses américains, européens, indiens russes et chinois.
Ca en ferait à juger. Du travail garanti pour la CPI, et pour des décennies.
Une chaîne complexe d'entrepreneurs et "managers", manipulateurs ivrognes de capitaux sans contrôle, et de médiacrates, voyeurs obscènes des exactions des premiers, trop excités par le spectacle annonciateur de mort pour en tolérer la critique, cette chaîne a déguisé l'attentat contre la raison et la liberté que l'on nomme "crise" en Occident en fatalité inévitable et acceptable puisque passagère.
Allons donc, regrettable incident. Ca passera.
Les mêmes brandissent le "droit des victimes" face aux voyous, voleurs, violeurs et cambrioleurs, face au mal, aux syndicats, aux fonctionnaires, méchants, islamistes, russes, ou grévistes.
Si les victimes de leur crise leur crachaient au visage, il y aurait de quoi les ensevelir.
Marceau, ce que j'écris-là, est-ce de l'angoisse ou de la colère, est-ce un croisement des deux?
Non, non, Marceau, ne me fais pas de nouveau le coup de "c'est votre affaire, tout ça, vous l'avez bien cherché". Pas sérieux.
Et d'abord je ne blogue pas que pour tes beaux yeux et pour nos idées communes.
Tant et tant d'autres choses...
Tiens, par exemple, tu m'avais caché ta rencontre avec Breton au Mexique, en 1941.
Tu te serais exilé au Brésil, tu aurais peut-être croisé l'immense Stefan Zweig...
On en reparle.
Salut, Marceau.
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